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Rage Against The Machine : Quand le rêve américain prend feu !

Rage Against The Machine est un groupe formé en 1991, à Los Angeles, en Californie. Musicalement parfois classé comme un groupe de Rock, c’est un savant mélange de Rap, de Punk Hardcore, de Funk, de Jazz et de Heavy Metal, le tout habité par une rage révolutionnaire ! Une créativité musicale portée par une précision technique et un poète contemporain au chant passionné et enragé. Comme le nom du groupe le décrit parfaitement, mais aussi leurs albums, leurs singles, leurs prises de position politiques et leur soutien à divers mouvements contre le racisme, le capitalisme et la mondialisation financière, il s’agit de lâcher la bête et de démolir les institutions répressives, dans une quête effrénée de justice et de liberté !

Les premières braises et l’explosive ascension de RATM

Rage Against The Machine s’est formé au début des années 90 dans la banlieue de Los Angeles. Le quatuor, composé de Zack de la Rocha (chant), Tim Commerford (basse), Tom Morello (guitare) et Brad Wilk (batterie), joue sur la scène locale et acquiert déjà une réputation timide mais solide. Le groupe a finalement obtenu son premier contrat avec Epic Records, une filiale de Sony Music Entertainment, qui allait par la suite susciter de vives critiques. Selon les critiques, avoir un discours aussi intrinsèquement révolutionnaire et faire affaire avec un géant comme Sony, qui symbolise tout ce que la philosophie de Rage Against The Machine devrait abhorrer, est comique !

Tom Morello a répondu à cette controverse bien des années plus tard :

Lorsque vous vivez dans une société capitaliste, la diffusion de l’information dépend de l’argent investi. […] Nous ne voulons pas partager notre musique uniquement avec ceux qui la connaissent déjà. C’est génial de jouer dans un lieu abandonné, squatté par des anarchistes, mais c’est aussi génial de pouvoir toucher les gens avec un message révolutionnaire, de Granada Hills à Stuttgart.

Leur premier opus éponyme, Rage Against The Machine, sort en 1992 et c’est un véritable déluge rouge qui s’abat sur les États-Unis d’Amérique. L’impact de cet album reste à ce jour [2021] inégalé. Porté par la puissance créatrice et la technicité de Tom Morello à la guitare, les textes passionnés, poétiques et enragés de Zack de la Rocha, le tout reposant sur le duo rythmique basse/batterie, Tim Commerford/Brad Wilk, qui assure la lourdeur et le côté Funk, c’est une véritable leçon ! La concurrence est anéantie, les critiques et le public sont subjugués !

L’intégralité de cet album sent le soufre et appelle à une véritable insurrection de dimension planétaire, cela commence par la pochette ; c’est la célèbre photo du moine bouddhiste, Thích Quảng Đức, d’origine vietnamienne, qui s’est immolé par le feu lors d’une méditation en signe de protestation contre le gouvernement vietnamien, accusé de persécuter la religion bouddhiste. Cette photo a eu un tel retentissement international qu’elle a incité le président des États-Unis d’Amérique de l’époque, John F. Kennedy, à retirer tout soutien officiel des États-Unis au gouvernement de Ngô Đình Diệm.

Rage Against The Machine (RATM)
© Epic Records

L’ensemble de l’opus devient culte et certains titres marquent l’histoire comme Killing In The Name Of, Bullet In The Head, Take The Power Back, Know Your Enemy sur lequel collabore un certain Maynard James Keenan (Tool, A Perfect Circle, Puscifer), Wake Up ou Freedom.

Les paroles sont corrosives et acerbes comme celles de Know Your Enemy :

Compromission, conformisme, assimilation, soumission, ignorance, hypocrisie, brutalité, l’élite. Tout ce qui fait le rêve américain.

Ou celles de Take The Power Back :

Ils veulent notre allégeance, notre engagement et que nous nous prosternions devant leur Dieu. (analogie entre la religion et la finance)

L’album est certifié platine 5x en Australie, 3x aux États-Unis et 2x au Royaume-Uni, 1x en France, au Canada et en Nouvelle-Zélande, et certifié or dans six autres pays !

Grâce à sa notoriété explosive et fidèle à l’idéologie que Rage Against The Machine souhaite promouvoir, le groupe soutient publiquement divers activistes et mouvements sociopolitiques, toujours dans la dimension de mise en avant des droits de la personne, de la tolérance et de la lutte pour la justice sociale. Cela a fait du groupe un porte-drapeau crédible de la gauche américaine, qui suscite à la fois l’approbation des supporters et le rejet des détracteurs.

Leur deuxième opus, Evil Empire, sort en 1996 et il s’inscrit dans la digne continuité du précédent. Si le fanatisme de Zack de la Rocha dans ses textes est toujours intact, même s’il manque un peu de justesse, il faut en revanche souligner la créativité de Tom Morello à la guitare, qui parvient à repousser un peu plus loin les limites du Metal. Malgré les réticences et certaines critiques des professionnels de l’industrie musicale, Evil Empire est un puissant succès commercial. C’est un deuxième énorme succès qui atterrit immédiatement à la première place du Billboard 200 américain et atteint le top 3 des charts dans huit pays, dont la chanson Tire Me sera récompensée par un Grammy Awards en 1996 dans la catégorie Meilleure performance Metal.

Une fois de plus, le groupe nous offre un florilège de morceaux d’anthologie tels que Bulls On Parade, Vietnow, Down Rodeo, Year Of Tha Boomerang et bien d’autres. Par la suite, il sera révélé que pendant l’enregistrement de cet album, les relations au sein du groupe avaient déjà commencé à se détériorer et des rumeurs circulaient sur une possible séparation de la formation.

En 1997, Rage Against The Machine poursuit sa frénésie de tournées, il assurera la première partie de U2 et collaborera avec le mythique Wu-Tang Clan lors d’une tournée d’été, qui fera l’objet de plusieurs tentatives d’annulation. Dans plusieurs villes des États-Unis, les autorités locales n’ont pas apprécié que ce groupe révolutionnaire au discours explicite vienne mettre le feu à l’esprit des jeunes !

L’ultime consécration et l’explosion en plein vol de la fusée : RATM

En 1999 sort The Battle Of Los Angeles, le troisième et dernier album studio de Rage Against The Machine. Ce dernier pilier de la courte discographie du groupe réussit à convaincre les critiques tout en étant un excellent succès commercial. C’est encore un brûlot qui secoue l’industrie musicale américaine, alors dominée par des artistes comme Mariah Carey et d’autres groupes de Rock, avec des compositions plus lisses et plus adaptées en théorie à un public large !

Rage Against The Machine (RATM)
© Gie Knaeps

Les musiciens sont indéniablement une force constante et puissante, tandis que leur chanteur livre une performance qui varie d’un titre à l’autre ; et c’est prévisible, Zack de la Rocha est un passionné, il existe à travers sa musique et sa rage n’est pas feinte ! C’est encore une grosse livraison de titres emblématiques tels que Mic Check, Calm Like A Bomb, Testify, Sleep Now In The Fire ou Born Of A Broken Man. L’idéologie RATM est toujours véhiculée par des textes qui ont gardé leur verve révolutionnaire, comme dans Testify.

Lors d’une interview accordée à Guitar World, Tom Morello a déclaré :

Les États-Unis se disent le pays de la liberté, mais la première liberté que vous et moi avons est celle d’être exploités au travail.

Par ailleurs, leurs aspirations rebelles n’ont paradoxalement jamais entravé leur succès commercial, bien au contraire, et leur single Guerilla Radio a été récompensé en 2001 par un Grammy Awards dans la catégorie Meilleure performance Hard Rock.

Lors de la cérémonie des MTV Video Music Awards en 2000, deux entités diamétralement opposées se sont affrontées. D’un côté, le sulfureux Sleep Now In The Fire de Rage Against The Machine, dont le vidéo-clip a été réalisé par Michael Moore au pied de la Bourse de New-York, alors que des policiers tentaient d’interrompre le tournage. (Institution mythique, la Bourse de New York a dû exceptionnellement fermer ses portes, ce qui n’était pas arrivé depuis 1929.) De l’autre, le titre Break Stuff de Limp Bizkit, plus léger et plus agréable à écouter.

C’est évidemment Limp Bizkit qui a obtenu la récompense, et Tim Commerford a donc décidé de saboter la cérémonie à sa manière et a fini par être arrêté par les forces de l’ordre.

Le principal intéressé, Tim Commerford, a depuis donné sa version des faits :

On était en compétition avec Limp Bizkit, un des groupes les plus stupides de l’histoire de la musique. C’était donc Limp Bizkit contre Rage – le clip réalisé par leur chanteur, Fred Durst, contre celui de Michael Moore. J’étais à côté de Michael et j’ai dit : “Si la caméra ne fait pas le point sur nous, je vais grimper au sommet de cette structure, me figer comme une putain de gargouille et foutre en l’air cette cérémonie”. Et il m’a dit : “Tim, suis ton instinct”.

À la fin des années 2000 le groupe implose, Zack de la Rocha annonce qu’il quitte définitivement Rage Against The Machine et entend poursuivre d’autres projets. Les autres membres du groupe rejoindront un autre chanteur, un certain Chris Cornell (Soundgarden), l’année suivante, en 2001, pour former un nouveau groupe, Audioslave.

Dans un dernier souffle aux derniers moments de l’existence du groupe, Rage Against The Machine nous gratifie de Renegades, sorti à la fin de l’année 2000. Il s’agit d’un album de reprises qui comprend des titres de Bob Dylan, Bruce Springsteen ou The Rolling Stones, tout en attaquant le registre Hip-Hop avec des titres d’Eric b & Rakim, Cypress Hill et Afrika Bambaataa entre autres.

Ce sera la fin de l’incandescent Rage Against The Machine, qui a toujours été glorieux sur scène mais n’a pas su résister à ses dissensions internes.

Rage Against The Machine, s’est reformé temporairement à plusieurs reprises au fil des années afin d’effectuer quelques tournées mais aucune nouvelle production n’a vu le jour.

Pour la petite histoire, le 4 juin 2008, le groupe s’est produit à nouveau à Paris après plus de huit ans d’absence des scènes parisiennes, dans la salle mythique, Bercy, où toutes les places ont été vendues en moins de quinze minutes.

Il y a bien failli y avoir un retour des renégats. Courant 2019, on annonçait que Rage Against The Machine allait se reformer et planifier une tournée mondiale, mais un mystérieux virus a surgi et a immédiatement mis fin à toutes ces aspirations insurrectionnelles !

Suite à la mort de George Floyd aux États-Unis et à la multiplication des mouvements dénonçant la répression policière, un retour en force de la discographie de Rage Against The Machine a eu lieu dans les charts et les plateformes en ligne !

Est-ce que la flamme est définitivement éteinte ? La rage contre la machine est toujours perceptible pourtant…

Les anecdotes sur Rage Against The Machine (RATM)