Godsmack se trompe de festival, Primus reprend Dio… Les deux premiers jours mouvementés du Motocultor 2026

(Mis à jour le ) à 14h04
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Godsmack se trompe de festival, Primus reprend Dio… Les deux premiers jours mouvementés du Motocultor 2026 © Tetralens

Le Motocultor est de retour à Kerampuilh et, pour cette édition 2026, les festivaliers ont une nouvelle fois droit à un programme éclectique, capable de passer du black metal le plus oppressant au rock expérimental, en passant par le deathcore, l’indus, le metalcore ou encore le metal alternatif. Deux premières journées particulièrement copieuses. Et encore, on n’a pas tout vu !

La chaleur relative (ce n’est pas la canicule de juin), la poussière (presque autant que pour l’édition Mad Max de 2025) et les km parcourus entre les scènes n’empêcheront évidemment pas les festivaliers de répondre présents. Retour sur ces deux premières journées, entre découvertes, retrouvailles et prestations particulièrement musclées.

Jeudi – jour 1

Pour commencer ce Motocultor 2026, une affiche particulièrement variée le jeudi. Et c’est précisément l’un des atouts majeurs du festival : passer d’un univers à l’autre en quelques minutes, sans se sentir perdu. Plutôt un catalyseur d’énergies.

Pour débuter ce festival, c’est sur Kittie que nous misons, bien qu’Unearth ou Fauxx eussent été des mises en jambe intéressantes. Les Canadiennes n’ont plus besoin de démontrer qu’elles savent manier la force et les mélodies avec une efficacité redoutable.

Sur scène, le groupe affiche une assurance et une énergie communicative. Les riffs sont solides, la rythmique au point et le chant conserve cette capacité à passer de la rage à des passages plus mélodiques.

Kittie donne cette impression d’être parfaitement à sa place sur une grande scène de festival. Pas besoin d’en faire des tonnes : les morceaux parlent pour eux-mêmes et le public répond présent. Une entrée en matière efficace.

Changement radical d’atmosphère avec Gaerea. Les Portugais, ayant fait sensation avec la sortie de leur dernier album Loss (mars 2026), plongent le public dans une expérience sombre et viscérale.

La formation poursuit son évolution vers un black metal moderne où l’atmosphère occupe une place très importante. Les explosions de violence alternent avec des passages plus mélodiques, créant une tension permanente. L’augmentation des passages aux arrangements qui tendent vers le rock divise un peu. Les puristes du black prennent de la distance, mais Gaerea gagne de nouvelles âmes à sa cause musicale. Le jeu scénique singulier de Gaerea participe aussi à son aura et à nous happer : silhouettes masquées, mouvements feutrés et lumières frénétiques combinées à la rythmique contribuent à transformer le set en véritable expérience sensorielle.

Gaerea ne propose pas seulement une performance, mais installe une ambiance, une sensation à mi-chemin entre malaise et fascination. Mission accomplie. Et pour moi la confirmation d’une valeur sûre.

Après des années d’absence sur le sol français, Godsmack déboule comme la machine américaine qu’ils sont. Le Motoc se transforme en arena le temps du concert.

Une production imposante et une maîtrise scénique indéniable.

La géographie… un poil moins. Petit malaise quand le frontman s’adresse à la foule avec un « Hello Hellfest!!! » Ah non monsieur, c’était en juin ça, et là on est en Bretagne ! Bref.

Les riffs sont calibrés, les refrains entêtants et Sully Erna tient son rôle de « capitaine » avec une assurance totale.

Pas de surprise majeure, certes, mais une efficacité évidente. Godsmack connaît parfaitement les recettes du show et les applique avec précision, presque en oubliant un poil de sincérité justement. Le public attendait du gros son, des refrains fédérateurs et une bonne dose de nostalgie. Et de ce côté-là, le contrat est largement rempli.

Après l’énorme machine Godsmack, Amenra propose un moment saisissant.

Le collectif belge impose son univers obscur, puissant et hypnotique. Ici, pas question de chercher immédiatement le morceau banger. Amenra prend son temps, construit la progression, laisse monter la tension avant de libérer toute sa puissance, comme à chaque passage sur scène.

Le contraste entre les passages vaporeux et les explosions de saturation fonctionne à merveille. Le public se retrouve progressivement happé par cette empreinte musicale aussi physique qu’introspective. Une expérience à part, qui me marque à chaque fois.

Amenra confirme que le metal peut aussi être profondément émotionnel.

Puis arrive Primus.

Et le festival change encore de couleur.

Avec Les Claypool à la barre, difficile de faire entrer Primus dans une case. Rock, funk, metal, progressif et expérimentation se mélangent dans un univers très particulier.

Le jeu de basse de Claypool concentre beaucoup de l’attention du spectacle. Technique, décalé, parfois complètement hors sol, le groupe signe une identité qu’aucune autre formation ne possède. Entre fascination pour une partie du public et incompréhension pour d’autres, la foule est évidemment divisée. C’est un point qui rend Primus intéressant. Le groupe ne cherche jamais à ressembler aux autres.

On salue le beau moment de featuring avec Mark Osegueda de Death Angel (qui passait en même temps que Gaerea… fallait choisir), qui rejoint Primus pour une reprise de Holy Diver de Dio, donnant à la fin du concert une tonalité nostalgique.

Après moult hésitations, je laisse avec un peu de regret le set de Municipal Waste pour assister à Oomph! Tout simplement car je n’ai jamais vu ce groupe, et qu’un festival, c’est l’occasion de découvrir de nouvelles choses.

Pour terminer ma première journée, c’est donc Oomph! qui sera mon dernier concert. Le groupe prend possession de la scène avec son mélange de metal industriel, d’électro et de sonorités gothiques.

Le groupe allemand sait comment extirper d’un public déjà éprouvé par la chaleur et la fatigue l’énergie résiduelle. Les martèlements martiaux, les refrains accrocheurs et l’ambiance un brin gloomy immergent rapidement l’audience. Le spectacle est mis en scène avec une théâtralité maîtrisée et ça colle assez bien à l’identité du groupe.

Les Germaniques transforment cette fin de soirée en réunion dansante version metal indus. Ok.

Après une journée chargée, il est temps de regagner notre camp de base. Le deuxième jour s’annonce tout aussi dense…

Vendredi – jour 2

Si le premier jour avait déjà placé la barre assez haut, le vendredi ne laisse pas de répit. De Cage Fight à Slaughter to Prevail en passant par Hrafngrímr, Lord of the Lost ou Mass Hysteria, la journée va une nouvelle fois faire voyager le public dans des univers radicalement différents.

Assistant à la fin de Gravity, que je me garde en tête pour une prochaine occasion car agréablement surprise par l’identité vocale, je débute la journée avec Cage Fight, et autant dire que les British et leur charismatique chanteuse française, Rachel Aspe (ex-Eths), ne sont pas venus pour faire de la figuration.

Metalcore mâtiné de hardcore et rage pure sont au menu. Le groupe privilégie l’impact immédiat : riffs tranchants, batterie survoltée et voix growlée qui prend aux tripes.

Pas besoin d’artifices surabondants, même si le look de scène de Rachel est très travaillé, Cage Fight est là pour aller chercher les headbangs et déclencher les premiers circle pits bagarreurs. Un excellent moyen de remettre la machine en route.

Avec Skaphos, on change radicalement de registre. La formation française propose un death/black metal particulièrement sombre, où l’atmosphère occupe une place majeure, comme chez la plupart des protagonistes du black metal. Les riffs sont lourds, le chant profondément guttural et l’ensemble dégage un halo presque suffocant.

Le groupe possède surtout cette capacité à dépeindre, via sa musique, un véritable univers. On n’assiste pas à une simple succession de morceaux : Skaphos offre une prestation immersive qui confirme son identité. Le Motocultor, c’est aussi ça.

Autre salle, autre ambiance, pendant ce temps-là, c’est Urne qui se produit sur la Massey Ferguscene. Metal progressif un peu sludge, qui a fait des émules également.

Petite pause pour se restaurer et échanger avec les protagonistes de cette communauté qu’on aime retrouver chaque année, autant que les groupes !

Puis vient le moment de Hrafngrímr, dont l’univers tranche encore une fois avec ce qui précédait.

Le projet français puise non seulement son nom, mais aussi ses sonorités et son imagerie dans les cultures nordiques pour proposer un spectacle où le metal rencontre les instruments traditionnels pour un voyage ancestral.

Il y a quelque chose de cérémoniel dans cette proposition qui, certes proche de celle de la référence Heilung, diffère par son interprétation toute personnelle. Les rythmes entêtants et les chants vaporeux donnent à la performance une identité singulière.

Une respiration hors du temps bienvenue au milieu d’une journée frénétique.

C’est pendant que les « masques de corbeaux » nous font voyager que Revnoir régale les amateurs de metalcore nouvelle génération à la française. La sensation du moment fait frémir la foule et acquiert de nouveaux fans lors de sa prestation.

L’arrivée de Textures constitue un moment particulier pour les amateurs de djent et de metal progressif. La signature du groupe repose sur la combinaison de précision rythmique, de lignes de guitares complexes, voire acrobatiques, et de passages plus atmosphériques qui contribuent à faire sa réputation.

Sur scène, la technicité de Textures, pourtant omniprésente, n’est jamais une simple démonstration. Les morceaux restent puissants et ont leur place dans ce festival, tout en conservant une richesse indéniable.

Avec Lord of the Lost, mon prochain arrêt dans ce voyage à travers les couleurs du metal, le festival change encore de visage.

Le groupe allemand, qui maîtrise à la perfection le mélange entre metal industriel, gothique et influences symphoniques dans un show préparé avec minutie, met le feu. Mais au-delà de l’empreinte musicale, c’est sans conteste le spectacle qui retient l’attention.

Chris Harms et ses musiciens occupent la scène avec une énergie débridée. Les refrains sont fédérateurs, les arrangements imposants et l’ensemble possède cette dimension théâtrale qui colle parfaitement à l’univers de Lord of the Lost.

Le public répond largement présent et le groupe démontre une nouvelle fois qu’il sait transformer un concert en véritable show.

Pour leur dernière date de la tournée portant l’opus Tenace, c’est le Motocultor que Mass Hysteria a choisi. Un moment majeur pour la programmation de cette année, ET pour le groupe. Le collectif français lance dès le début du set une vague de riffs, de titres aux paroles pleines de sens, portées par Mouss, le MC, indétrônable et infatigable, même lorsqu’il mime s’inclure dans la catégorie des « vieux ». La scène a sur lui un impact de jouvence, et Mass nous fait ce don en retour. Un des groupes majeurs du metal français, qui, s’il vous plaît, met à l’honneur la langue de Molière avec brio, sans perdre la moindre goutte de punch.

Et comme souvent avec Mass, le mot d’ordre est simple : aller chercher le public, par les textes ou la gestuelle. Même Yann, le guitariste à la puissance dingue, mais souvent assez réservé, réclame un wall of death.

Mouss mène la foule, harangue les festivaliers et transforme rapidement la fosse en gigantesque terrain de jeu. Les morceaux phares sont accueillis comme des hymnes et l’énergie reste constante du début à la fin, dans une communion avec le public, d’autant plus belle qu’elle est produite par un groupe à l’identité musicale qui casse tout.

Une telle tornade émotionnelle satellise le public, qui, comme moi, serait bien resté encore un peu avec Mass.

On note aussi dans la foule une belle communauté de fans, dont les retrouvailles font partie de l’ambiance.

Et puis vient Emperor.

Pour les amateurs de black metal, difficile de passer à côté d’un tel rendez-vous. L’atmosphère change profondément dès l’arrivée sur scène des musiciens. Les lignes rythmiques sont tranchantes, tandis que la puissance du groupe contraste avec la chaleur qui règne encore sur le site.

Emperor démontre cette capacité à faire résonner sa musique comme une référence technique et mélodique. Les morceaux sont complexes, mais aussi profondément immersifs. Le groupe pose son univers, sombre et majestueux, et laisse le charme agir.

Un concert qui remet l’église (même si c’est celle qui brûle…) au milieu du village et rappelle pourquoi Emperor occupe cette place si particulière dans le black metal.

Pour finir cette journée, c’est le collectif russe Slaughter to Prevail qui vient créer le contraste avec le set précédent. Le deathcore du groupe d’Alex Terrible est construit autour d’un principe central : l’impact.

Après une entrée en matière un peu surprenante, les guitares résonnent fort, la batterie impose son style et les breakdowns semblent conçus pour faire exploser la fosse dans une fureur incontrôlable. Le frontman controversé pour ses postures politiques passées ou ses câlins aux ours possède toutefois une présence indéniable qui impose la signature brutale du deathcore du groupe aux masques à cornes. Le public répond à l’appel et les circle pits prennent rapidement de l’ampleur. Pour la subtilité, on oublie : Slaughter cherche la démesure, le chaos et la puissance.

À l’issue de ces deux jours, le bilan à mi-course est clair : le Motoc réussit à ne jamais enfermer le metal dans une seule définition. Et on aime ça.

On va essayer de s’expurger un peu de la poussière et de reposer un peu les cervicales pour poursuivre dignement.

La suite du programme s’annonce épique !

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