Le metal progressif n’a jamais eu de frontières très nettes. Dream Theater, Gojira, Opeth ou encore Myrath partagent la même étiquette, mais certainement pas la même musique. C’est justement ce qui rend le genre aussi intéressant.
Voici donc dix albums, venus de dix pays différents, qui montrent chacun une facette du prog metal. Le principe est simple, un seul disque par pays. Et oui, certains choix ont été douloureux.
États-Unis : Dream Theater avec Metropolis Pt. 2: Scenes from a Memory (1999)
Commençons par l’évidence. Il aurait été possible de choisir Tool, Queensrÿche ou Between the Buried and Me, mais Scenes from a Memory reste un monument du prog metal.
Dream Theater y pousse très loin son goût pour les concepts, les compositions interminables et la virtuosité, sans oublier d’écrire de vraies chansons. The Dance of Eternity est un festival technique, tandis que The Spirit Carries On touche dans un registre complètement différent. C’est grandiose, parfois excessif, mais c’est aussi Dream Theater au sommet de son art.
France : Gojira avec From Mars to Sirius (2005)
Pour la France, difficile de passer à côté de Gojira. From Mars to Sirius est l’album où le groupe a véritablement trouvé l’équilibre entre death metal, groove, atmosphères et structures progressives.
Backbone écrase tout sur son passage, From Mars laisse respirer le disque et Flying Whales est devenu l’un des morceaux emblématiques du groupe. Gojira n’avait pas encore atteint les sommets de popularité actuels, mais pratiquement tout était déjà là.
Suède : Opeth avec Ghost Reveries (2005)
Oui, Blackwater Park existe. Néanmoins, Ghost Reveries représente peut-être encore mieux toutes les facettes d’Opeth.
Ghost of Perdition passe du death metal à des passages acoustiques et mélodiques avec une facilité déconcertante. Reverie/Harlequin Forest poursuit dans cette direction, tandis qu’Isolation Years termine l’album avec beaucoup plus de douceur. Pour découvrir ce qu’Opeth savait faire à cette époque, c’est difficile de demander mieux.
Tunisie : Myrath avec Tales of the Sands (2011)
Myrath apporte immédiatement autre chose à cette sélection. Sur Tales of the Sands, le groupe tunisien mélange prog metal, metal symphonique et sonorités orientales avec beaucoup de naturel.
Under Siege résume parfaitement la formule avec ses gros riffs, ses orchestrations et la voix de Zaher Zorgati. L’album sait aussi ralentir avec Sour Sigh et Beyond the Stars. Si vous ne connaissez Myrath que de nom, c’est un excellent point de départ.
Canada : Devin Townsend avec Deconstruction (2011)
Devin Townsend n’est jamais très loin lorsque l’on parle de musique progressive complètement démesurée. Deconstruction est probablement l’un de ses albums les plus excessifs.
Orchestrations gigantesques, metal extrême, passages absurdes, cheeseburgers et une armée d’invités comprenant Mikael Åkerfeldt, Ihsahn, Joe Duplantier ou encore Floor Jansen. Planet of the Apes et The Mighty Masturbator donnent une assez bonne idée du chaos. C’est beaucoup à digérer, mais c’est précisément l’intérêt.
Australie : Ne Obliviscaris avec Portal of I (2012)
Pour un premier album, Portal of I est franchement impressionnant. Ne Obliviscaris mélange death et black metal progressifs, violon, passages acoustiques et compositions à rallonge sans vraiment demander la permission.
Forget Not et As Icicles Fall montrent parfaitement ce contraste entre violence et mélancolie. Le violon de Tim Charles pourrait sembler incongru dans un groupe aussi extrême. En pratique, il fait partie intégrante de son identité.
Angleterre : Haken avec The Mountain (2013)
Haken avait déjà sorti deux bons albums, mais The Mountain est celui qui a véritablement imposé le groupe parmi les grands noms du prog moderne.
Atlas Stone est mélodique et spectaculaire, Falling Back to Earth part dans tous les sens, et puis il y a Cockroach King. Harmonies vocales étranges, claviers joueurs et influence évidente de Gentle Giant, le morceau résume assez bien le côté légèrement barré de Haken.
Allemagne : The Ocean avec Pelagial (2013)
Pelagial est construit comme une plongée vers le fond de l’océan. Plus l’album avance, plus la lumière disparaît et plus la musique devient lourde.
The Ocean mélange ici post-metal et prog avec une vraie continuité. Les morceaux fonctionnent individuellement, mais le disque prend surtout son sens lorsqu’on l’écoute du début à la fin. Une descente d’une heure vers les abysses, ce qui est tout de même plus sympathique qu’une véritable visite de la fosse des Mariannes.
Norvège : Leprous avec The Congregation (2015)
Leprous n’a jamais eu besoin d’empiler les solos pour faire du prog. Sur The Congregation, le groupe préfère les rythmiques étranges, les répétitions presque hypnotiques et la voix immédiatement reconnaissable d’Einar Solberg.
The Price est probablement le morceau le plus accessible, tandis que Rewind et Slave dévoilent une facette beaucoup plus sombre. Le groupe s’éloignera progressivement du metal par la suite, ce qui rend cet album assez particulier dans sa discographie.
Andorre : Persefone avec Aathma (2017)
Oui, Andorre possède aussi son représentant dans le metal progressif, et pas n’importe lequel. Persefone pratique un death metal technique et progressif extrêmement dense, mais Aathma sait aussi prendre son temps.
Prison Skin montre parfaitement ce mélange entre virtuosité, agressivité et atmosphères cosmiques. Le disque se termine ensuite avec la pièce Aathma, divisée en quatre mouvements. Une belle démonstration de ce que peut produire un groupe venu d’un pays de moins de 500 km².