Tuomas Holopainen pense que Nightwish pourrait continuer sans lui. Après 30 ans et une succession de remaniements, le principal compositeur du groupe estime que Nightwish est devenu « plus que la somme de ses parties ». Une belle marque de confiance envers le collectif… mais aussi une conviction qui laisse songeur. Nightwish pourrait-il réellement rester Nightwish sans son principal architecte ?
Le groupe a déjà survécu à des départs majeurs, certes. Celui de Holopainen aurait pourtant une tout autre portée. Derrière les claviers se trouve surtout l’homme qui compose l’essentiel du répertoire et façonne, depuis les origines, l’identité de Nightwish. Imaginer le projet sans lui est possible sur le papier ; musicalement, l’équation devient autrement plus hasardeuse.
Pour Tuomas Holopainen, Nightwish pourrait continuer sans lui
Dans un nouvel entretien accordé à Metal Hammer, Tuomas Holopainen se montre catégorique : Nightwish pourrait survivre au départ de n’importe lequel de ses membres actuels. « Honnêtement, je pense qu’à ce stade, si l’un d’entre nous venait à partir, moi y compris, les autres pourraient continuer », affirme-t-il.
Et il ne s’exonère donc pas de l’équation. « Ça vaut pour chacun d’entre nous. On a suffisamment prouvé que ce groupe pouvait fonctionner avec différentes formations. » Sa conviction se cristallise en une formule simple, presque un manifeste. « Nightwish a toujours été plus que la somme de ses parties. »
L’histoire, il est vrai, lui fournit quelques solides arguments. En trois décennies, Nightwish a essuyé plusieurs bouleversements majeurs, dont les départs de Tarja Turunen et Marko Hietala, sans jamais sombrer avec eux. Holopainen et Emppu Vuorinen demeurent aujourd’hui les seuls membres présents sans interruption depuis les débuts.
Mais Nightwish sans son principal compositeur ?
C’est ici que le raisonnement commence à vaciller. Remplacer une voix, aussi emblématique soit-elle, n’est pas tout à fait la même chose que perdre la plume qui écrit l’essentiel de la musique.
Holopainen n’est pas seulement le claviériste et l’un des fondateurs de Nightwish ; il en est le principal compositeur. La longévité du groupe témoigne d’une remarquable faculté à absorber les départs et à muer sans se dissoudre. Mais prouve-t-elle vraiment qu’il pourrait se passer de celui qui façonne une grande partie de son imaginaire musical ? C’est nettement moins évident.
Quelqu’un pourrait reprendre le flambeau, évidemment. Mais pour emprunter quelle direction ? Écrire en tentant de deviner ce que Holopainen aurait lui-même composé ? Sillonner indéfiniment les chemins qu’il a tracés ? Il y aurait quelque chose d’étrange à consacrer son énergie à poursuivre l’ombre d’un compositeur absent. À vouloir préserver coûte que coûte la silhouette de Nightwish, le groupe pourrait finir par en égarer l’âme.
C’est tout le paradoxe. Holopainen voit manifestement Nightwish comme une entité qui l’a dépassé, émancipée en quelque sorte de son propre créateur. L’idée est belle et témoigne d’une confiance considérable envers ses partenaires. Reste qu’après 30 ans passés à bâtir cet univers, penser que son absence n’en bouleverserait pas profondément la substance paraît sacrément optimiste.
Six chansons déjà prêtes pour le prochain album
Pour l’heure, ce scénario appartient heureusement au domaine de l’hypothèse. Holopainen est bel et bien occupé à écrire la suite et a déjà achevé six chansons pour le prochain album.
Le groupe doit entrer en studio en mai 2027 afin de donner corps au successeur de Yesterwynde. Pour la scène, en revanche, aucune précipitation. Holopainen veut d’abord mener ce disque à terme et envisage 2028 comme une possibilité. « L’année prochaine, ce serait encore trop tôt pour repartir en tournée. L’année suivante, peut-être ? Je veux faire un autre album avant de remonter sur scène, ça, c’est certain. »
Toujours aucun retour de Tarja en vue
Dans le même entretien, Holopainen revient sur l’éviction de Tarja Turunen en 2005. Il admet que Nightwish avait été critiqué « à juste titre » après cette rupture, tout en maintenant qu’il n’existait alors « aucun avenir pour nous ensemble ».
Vingt ans ont passé, sans pour autant rouvrir cette porte. Holopainen écarte sans ambiguïté toute réunion. « C’était un divorce, et pas des plus beaux. Je pense qu’aujourd’hui, nous avons chacun notre vie », confie-t-il. Et l’hypothèse de revoir un jour Tarja et Marko Hietala dans Nightwish ? « Ça n’arrivera pas. »
En attendant le prochain album, Nightwish célébrera ses 30 ans avec The Greatest 30 Years On Earth, attendu le 11 décembre. La rétrospective comprendra notamment un documentaire consacré à Holopainen. Étrange jeu de miroirs… au moment même où le musicien affirme que Nightwish pourrait un jour apprendre à exister sans lui, son groupe célèbre trois décennies d’histoire en braquant précisément les projecteurs sur celui qui en a dessiné une si grande partie.