10 albums qui ont changé le rock et qu’il faut avoir écoutés au moins une fois

(Mis à jour le ) à 13h31
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10 albums qui ont changé le rock et qu’il faut avoir écoutés au moins une fois

Choisir dix albums pour raconter le rock relève forcément de l’injustice. Mais certains disques ont déplacé quelque chose : une manière d’utiliser le studio, de jouer de la guitare, d’écrire une chanson ou d’imaginer ce que pouvait être un album.

Des Beatles à Radiohead, voici dix classiques à écouter au moins une fois, quitte à ne pas tous les aimer.

The Beatles : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (1967)

Le problème des albums devenus monuments, c’est qu’on connaît parfois leur importance avant même de les avoir vraiment écoutés. Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band traîne derrière lui tellement de superlatifs qu’il pourrait ressembler à une pièce de musée.

Il suffit pourtant de revenir au disque. The Beatles utilisent le studio comme un instrument, empilent les orchestrations, manipulent les bandes et passent de la pop au psychédélisme avec une liberté alors vertigineuse.

Mais Sgt. Pepper reste avant tout un album de chansons. C’est ce qui lui permet de dépasser son statut historique : derrière les innovations, on entend surtout quatre musiciens découvrir jusqu’où ils peuvent pousser leur musique.

Jimi Hendrix : Are You Experienced (1967)

Il y a la guitare électrique avant Hendrix, puis celle qui vient après. La formule paraît excessive jusqu’au moment où l’on remet Are You Experienced.

Feedback, distorsion, effets, jeu rythmique, solos : Hendrix tord chaque élément de son instrument sans transformer l’album en démonstration technique. Sous le psychédélisme, le blues reste omniprésent. Sous la virtuosité, il y a le groove.

Des générations de guitaristes ont essayé de reproduire cette liberté. Beaucoup ont retenu les solos. Hendrix avait déjà compris que la technique n’était intéressante que lorsqu’elle permettait de faire entendre autre chose.

Led Zeppelin : Led Zeppelin IV (1971)

Réduire Led Zeppelin IV à Stairway To Heaven serait passer à côté de ce qui rend l’album essentiel. Led Zeppelin y rassemble presque toutes ses contradictions.

Le groupe peut être massif puis acoustique, profondément blues avant de basculer vers quelque chose de mystique. Black Dog, Rock And Roll et The Battle Of Evermore semblent parfois appartenir à des mondes différents.

Led Zeppelin n’a pas inventé à lui seul le hard rock ou le heavy metal. Mais cet album a montré à quel point puissance, folk, blues et démesure pouvaient cohabiter.

David Bowie : The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1972)

Avec Ziggy Stardust, Bowie ne se demande plus seulement ce que le rock peut faire. Il se demande ce qu’une rock star peut devenir.

Science-fiction, célébrité, identité et sexualité nourrissent un album où le personnage devient presque aussi important que les chansons. Pourtant, derrière le concept, Starman, Moonage Daydream ou Rock ‘n’ Roll Suicide rappellent surtout quel songwriter redoutable est Bowie.

Après Ziggy, changer d’identité ne ressemble plus à une contradiction. Cela devient une possibilité artistique.

The Rolling Stones : Exile On Main St. (1972)

Exile On Main St. ne cherche pas à être propre. Heureusement.

Le disque transpire le blues, la soul, le gospel, la country et le rock’n’roll. Les voix semblent parfois enfouies, les guitares se frottent les unes aux autres et certains morceaux paraissent capturés au milieu d’une nuit trop longue.

Là où d’autres classiques cherchent la perfection, les Stones laissent entrer la poussière dans les micros. Exile On Main St. est rugueux, désordonné par endroits, mais surtout terriblement vivant.

Pink Floyd : The Dark Side Of The Moon (1973)

The Dark Side Of The Moon résiste à l’écoute morceau par morceau. Pink Floyd construit moins une collection de chansons qu’un espace dans lequel entrer.

Battements de cœur, horloges, voix, synthétiseurs et transitions abolissent progressivement les frontières entre les pistes. Le groupe parle du temps, de l’argent, de la mort et de la folie sans laisser le concept écraser les chansons.

Plus d’un demi-siècle après sa sortie, sa production reste impressionnante. On peut préférer Wish You Were Here ou Animals, mais comme porte d’entrée dans l’univers de Pink Floyd, difficile de faire mieux.

Fleetwood Mac : Rumours (1977)

Rumours pourrait presque paraître trop évident dans cette sélection. Pas de grand concept ni de révolution spectaculaire. Seulement des chansons remarquablement écrites.

Le groupe enregistre pourtant l’album alors que les relations personnelles entre ses membres se délitent. Ruptures et rancœurs nourrissent des morceaux d’une élégance presque insolente.

C’est tout le paradoxe de Rumours : plus les rapports humains deviennent compliqués, plus la musique semble limpide. Une leçon de songwriting qui n’a presque pas vieilli.

The Clash : London Calling (1979)

Le punk aurait pu finir prisonnier de ses propres règles. The Clash décide de ne pas les respecter.

London Calling conserve son urgence mais l’ouvre au reggae, au ska, au rockabilly, à la soul et à la pop. La colère reste intacte, simplement elle possède davantage de couleurs.

C’est aussi un album politique qui ne sacrifie jamais la musique au discours. The Clash y montre que le punk pouvait survivre à son explosion initiale. Pour cela, il fallait accepter de devenir autre chose.

Nirvana : Nevermind (1991)

Avec le recul, le succès de Nevermind paraît presque logique. Il ne l’était pas.

En quelques mois, Nirvana fait passer le grunge des marges au centre de la culture populaire. Mais le contexte n’explique pas tout. Kurt Cobain possède un instinct mélodique presque pop qu’il dissimule sous des guitares abrasives et une voix écorchée.

Toute la force du disque vient de cette contradiction : être agressif et vulnérable, sale et incroyablement efficace. Nevermind n’a pas créé le rock alternatif. Il a brutalement changé son échelle.

Radiohead : OK Computer (1997)

OK Computer a étrangement gagné en pertinence avec le temps. Ses histoires d’isolement, de technologie et d’individus perdus dans des systèmes trop grands semblent presque plus familières aujourd’hui qu’en 1997.

Musicalement, Radiohead commence déjà à démonter les codes du rock alternatif. Les guitares restent présentes, mais les textures électroniques s’installent et les structures se déforment.

Le groupe ira beaucoup plus loin avec Kid A. Mais OK Computer reste ce moment fascinant où Radiohead appartient encore pleinement au rock tout en cherchant déjà comment lui échapper.

Dix portes d’entrée, pas une histoire définitive

Il manque forcément des géants : Black Sabbath, The Velvet Underground, Bruce Springsteen, Queen, The Who et bien d’autres. Une sélection de dix albums ne peut pas raconter toute l’histoire du rock.

Ces disques montrent plutôt dix façons de la faire bouger. Les Beatles agrandissent le studio, Hendrix transforme la guitare, Bowie fait de l’identité une matière artistique, The Clash ouvre le punk, Nirvana fait exploser l’alternatif et Radiohead commence déjà à en démonter les frontières.

Tous ne provoqueront pas la même chose. C’est aussi l’intérêt. Un album incontournable n’est pas forcément celui que l’on doit aimer, mais celui qu’il devient difficile d’ignorer une fois qu’on l’a entendu.