VIOLENCE : Niveau Zéro évoque ses racines black metal, le Hellfest et l’impact de l’IA sur la musique

(Mis à jour le ) à 16h58
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VIOLENCE : Niveau Zéro évoque ses racines black metal, le Hellfest et l’impact de l’IA sur la musique © VIOLENCE

Des disques d’Emperor aux sound systems des free parties, Frédéric Garcia a construit un parcours singulier à la croisée du metal extrême et des musiques électroniques. Aujourd’hui à la tête de VIOLENCE, il continue d’explorer ce territoire où riffs, machines et énergie brute cohabitent sans complexe. À l’occasion de l’actualité du projet, Emma B. (alias Tetralens) s’est entretenue avec celui que l’on connaît également sous le nom de Niveau Zéro pour évoquer ses influences, la genèse de VIOLENCE, son rapport à la scène et les défis que l’intelligence artificielle pose au monde de la création.

Entretien réalisé par Tetralens le 21 mai 2026. Les propos ont été édités et condensés pour cette publication par la rédaction de MetalZone.


EB : Quel a été ton premier amour musical : le dubstep ou le metal ?

NZ : Au début de mon adolescence, c’était le metal. Puis très vite, je suis allé vers des choses un peu plus extrêmes : du death metal, puis pas mal de black metal.

J’ai eu un énorme passage black metal qui a duré très longtemps. Quelques années plus tard, j’ai bifurqué vers la musique électronique par le biais des free parties.

J’ai découvert un autre univers, tout en gardant ma base et en continuant d’écouter mes bons vieux albums fétiches. Ensuite, j’ai beaucoup écouté de bass music, de drum & bass, puis du dubstep. Et quand j’ai commencé à produire, j’ai remis du metal dans tout ça.

EB : Tu as remétalisé tout ça.

NZ : Exactement. Au lieu d’utiliser des samples de hip-hop ou autre, j’ai vraiment utilisé des samples d’Obituary, Sepultura ou Machine Head.

EB : Tu aurais des exemples de groupes de black metal qui t’ont particulièrement marqué ?

NZ : Je suis un gros fan d’Emperor. Arcturus aussi. J’aimais beaucoup le black metal norvégien, avec toute cette mythologie, de Mayhem à Burzum, même si certains groupes sont aujourd’hui très problématiques.

Et vraiment, plus je dénichais de groupes, plus ils étaient petits et inconnus. À l’époque, je pouvais connaître le nom du bassiste de tel groupe, de sa compagne, de tout le monde. J’étais un immense fan de black metal.

Le passage vers la musique électronique s’est notamment fait grâce à un album de remixes d’Arcturus. J’y ai entendu des remixes jungle et hip-hop assez incroyables, qui m’ont ouvert de nouvelles perspectives. En parallèle, Fear Factory proposait déjà des choses très hybrides. Ministry aussi. Je me suis tourné un peu vers l’indus ; ces sonorités étaient nouvelles pour moi.

Et puis un jour, en free party, je me suis pris la jungle en pleine figure. L’énergie me semblait assez proche de celle du metal. Il y a toujours eu une parenté entre ces styles, étrangement.

EB : Justement, cela faisait partie d’une question que j’avais préparée, sur le lien avec le metal industriel.

NZ : Oui, complètement. Et j’ai oublié de parler d’un groupe : Samael. Je les ai rencontrés récemment. Leur album Passage a été une influence importante pour moi. C’était l’une des premières fois où j’entendais autant de boîtes à rythmes dans un groupe issu de cette scène.

Avant même de plonger dans la musique électronique, je trouvais que beaucoup de groupes de black metal expérimentaux fonctionnaient déjà dans un esprit très DIY. Même quelqu’un comme Burzum utilisait parfois des boîtes à rythmes. Tout ça m’a habitué à entendre de la musique composée avec des outils électroniques.

J’ai grandi dans le sud de la France, près de Marseille. À l’époque, la scène n’était pas aussi développée qu’aujourd’hui. Quand on voulait sortir le week-end, on se retrouvait parfois dans une soirée gothique, une soirée industrielle ou d’autres événements du même genre. On découvrait des styles qu’on ne connaissait pas forcément.

EB : Une ouverture d’esprit forcée.

NZ : Forcée, oui, exactement.

EB : Dans VIOLENCE, les collaborations relèvent-elles davantage d’une démarche stylistique ?

NZ : Avec Opus 1, le premier album, on l’a composé un peu comme un album de musique électronique, où les featurings sont beaucoup plus simples à mettre en place.

Sur cet album, il y a seulement deux featurings issus de la scène électronique. Les autres sont avec Billy de Biohazard, Bastien de Horskh, entre autres. J’ai malgré tout voulu le construire comme un disque électro, avec des intervenants qui apportent chacun leur contribution.

Au final, Opus 1 ressemble davantage à un album électronique dans sa manière d’intégrer les collaborations.

EB : Donc VIOLENCE est destiné à durer ?

NZ : Oui. À la base, tout est parti de façon assez impulsive. Avec Niveau Zéro, j’avais déjà sorti plusieurs albums, notamment sur le label allemand Ad Noiseam. J’étais signé sur le même label qu’Igorrr ou encore Mick Harris, avec son projet Scorn.

Pour mon troisième album, j’avais envie d’être accompagné de musiciens. Petit à petit, cette simple envie est devenue autre chose.

EB : C’est devenu VIOLENCE.

NZ : Exactement. Le mot « Violence » s’est imposé à nous parce qu’il résumait parfaitement l’époque dans laquelle nous composions. Il suffisait d’allumer la télévision, d’ouvrir son ordinateur ou son téléphone pour recevoir toute la violence du monde en pleine figure.

Pour moi, c’était clairement un projet pensé sur le long terme.

Notre premier concert a eu lieu lors du Warm-Up du Hellfest à La Machine du Moulin Rouge, avec Betraying The Martyrs et Pogo Car Crash Control.

Ensuite, on a pu jouer notamment en première partie de Biohazard lors du retour de la formation historique. Aujourd’hui, le groupe existe vraiment à travers le live. On a envie de continuer à produire de nouveaux morceaux parce qu’on se rend compte que ça fonctionne très bien sur scène.

Le Hellfest et la Purple House

EB : Comment abordes-tu ce concert au Hellfest, à la Purple House ?

NZ : Après notre release party à Paris, le 20 mars, on a reçu cette proposition. Quand on a découvert le concept de la cage, on s’est dit que ça pouvait être complètement furieux.

Sur scène, on passe toujours de zéro à mille. Il y a quelque chose de très brut dans l’énergie du groupe, et ce lieu semble parfaitement adapté à ça.

D’ailleurs, on va essayer de filmer ce concert.

EB : L’ambiance de la Purple House est vraiment particulière.

NZ : Oui, et malgré la jauge limitée, ça peut devenir quelque chose de très spécial. On peut réunir les proches, les amis, les fans, et en faire un vrai moment de communion.

On jouera également au V&B Fest’ à Château-Gontier cet été.

Entre bass music, electro dark et metal

EB : Comment qualifierais-tu la différence entre l’electro dark et le dubstep metal de VIOLENCE ?

NZ : J’ai notamment fondé Château Bruyant, puis Raw Audio Distortion (des labels). Ce qui est intéressant, c’est qu’il existe une vraie parenté entre la scène dubstep et la scène metal.

Je pense sincèrement qu’une grande partie des producteurs dubstep sont, à la base, des métalleux. Je connais beaucoup d’artistes qui évoluent dans les deux mondes.

EB : Donc les connexions sont très fortes.

NZ : Oui. Même si certains métalleux nous disent parfois : « Vous nous fatiguez avec le dubstep. »

Mais il existe des artistes comme Code: Pandorum dont l’univers est extrêmement proche du metal. On retrouve les mêmes codes et parfois la même violence sonore.

EB : Je pensais notamment à SIERRA VEINS.

NZ : C’est amusant parce que j’ai collaboré avec elle via mon autre projet, Ghost Dance. J’ai même assuré sa première partie à La Cigale. Encore une fois, ça montre à quel point les ponts existent déjà.

Pour l’instant, nous réfléchissons davantage à la suite de VIOLENCE qu’à de nouvelles collaborations. L’idée serait de sortir un ou deux singles d’ici la fin de l’année.

L’intelligence artificielle dans la musique

EB : Quelle est ta vision de l’IA dans le monde de la musique ?

NZ : Je pense surtout que tous les acteurs de la musique doivent s’emparer du sujet rapidement, parce qu’aujourd’hui ce n’est absolument pas sous contrôle.

Pour tout ce que l’IA apporte en matière de facilité de production, j’ai aussi l’impression qu’on est en train de fabriquer le bâton qui servira à nous frapper.

Si certains chiffres sont exacts, une part énorme des contenus présents sur certaines plateformes est déjà générée par l’IA. Cela signifie davantage de concurrence pour les artistes humains et une dilution des revenus.

Les questions de droits d’auteur deviennent de plus en plus complexes. Personnellement, je n’utilise quasiment pas l’IA dans mon travail créatif. Ou alors de manière purement technique.

Je ne génère pas ma musique avec l’IA.

Nous avons toutefois utilisé l’IA dans le cadre du clip Wide Shut, notre collaboration avec Horskh, dans une démarche volontairement critique autour de la saturation des images et des informations.

Certaines personnes nous l’ont reproché et je peux le comprendre. Moi-même, je trouve parfois ces images difficiles à regarder lorsqu’elles envahissent l’espace visuel.

Si certaines personnes parviennent à produire des œuvres magnifiques grâce à ces outils, tant mieux. Mais concernant la musique, j’ai du mal à voir en quoi cela rend réellement service aux artistes.

EB : J’ai parfois l’impression que cela abîme une partie de la sincérité propre à la création artistique.

NZ : Je comprends totalement ce point de vue…

Le black metal possède un véritable héritage punk et DIY. Dans cette scène, personne ne t’en voudra si ta pochette est bricolée avec les moyens du bord. Cela fait partie du contrat implicite.

Aujourd’hui, même les plus petits groupes peuvent générer des visuels heroic fantasy immenses et parfaitement réalisés. Personnellement, je préfère souvent quelque chose d’imparfait mais d’authentique.

Je n’ai pas envie de passer pour le vieux con de service, mais je crois que beaucoup de jeunes comprennent très bien les enjeux. Ils doivent déjà rivaliser avec d’autres humains, et désormais aussi avec des machines.

Laissez-les un peu tranquilles !

Et quelque part, VIOLENCE parle aussi de tout ça.


Comme vous l’aurez compris, VIOLENCE ne compte pas ralentir la cadence. Porté par l’accueil réservé à son premier album et par une série de concerts particulièrement convaincants, le groupe s’apprête à franchir une nouvelle étape avec un passage très attendu à la Purple House du Hellfest le 17 juin prochain.

Il poursuivra ensuite sa route au V&B Fest’, le 20 août, où il partagera l’affiche avec Robbie Williams, Feu! Chatterton, Bleed From Within, Lord Of The Lost ou encore Ashen. De quoi confirmer la montée en puissance d’un projet singulier, à la croisée du metal et des musiques électroniques.