Depuis plus de deux décennies, Portal entretient une identité aussi insaisissable qu’inquiétante. Loin des conventions du metal, ce groupe australien mise sur l’anonymat, la dissonance et une imagerie horrifique pour développer une œuvre singulière, aussi dérangeante dans le son que dans l’image.
Une discographie tortueuse, au service de l’angoisse
Fondé en 1994 à Brisbane, Portal s’est construit dans l’ombre, loin des projecteurs et des circuits classiques. Le groupe, mené par le guitariste Horror Illogium et le chanteur The Curator, adopte une approche lente, intuitive et intensément travaillée. Il a fallu attendre 1998 pour que le duo publie un premier enregistrement, suivi de la sortie de son premier album, Seepia, en 2003.
Insatisfaits du résultat, les membres de Portal revoient leur approche et cherchent un son plus épuré, cérémoniel et oppressant, d’après Illogium. Ce tournant mène à la sortie d’Outré en 2007, un album qui affirme leur identité sonore : un chaos contrôlé, où l’ambiance prime sur la technique.
Le groupe poursuit sa trajectoire avec Swarth (2009), Vexovoid (2013) et ION (2018), avant de publier deux albums en 2021 : Avow et Hagbulbia. Depuis, Portal s’est fait discret. L’apparition de nouveaux costumes lors de rares concerts en 2025 laisse toutefois penser qu’une nouvelle phase créative est en cours.
Un art du malaise, entre noirceur sonore et esthétique d’un autre temps
Portal ne cherche ni la virtuosité, ni la brutalité pure. L’objectif, selon ses membres, est de créer “une atmosphère évocatrice”, en s’écartant des codes traditionnels du death metal. “L’extrême pour l’extrême n’a aucun sens dans notre art”, a déclaré Horror Illogium dans une interview relayée par Invisible Oranges.
La musique du groupe se veut dissonante, atonale, dépouillée de toute logique mélodique classique. Elle évoque plus volontiers le malaise, l’aliénation ou la paranoïa que la puissance ou la colère. Les paroles, souvent cryptées, semblent issues d’un langage inventé, renforçant le sentiment de mystère.
Visuellement, Portal puise dans les années 1920, le cinéma muet et des figures du fantastique comme Lon Chaney. Les musiciens portent des costumes sombres et singuliers ; The Curator, lui, arbore des masques aussi inquiétants qu’inclassables, allant du voile opaque à l’horloge ancienne. Une esthétique inspirée de l’imaginaire victorien et de technologies anciennes, loin d’un gothique que le groupe juge trop convenu.
Rares sont les formations à cultiver un tel refus des conventions. Portal ne cherche pas l’accessibilité. Il façonne un univers fermé, exigeant, mais d’une cohérence remarquable. Une anomalie fascinante au sein du metal contemporain.