Drewsif ne cache pas son agacement : dans un message posté sur ses réseaux sociaux, l’ancien bassiste de Greylotus exprime son ras-le-bol face à l’omniprésence de l’intelligence artificielle dans le domaine artistique. Une prise de parole directe, au ton tranché, qui s’inscrit dans un débat de plus en plus clivant dans le monde de la musique.
Drewsif : “L’IA rend tout chiant”
Connu pour son franc-parler et son approche personnelle de la musique, Drewsif s’est récemment fendu d’un message sur ses réseaux sociaux, exprimant son exaspération face à la prolifération des outils d’IA générative dans les domaines visuel et sonore : “Trois publications sur quatre dans mon fil parlent d’une nouvelle application d’IA ou d’IA générative pour la vidéo ou la musique. C’est dingue de voir à quel point cette technologie, qui ouvre (presque) toutes les possibilités — du moins si ça a déjà existé quelque part, car toute IA générative repose sur du vol — rend tout aussi chiant.”
Le musicien conclut avec une pointe d’ironie : “S’il te plaît, grand maître de l’algorithme publicitaire, montre-moi autre chose.”
Ce message, à la fois critique et désabusé, témoigne d’un rejet profond de l’IA utilisée comme substitut à la créativité humaine. Pour Drewsif, il ne s’agit pas d’un simple outil d’aide, mais d’un processus qui vide l’art de son sens.
Un artiste toujours actif, mais à sa manière
Depuis son départ de Greylotus en février dernier, Drewsif poursuit son chemin en solo. À l’époque, il avait déclaré vouloir se concentrer sur des projets “moins exigeants techniquement”, laissant sa place au sein du groupe à Keith Kohlhepp. S’il reste discret, il continue à créer de la musique et à partager ses réflexions en ligne, fidèle à son identité artistique indépendante.
Une fracture grandissante autour de l’IA dans la musique
Les propos de Drewsif résonnent avec ceux de Wolfgang Van Halen. Le leader de Mammoth n’a pas mâché ses mots lors de récentes interviews, qualifiant l’IA générative de “vraie connerie” : “L’IA devrait poser des silencieux sur les voitures, pas faire de la musique à notre place.” Pour lui, utiliser des outils numériques pour faciliter le travail est acceptable, mais s’en servir pour remplacer l’humain est une impasse : “Elle recycle juste ce qu’on a déjà fait. Sans nous, elle ne serait rien.”
D’autres artistes, comme Jonny Hawkins (Nothing More), défendent une vision plus nuancée. Selon lui, “l’IA n’est pas un danger pour les bons artistes, seulement pour les mauvais”, tant que l’humain reste au cœur du processus.
Un modèle économique biaisé
Au-delà des questions de création, l’usage de l’IA soulève aussi des enjeux économiques. Le PDG de Deezer, Alexis Lanternier, affirme que près de 70 % des morceaux générés par IA sur la plateforme sont associés à des pratiques frauduleuses. Ces titres sont souvent écoutés par des bots, détournant ainsi les revenus qui devraient revenir aux artistes réels. Il précise : “Les gens n’écoutent pas ces titres. Et quand ils le font, c’est souvent par erreur, car ils ont été piégés.”
Deezer a mis en place un système d’étiquetage des contenus IA, afin d’informer les utilisateurs. À l’inverse, Spotify ne signale pas ces morceaux, accentuant l’opacité du système. Dans un contexte où les revenus des artistes sont déjà faibles, ces pratiques alimentent un sentiment d’injustice croissant.
Il est important de noter que ces projets artificiels, malgré leur prolifération, restent largement déconnectés de la réalité musicale : ils ne remplissent aucune salle, ne fédèrent aucun public, et personne ne monte sur scène pour les incarner.
À l’heure où la technologie s’invite partout, la ligne semble claire pour nombre de musiciens : utiliser un outil pour améliorer sa créativité, oui. L’utiliser pour la remplacer, non.
