Northlane vient de dévoiler Crucified, troisième extrait de son septième album Anemoia, attendu le 30 octobre. Parmi les morceaux révélés jusqu’ici, c’est probablement celui qui réconcilie le mieux les deux visages du groupe : la puissance tellurique du metal et cette fascination, toujours plus prégnante, pour l’électronique.
Après Evian et CUT_it, les Australiens frappent juste. Crucified cogne, gronde, mais ménage suffisamment d’espace aux textures électroniques pour que les deux univers respirent d’un même souffle. Un équilibre précieux, surtout lorsque Northlane pousse parfois ses expérimentations jusqu’à laisser s’estomper une part du charme plus brut de ses jeunes années.
Crucified, le meilleur équilibre des trois singles ?
Cette fois, riffs et électronique ne se disputent jamais véritablement la lumière. Ils s’imbriquent, se répondent, puis s’entrechoquent lorsque le morceau réclame davantage de violence. Parmi Evian, CUT_it et Crucified, c’est ici que l’alchimie paraît la plus aboutie.
Northlane arpente évidemment ce territoire depuis longtemps. Mais Anemoia semble résolu à s’y aventurer plus profondément encore… au risque, parfois, de voir se dissiper ce grain plus brut et organique qui faisait le sel du groupe à ses débuts. Faut-il y voir une rupture ? Pas vraiment. Cette métamorphose ressemble plutôt à l’aboutissement naturel d’un chemin tracé depuis plusieurs albums.
Quand le désaccord devient affrontement
Sur le fond, Crucified s’attaque à la polarisation et à l’érosion du dialogue. Marcus Bridge dépeint une époque où une divergence suffit trop souvent à ériger l’autre en adversaire.
« Crucified parle de l’effondrement du dialogue : aujourd’hui, le moindre désaccord tourne à l’attaque, chaque conversation devient un champ de bataille et, dès que les opinions divergent, quelqu’un finit par se poser en victime », explique le chanteur.
Le propos déborde largement du seul champ politique. Bridge vise aussi les querelles en ligne, les guerres et, plus largement, cette incapacité grandissante à composer avec le désaccord. « Ce réflexe qui consiste à sauter à la gorge de quelqu’un plutôt qu’à essayer de l’écouter s’est infiltré partout dans nos vies. »
Difficile de trouver sujet plus actuel. Peut-être même un peu trop ?
Jordan Fish, une empreinte plutôt qu’une emprise
À la production exécutive d’Anemoia, on retrouve Jordan Fish, ancien membre de Bring Me The Horizon. Sa patte affleure dans cette façon de faire cohabiter metal, électronique et mélodies ciselées. Elle ne recouvre pourtant jamais complètement le paysage sonore de Northlane.
C’était précisément l’écueil à éviter. Marcus Bridge explique que le groupe cherchait quelqu’un capable d’épouser son univers plutôt que de le remodeler à son image. « Jordan a évidemment son style, mais il savait très bien ce que nous faisions. Il s’est contenté d’apporter quelques éléments ici et là et de resserrer l’ensemble. »
Crucified en offre une illustration convaincante. L’influence extérieure affleure ; l’identité du groupe, elle, demeure intacte. Quelques secondes suffisent pour reconnaître Northlane. Sur une musique devenue aussi hybride, ce n’était pas forcément gagné.
Anemoia s’enfonce davantage dans l’électronique
Crucified succède à CUT_it, consacré au burnout et à l’épuisement, ainsi qu’à Evian, morceau davantage tourné vers la reconstruction personnelle.
Inspiré notamment par un set du producteur et DJ britannique Evian Christ, Anemoia fera s’entrechoquer trance, breakdowns, drum and bass, jungle et pop. Northlane puise également dans les réminiscences électroniques de la fin des années 1990 et du début des années 2000.
Voilà toute la ligne de crête… Jusqu’où peut-on métisser les genres avant que l’identité originelle ne commence à se brouiller ? Crucified, en tout cas, avance sur ce fil avec une belle assurance.
La tracklist de Anemoia
- Pierce The Sky
- NEED2FEEL
- Crucified
- Deathwish
- Evian
- CUT_it
- S∈GA
- The Otherside
- Start Again
- Anemoia (feat. Dayseeker)
Le morceau-titre accueillera Rory Rodriguez de Dayseeker, dont Marcus Bridge a récemment salué « l’une des plus belles voix de la scène ».
Les deux groupes partageront également les routes européennes à la fin de l’année, avec Siamese. La tournée fera escale à l’Élysée Montmartre, à Paris, le 8 décembre. Anemoia paraîtra le 30 octobre en indépendant.