Certains groupes ont besoin de dix albums pour bâtir leur légende. Pour d’autres, un seul suffit.
Séparation, projet éphémère, disparition prématurée… Les cinq formations ci-dessous n’ont laissé qu’un album studio derrière elles. Une anomalie discographique, surtout quand ce disque continue de résonner des décennies plus tard.
Repulsion : Horrified (1989)
Avant que le grindcore ait vraiment ses règles, Repulsion les pulvérisait déjà.
Enregistré sous une première forme dès 1986 et publié en 1989, Horrified balance riffs primitifs, blast beats, basse saturée et obsession gore à une vitesse démente. Un chaos qui influencera durablement le grindcore et le death metal.
Repulsion reviendra plusieurs fois sur scène, mais jamais avec un deuxième album.
Un disque, et une sacrée onde de choc.
diSEMBOWELMENT : Transcendence into the Peripheral (1993)
Lent, suffocant, presque inhumain : Transcendence into the Peripheral ne ressemble pas à un album conçu pour mettre l’auditeur à l’aise.
En 1993, les Australiens de diSEMBOWELMENT y mélangent death metal, doom funéraire et atmosphères désolées. Le disque rampe, explose soudainement, puis replonge dans le vide… Une formule radicale qui deviendra une référence du doom extrême.
Le groupe se sépare peu après.
Un album, puis le néant. Difficile d’imaginer conclusion plus appropriée.
Nailbomb : Point Blank (1994)
Max Cavalera + Alex Newport + aucune envie de faire dans la dentelle.
Avec Point Blank, Nailbomb mélange thrash, hardcore et metal industriel dans une décharge de riffs, de samples et de boîtes à rythmes. Wasting Away, World of Shit, Cockroaches : en 1994, le projet sonne comme une usine en train d’exploser.
Et c’était presque le principe. Nailbomb devait être temporaire ; il le restera.
Pas de deuxième album, pas de carrière à rallonge. Juste Point Blank. Ça suffisait largement.
Vinterland : Welcome My Last Chapter (1996)
Avec un titre pareil pour un premier album, Vinterland avait presque vendu la mèche.
Sorti en 1996, Welcome My Last Chapter capture à merveille le black metal mélodique suédois de l’époque : riffs glacés, mélancolie, furie et mélodies tranchantes. Le disque partage l’ADN de formations comme Dissection ou Sacramentum, sans donner l’impression d’en être une simple copie.
Puis… plus rien.
L’album gagnera pourtant en réputation au fil des années, jusqu’à devenir un petit classique du genre.
Premier chapitre, dernier chapitre ; tout était dans le titre.
Demilich : Nespithe (1993)
En 1993, le death metal grouillait déjà de groupes étranges. Demilich réussissait quand même à passer pour l’extraterrestre de la bande.
Nespithe, c’est un labyrinthe de riffs difformes, de structures imprévisibles et de growls tellement graves qu’Antti Boman semble chanter depuis les entrailles de la Terre.
Bizarre ? Complètement. Mais derrière la curiosité se cache un disque technique et inventif qui n’a pratiquement rien perdu de son étrangeté.
Demilich se séparera, reviendra, repartira… sans jamais donner de véritable successeur à Nespithe.
Plus de trente ans après, on attend toujours l’album numéro deux. En a-t-on vraiment besoin ?
Parfois, un disque suffit
Cinq groupes, cinq styles, cinq accidents discographiques.
Repulsion a contribué à façonner le grindcore. diSEMBOWELMENT a plongé le death-doom dans les abysses. Nailbomb a choisi l’explosion contrôlée. Vinterland a disparu après son premier chapitre. Demilich, lui, a laissé derrière lui l’un des OVNI du death metal des années 90.
Un album chacun. Pas besoin d’un deuxième pour devenir culte.