Le metalcore a beaucoup changé depuis la fin des années 2000. À l’époque, August Burns Red pouvait remplir un album de riffs techniques, de cris et de breakdowns sans vraiment sortir du cadre. Quinze ans plus tard, Sleep Token se retrouve associé à la même scène en mélangeant metal progressif, pop, R&B et électronique. Entre les deux, il s’est passé pas mal de choses.
Voici dix albums qui permettent de suivre une partie de cette évolution. Ce ne sont pas forcément les dix meilleurs, simplement des disques qui ont marqué différentes périodes du metalcore et du metal moderne.
August Burns Red : Constellations (2009)
August Burns Red faisait déjà les choses un peu différemment. Pas vraiment de chant clair, énormément de riffs et Matt Greiner derrière la batterie, qui n’avait visiblement pas envie de se reposer.
Constellations reste l’un des meilleurs albums du groupe, avec Marianas Trench et White Washed parmi les gros morceaux. C’est technique sans tomber complètement dans la démonstration, même si certains passages donnent l’impression que les guitaristes ont peur de jouer le même riff trop longtemps.
Periphery : Periphery II: This Time It’s Personal (2012)
Au début des années 2010, tout le monde voulait faire du djent. Enfin, beaucoup de monde.
Periphery faisait partie des groupes les plus intéressants du mouvement, et Periphery II reste probablement mon album préféré de cette période. Le premier était déjà impressionnant techniquement, mais celui-ci contient simplement de meilleures chansons.
Scarlet est excellente, Make Total Destroy beaucoup plus agressive et la deuxième moitié de Luck As A Constant vaut à elle seule le détour.
Bring Me The Horizon : Sempiternal (2013)
Il fallait forcément parler de BMTH quelque part.
Le groupe venait du deathcore, était passé au metalcore et commençait déjà à partir ailleurs lorsque Sempiternal est sorti. L’arrivée de Jordan Fish et la place beaucoup plus importante donnée aux synthétiseurs ont énormément changé son son.
Shadow Moses, Sleepwalking et évidemment Can You Feel My Heart ont depuis été copiées par une quantité assez impressionnante de groupes. BMTH continuera ensuite à changer de style presque à chaque album, avec des résultats parfois excellents et parfois franchement discutables.
The Contortionist : Language (2014)
The Contortionist avait déjà largement prouvé que ses membres savaient jouer de leurs instruments. Avec Language, ils ont commencé à se calmer un peu.
Michael Lessard apporte énormément au groupe et les morceaux deviennent plus atmosphériques, sans perdre complètement le côté technique des premiers albums. Language I: Intuition reste probablement la chanson idéale pour découvrir cette période.
Je préfère personnellement Clairvoyant, mais il est beaucoup moins metal. Language se trouve juste au milieu.
Architects : All Our Gods Have Abandoned Us (2016)
Architects était particulièrement bon à cette époque. Lost Forever // Lost Together avait installé la formule, puis All Our Gods Have Abandoned Us l’a poussée encore plus loin.
Nihilist est une excellente ouverture et Gone With The Wind reste probablement l’une des meilleures chansons du groupe.
Tom Searle, atteint d’un cancer pendant la création de l’album, est mort quelques mois après sa sortie. Difficile évidemment de ne pas entendre certaines paroles différemment avec ce contexte.
Le style de guitare d’Architects sera ensuite copié jusqu’à devenir presque un cliché du metalcore moderne.
Erra : Drift (2016)
Jesse Cash pourrait probablement remplir chaque chanson de riffs impossibles s’il en avait envie. Sur Drift, il semble justement avoir un peu moins envie de le faire.
L’album est plus mélodique qu’Augment, parfois presque rêveur, tout en restant très technique. Luminesce représente particulièrement bien cette période d’Erra.
Ce n’est peut-être pas leur album le plus impressionnant à la première écoute, mais c’est justement pour ça que je l’aime beaucoup.
Northlane : Alien (2019)
Avec Alien, Northlane a franchement commencé à ressembler à autre chose.
Les synthétiseurs sont partout, les guitares sont énormes et certains passages de Details Matter ou 4D se rapprochent presque davantage de la musique électronique industrielle que du metalcore traditionnel.
Marcus Bridge parle également beaucoup de son enfance et de la toxicomanie de ses parents, notamment sur Bloodline. Cette production froide et mécanique colle plutôt bien au sujet.
Loathe : I Let It In And It Took Everything (2020)
Il y a évidemment beaucoup de Deftones dans cet album. Ce n’est pas exactement difficile à entendre sur Two-Way Mirror.
Mais Loathe peut aussi sortir quelque chose comme Gored, puis partir sur Is It Really You? quelques morceaux plus tard. Le disque passe constamment d’un truc très doux et atmosphérique à des passages extrêmement lourds.
Je ne sais pas vraiment pourquoi l’ensemble fonctionne aussi bien, mais ça fonctionne.
Spiritbox : Eternal Blue (2021)
Spiritbox avait déjà beaucoup fait parler avec Holy Roller avant même de sortir son premier album. Le morceau est excellent, mais douze chansons dans ce style auraient probablement été assez fatigantes.
Eternal Blue est heureusement beaucoup plus varié. Secret Garden est très mélodique, Constance repose surtout sur son atmosphère et Circle With Me mélange plutôt bien les deux côtés du groupe.
Tout n’est pas au même niveau, mais pour un premier album attendu à ce point, c’était plutôt réussi.
Sleep Token : Take Me Back To Eden (2023)
Et là, les catégories commencent franchement à devenir inutiles.
Take Me Back To Eden contient du metal progressif, du djent, de la pop, du R&B et beaucoup d’électronique. The Summoning peut commencer avec un énorme riff et terminer quelques minutes plus tard sur une partie funk/R&B sans que Vessel semble trouver cela particulièrement étrange.
Granite est presque une chanson pop/R&B, Vore part complètement dans l’autre direction et le morceau Take Me Back To Eden essaie à peu près de tout faire en huit minutes.
C’est grandiloquent, parfois un peu trop, mais ça montre assez bien où en est une partie du metal moderne aujourd’hui.