Depuis Riza, Villagers Of Ioannina City semble chercher jusqu’où il peut s’éloigner de ce qui l’a rendu immédiatement reconnaissable. Ce premier album avait une identité presque trop évidente, avec son mélange de rock lourd et de musique traditionnelle grecque. Venceremos poursuit le mouvement amorcé sur Age Of Aquarius, mais sans complètement abandonner ces racines.
Le groupe préfère désormais les longues constructions progressives, les ambiances psychédéliques et les montées heavy qui prennent plusieurs minutes avant d’arriver à destination. Le folk revient tout de même davantage sur ce nouvel album. Tant mieux, parce que c’est encore lorsque ces deux mondes se rencontrent que Villagers Of Ioannina City est le plus intéressant.
Des morceaux qui prennent leur temps
Venceremos n’est clairement pas un album pressé. Les morceaux s’étirent, les grooves s’installent lentement et les musiciens préfèrent faire évoluer quelques motifs plutôt que d’enchaîner les riffs. Dans ce genre d’exercice, la batterie peut facilement devenir soit envahissante, soit terriblement monotone. Aris Giannopoulos évite les deux. Son jeu apporte énormément aux compositions, avec beaucoup de petits changements rythmiques et de fills qui maintiennent le mouvement. L’introduction martiale de No Fear en est probablement le meilleur exemple.
Le problème, c’est que cette approche finit parfois par diluer les chansons. Certains passages sont excellents, certains grooves donnent immédiatement envie de monter le volume, puis dix minutes plus tard, il devient difficile de se souvenir précisément du morceau dans lequel ils se trouvaient.
C’est particulièrement visible lorsque le groupe s’enfonce dans un heavy/prog assez classique. Rien n’est vraiment mauvais, loin de là, mais Villagers Of Ioannina City devient soudain beaucoup moins identifiable. À l’inverse, le solo de Here And Now ou la dernière envolée de Requiem fonctionnent très bien parce qu’ils donnent enfin une véritable direction mélodique à ces longues constructions.
Le folk reste son meilleur atout
The Ruiner montre assez bien ce que Villagers Of Ioannina City peut faire lorsque ses influences traditionnelles ne sont pas simplement posées par-dessus le reste. Ici, elles modifient réellement la couleur et la dynamique du morceau. Même chose avec le très court Epitaph, qui laisse beaucoup plus d’empreinte que sa durée pourrait le laisser penser.
C’est dans ces moments-là que Venceremos prend vraiment une personnalité. Les instruments traditionnels donnent au heavy psychédélique du groupe quelque chose que beaucoup d’autres formations capables d’écrire de longues compositions progressives n’ont tout simplement pas.
Pour autant, revenir à Riza et refaire exactement la même chose n’aurait probablement pas beaucoup d’intérêt. Villagers Of Ioannina City a clairement gagné en ambition depuis cette époque et son vocabulaire progressif et psychédélique est aujourd’hui beaucoup plus développé.
Venceremos se retrouve donc dans une position un peu étrange. C’est un album maîtrisé, très bien joué, avec une atmosphère solide et plusieurs excellents passages. Mais plus le groupe s’éloigne de ses racines grecques, plus il risque de ressembler à beaucoup d’autres groupes de heavy psychédélique et de rock progressif. À l’inverse, lorsqu’il laisse ces racines reprendre naturellement leur place, on reconnaît Villagers Of Ioannina City en quelques secondes.