Le metalcore progressif s’est imposé comme l’un des terrains d’expérimentation les plus stimulants du metal moderne. À la croisée de la technicité du prog, de l’impact du metalcore et d’une sensibilité mélodique pleinement assumée, certains albums ont donné à cette hybridation une forme presque évidente. Après avoir récemment dressé le panorama des groupes majeurs du genre, il est temps de revenir aux œuvres qui en ont façonné les contours avec le plus de force, selon une progression qui en dit long sur leur importance.
5. Between The Buried And Me – Colors (2007)
Souvent associé au metal progressif et au death progressif, Between The Buried And Me plonge pourtant ses racines dans un metalcore ambitieux et technique. Avec son quatrième album, Colors, le groupe opère un virage décisif. Pensé comme une composition unique divisée en huit mouvements, le disque prolonge les pistes ouvertes sur Alaska et accentue l’intégration d’éléments jazz fusion et tech-death, tout en maintenant une assise metalcore affirmée sur (B) The Decade Of Statues ou Prequel To The Sequel.
Par sa construction audacieuse et ses contrastes constants entre envolées cosmiques, virtuosité vertigineuse et mélodies claires marquantes sur White Walls ou Informal Gluttony, Colors dépasse le cadre du sous-genre. Il pose des bases solides et ouvre des perspectives nouvelles, au point de s’imposer comme un jalon majeur du metal progressif contemporain et une référence fondatrice du metalcore progressif.
4. Born Of Osiris – The Discovery (2011)
Après un premier essai remarqué avec A Higher Place, Born Of Osiris change clairement de dimension avec The Discovery. Le groupe affine son écriture, renforce ses orientations prog et djent et évite l’écueil du deuxième album en demi-teinte. Dès Follow The Signs, l’intention est limpide : proposer une formule plus resserrée, mais toujours dense, où la virtuosité s’intègre à des structures massives et résolument modernes.
De Devastate à Regenerate en passant par Dissimulation, l’album consolide durablement la place du groupe au premier plan de la scène metalcore progressive. Plus homogène, plus maîtrisé que son prédécesseur, il affirme une identité forte et cohérente. Les interludes atmosphériques A Solution et The Omniscient ajoutent une profondeur supplémentaire et font de ce disque une étape déterminante dans la maturation du genre.
3. Loathe – I Let It In And It Took Everything (2020)
Avec I Let It In And It Took Everything, Loathe ne se contente plus d’affiner une formule : le groupe en redéfinit les contours. En mêlant nu metalcore, post-metal, shoegaze, djent et metal progressif dans un équilibre singulier, il élargit sensiblement le champ des possibles. Le disque fait le lien entre la brutalité de The Cold Sun et des textures plus atmosphériques, et impose d’emblée une identité forte avec Theme.
L’enchaînement de morceaux comme 451 Days, Is It Really You? ou A Sad Cartoon révèle une vulnérabilité rare dans le registre, tandis que I Let It In And It Took Everything, Screaming, Red Room ou Two-Way Mirror maintiennent une tension abrasive. Plus qu’un simple recueil de titres, l’album se vit comme une expérience immersive et cohérente, qui repousse les frontières esthétiques du metalcore progressif.
2. Erra – Augment (2013)
Régulièrement cité parmi les formations les plus structurantes du genre, Erra atteint avec Augment une forme d’accomplissement. Dernier album enregistré avec le guitariste Alan Rigdon et le chanteur Garrison Lee, il cristallise la dualité qui définit le groupe : une base heavy solide, constamment contrebalancée par des atmosphères aériennes et un travail vocal complémentaire d’une précision remarquable.
Pulse, Ultraviolent et Rebirth incarnent cette alliance entre intensité émotionnelle et raffinement harmonique, tandis que Dementia, Augment et Spirits Away déploient une complexité progressive pleinement assumée. À la fois cohérent, ambitieux et immédiatement marquant, le disque offre une synthèse exemplaire du metalcore progressif et s’impose comme l’un de ses sommets les plus aboutis.
1. Periphery – Periphery IV: Hail Stan (2019)
Souvent associé au djent et au metal progressif, Periphery exerce une influence déterminante sur l’esthétique du metalcore moderne. Avec Periphery IV: Hail Stan, le groupe parvient à concentrer toutes ses ambitions dans une œuvre d’une ampleur rare. L’ouverture monumentale Reptile, structurée en plusieurs mouvements, résume à elle seule cette capacité à conjuguer narration, technicité et puissance émotionnelle.
La violence implacable de Blood Eagle et Chvrch Bvrner dialogue avec les mélodies plus lumineuses de It’s Only Smiles et Crush, dessinant un équilibre parfaitement maîtrisé entre brutalité et accessibilité. Plus cohérent, plus audacieux et plus abouti encore que ses prédécesseurs, l’album cristallise une vision large et affirmée du metal progressif contemporain, et s’impose comme l’expression la plus accomplie du metalcore progressif à ce jour.

