Depuis Riza, Villagers Of Ioannina City semble poursuivre une drôle d’émancipation. Ce premier album lui avait donné une signature presque trop limpide, mêlant rock lourd et traditions grecques dans des morceaux immédiatement reconnaissables. Avec Venceremos, le groupe continue pourtant de s’éloigner de cette formule. Non par reniement, plutôt par refus de s’y enfermer.
Dans le sillage d’Age Of Aquarius, ce nouvel album privilégie les longues constructions progressives, le psychédélisme et les lentes poussées heavy. Le folk y reprend toutefois davantage de place. Et c’est lorsque ces racines refont surface que Villagers Of Ioannina City retrouve ce qui le distingue vraiment.
Une ampleur parfois nébuleuse
Venceremos aime prendre son temps. Les compositions s’étirent, installent patiemment leurs grooves et laissent les motifs évoluer plutôt que d’empiler les riffs. Cette écriture réclame des musiciens capables de maintenir la tension. Aris Giannopoulos s’y montre précieux, multipliant les inflexions rythmiques et les fills sans encombrer l’espace. Sur No Fear, son entrée martiale suffit à lancer le morceau.
Cette ampleur se paie parfois d’une certaine évaporation. On retient un balancement ou une poussée instrumentale, parfois quelques minutes particulièrement grisantes, mais moins souvent la chanson qui les abrite. Certains développements heavy/prog deviennent même assez anonymes. Le solo de Here And Now ou l’ultime envolée de Requiem frappent justement parce qu’ils donnent soudain une direction mélodique à ces longues constructions.
Le folk comme ligne de force
The Ruiner indique peut-être la voie la plus féconde. Les instruments traditionnels n’y servent pas de simple vernis folklorique : ils changent réellement le morceau. Le bref Epitaph produit une impression voisine. Lorsque cet héritage se mêle vraiment au heavy psychédélique du groupe, Venceremos devient moins interchangeable.
Réclamer Riza II serait pourtant manquer le propos. Villagers Of Ioannina City a gagné en envergure en élargissant son vocabulaire progressif et psychédélique. Mais Venceremos rappelle aussi qu’évoluer ne suppose pas d’effacer ce qui rend un groupe reconnaissable. Le disque est maîtrisé, possède une vraie atmosphère et quelques fulgurances. Il lui manque encore des compositions capables de donner à cette nouvelle identité autant de présence qu’à celle dont le groupe cherche, depuis des années, à s’affranchir.