Avec The Cage & The Crown : Chapter II, Headkeyz referme le diptyque sombre et viscéral amorcé en 2022 et affirme encore un peu plus l’identité singulière de son univers, quelque part entre rock alternatif et metal moderne. Né dans une période de bouleversements mondiaux, le groupe montpelliérain développe un projet dense mêlant narration musicale, esthétique visuelle et réflexion sur la condition humaine. À l’occasion de la sortie de ce nouvel album, les membres de Headkeyz ont échangé avec Tetralens pour MetalZone afin de revenir sur la genèse de l’œuvre, ses thèmes centraux et la manière dont ces morceaux prennent vie sur scène.
Un projet né du chaos
Avant d’être un groupe, Headkeyz est d’abord une idée. Ou plutôt une accumulation d’idées : des morceaux épars, des pistes, des intuitions musicales.
Dans cette interview réalisée par Tetralens pour MetalZone, le groupe revient sur la naissance de son univers conceptuel autour du diptyque The Cage & The Crown. À l’origine du projet : Edge, chanteur et principal architecte du disque.
Lorsque Tetralens lui demande si l’idée d’une œuvre pensée en plusieurs chapitres existait dès le départ, il répond sans détour : “Oui. À l’origine, c’étaient des morceaux éparpillés. Quand on commence à travailler, plein de styles différents surgissent, tout se mélange. Puis on réécoute les morceaux inachevés, ou d’autres déjà bien avancés, et on les met côte à côte… et là, on a compris qu’il y avait une trame, un lien. On est partis de ça pour construire les deux chapitres.”
Peu à peu, les morceaux se structurent et les idées se rejoignent. Le projet solitaire devient collectif. Tetralens retrace cette évolution : la rencontre avec d’autres musiciens, la formation du groupe et la sortie du premier album en 2022.
Edge rappelle toutefois que tout commence encore un peu plus tôt : “En fait, ça a commencé avant le confinement… on se faisait des attestations pour enregistrer l’album.” Impossible, donc, de dissocier la naissance de Headkeyz du contexte mondial de l’époque. Tetralens résume la situation avec un sourire : “Donc, ce premier album, c’est un bébé du Covid, en fait ?” Réponse immédiate du chanteur : “Oui, c’est ça !”
Cette période d’isolement et d’incertitude imprègne profondément la musique du groupe. Dès ses débuts, Headkeyz explore un monde fissuré, un univers où l’humain se retrouve face à ses propres contradictions.
The Cage & The Crown : Chapter II, le miroir du premier chapitre
Avec The Cage & The Crown : Chapter II, Headkeyz referme la boucle. Sorti le 16 janvier via NB Records, ce second volet agit comme un reflet du premier album. Conçu par Edge, mixé par Thibault Akrich puis masterisé à Los Angeles par Emerson Mancini, le disque prolonge et approfondit les thèmes introduits dans Chapter I.
L’idée centrale repose sur un principe de miroir : chaque morceau répond à une piste du premier album. Ainsi, The Crown fait écho à The Cage, The Keys dialogue avec Passenger et Intoxicated reflète Run Run Run.
Mais l’histoire ne se limite pas à la musique. Elle s’étend aussi aux clips qui accompagnent les deux chapitres. Dans le premier volet, une mystérieuse créature blanche évolue dans un monde monochrome. Dans le second, le récit bascule vers Fiona, une jeune femme recluse dont la réalité se fissure après la disparition de sa sœur jumelle.
Tetralens pose alors une question centrale : “Fiona, c’est l’allégorie de qui, de quoi ?” Le groupe explique : “Fiona est un scénario parallèle à l’album. Il y a deux lectures : le côté très musical, qui parle de l’humain — la cause initiale, c’est le virus, donc l’humain — et, côté clips, l’histoire suit Fiona qui cherche sa sœur jumelle. Les deux se rejoignent : tout est lié, chapitre I, chapitre II.”
Autrement dit : deux récits, une même œuvre.
Cette logique de correspondance traverse également les morceaux eux-mêmes. Tetralens évoque par exemple Intoxicated, qu’elle décrit comme “très rock UK, bourré d’énergie”. Les musiciens acquiescent : “Très rock’n’roll, oui.”
À l’inverse, The Crown s’impose comme un morceau plus progressif et introspectif. Pour Headkeyz, ce titre incarne une bascule : “La fin de quelque chose et le commencement d’une autre… chacun peut y voir ce qu’il veut, mais la fin n’est pas forcément la fin.”
Une alchimie d’influences
Si Headkeyz développe une identité sonore si particulière, c’est aussi parce que ses membres viennent d’horizons musicaux très différents.
L’un des musiciens explique ainsi : “Moi, je suis vraiment plus attiré par le hard, le metal… De plus en plus, je creuse dans le death.”
La guitariste Stella Cristi évoque un parcours encore plus éclectique : “Moi, c’était le rock à 100 % au départ. Mais c’est très éclectique… Ma mère vient du flamenco et j’ai aussi beaucoup de sensibilité pour la pop actuelle. Ma playlist reste quand même à 70 % rock et metal.”
Dans le groupe, certains citent aussi bien le hard rock des années 70 que le blues rock, le funk ou le metal moderne. Un véritable mélange des genres, qui rend Headkeyz difficile à enfermer dans une seule case.
Lorsque Tetralens leur demande comment ils définiraient leur style, la réponse fuse dans un éclat de rire : “Dystopic thriller rock’n’roll !”
Plus sérieusement, les membres du groupe parlent généralement de rock alternatif à influences metal — une étiquette volontairement large, qui reflète leur volonté de rester libres.
Quand les morceaux prennent vie sur scène
Si l’univers de Headkeyz se construit autant dans la musique que dans l’image, c’est sur scène que les morceaux prennent une dimension nouvelle.
Certains titres, notamment, semblent se transformer au contact du public. C’est le cas de The Keys, que plusieurs membres évoquent spontanément.
L’un d’eux se souvient : “C’est un des titres qu’on a commencé à jouer en live avant la sortie de l’album. Il y a une forme de transe… Une fois, pendant une balance avec les stroboscopes, quand j’ai rouvert les yeux, je me suis rendu compte que j’étais parti loin.”
Un autre ajoute : “Il se passe quelque chose dans ce morceau… Pour moi, c’est surtout l’entrée sur le refrain. Il y a une dimension cinéma.”
La guitariste résume le ressenti plus instinctivement : “Moi, ça me donne envie d’hurler. Ça donne une force.”
Sur scène, cette énergie devient collective. Une connexion se crée entre les musiciens et le public. Le groupe le formule simplement : “Quand on joue ces morceaux, on espère que les gens vivent la même chose que nous.”
Une tournée qui change la donne
Ces dernières années, Headkeyz a franchi une nouvelle étape en rejoignant le roster du tourneur Rage Tour et en assurant plusieurs premières parties d’Ultra Vomit et de Tagada Jones.
Une expérience marquante… mais pas sans appréhension au départ. Les musiciens se souviennent : “On ne savait pas trop à quoi s’attendre… on était prêts pour les cagettes de tomates.”
La réalité s’avère tout autre. Dès les premières dates, l’accueil du public dépasse leurs attentes : “Dès la première date l’accueil a été incroyable. Les gens nous portaient presque.”
Un souvenir reste particulièrement marquant : “À Châteaurenard, on monte sur scène… et ça crie alors que les gens ne nous connaissaient même pas.”
Pour Headkeyz, ces réactions confirment que leur musique peut toucher des publics très différents, du rock alternatif au metal extrême. Les musiciens soulignent aussi l’état d’esprit du public d’Ultra Vomit : “On sait que les gens viennent pour passer une bonne soirée… donc on donne tout.”
La suite pour Headkeyz
Après la sortie de The Cage & The Crown : Chapter II, le groupe se concentre désormais sur la scène. L’objectif immédiat est simple : défendre ce nouvel album en concert.
Comme le résume l’un des musiciens : “On sort d’un gros truc… c’est un gros bébé cet album. On va le défendre encore un petit moment sur scène.”
Et après ? Headkeyz envisage déjà la prochaine étape : “Aller vers une autre étape, tenter des choses… zéro limite. Mais notre identité sera toujours là.”
Plusieurs concerts sont d’ores et déjà annoncés, notamment le 3 avril à L’Usine d’Istres aux côtés d’Ultra Vomit et le 11 avril à Lunel avec Lucie Sue. Le groupe continuera d’y interpréter les morceaux des deux chapitres de The Cage & The Crown.
