10 albums metal incontournables de 2018 à redécouvrir aujourd’hui

(Mis à jour le ) à 09h02
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10 albums metal incontournables de 2018 à redécouvrir aujourd’hui

2018 paraît déjà loin. Pourtant, une partie du metal moderne d’aujourd’hui se dessinait précisément là. Le metalcore changeait de peau, le death technique lorgnait vers le progressif ; électronique, indus et grosses mélodies commençaient à rebattre les cartes.

Certains de ces albums annonçaient la suite. D’autres capturaient un groupe à un moment qu’il ne retrouverait jamais vraiment. Quelques-uns ont été dépassés par leurs propres auteurs… sans perdre pour autant ce qui les rendait si bons.

Dix albums pour résumer 2018 ? Impossible. Mais pour replonger dans une année particulièrement riche du metal moderne, difficile de trouver meilleur prétexte.

Rolo Tomassi, Time Will Die And Love Will Bury It

Du mathcore en fusion, des claviers lumineux, des silences qui respirent… Rolo Tomassi passe du chaos à l’apesanteur sans laisser voir les coutures. La violence n’écrase jamais la beauté ; elle lui donne du relief.

C’est encore ce qui frappe aujourd’hui. Les explosions rendent les accalmies plus belles, les passages éthérés donnent davantage de poids au chaos. Là où tant de disques jouent sur les contrastes, celui-ci semble véritablement vivre à travers eux.

Presque une décennie plus tard, il désoriente toujours autant. Puis il touche en plein centre.

Rivers Of Nihil, Where Owls Know My Name

On pourrait prendre le raccourci habituel et parler du fameux album de death metal avec du saxophone. Ce serait passer à côté de l’essentiel.

La réussite de Where Owls Know My Name tient surtout à sa finesse d’écriture et à un point d’équilibre assez dingue. Death metal, mélancolie, progressif, atmosphères… tout cohabite sans donner l’impression que Rivers Of Nihil cherche à cocher des cases. Même le saxophone semble avoir toujours vécu au milieu de ces guitares.

La sophistication est partout ; la démonstration, nulle part. C’est justement pour ça que le disque conserve autant de saveur. Rivers Of Nihil n’améliorait pas simplement sa formule. Il s’en évadait.

À relancer aujourd’hui pour constater à quel point cette fuite en avant reste maîtrisée.

Breaking Benjamin, Ember

Breaking Benjamin, c’est un peu l’AC/DC du metal alternatif et du rock radio moderne. Et c’est un compliment.

On sait ce qui nous attend. Guitares lourdes, mélodies sombres, voix immédiatement reconnaissable de Benjamin Burnley et refrains qui refusent de quitter le crâne. La familiarité fait partie du plaisir. Personne ne lance un album de Breaking Benjamin pour assister à la destruction méthodique de la formule.

Sur Ember, le groupe serre plutôt la vis. Plus lourd, plus dense, parfois presque suffocant, le disque conserve pourtant cette efficacité mélodique qui fait tout le sel de Breaking Benjamin.

Tourniquet ne réinvente rien. Et alors ? Le piège est visible ; on marche dedans avec plaisir.

ERRA, Neon

Neon a connu un drôle de vieillissement. Non pas parce qu’il serait devenu mauvais, mais parce qu’ERRA a fait tellement mieux ensuite.

En 2018, sa sophistication impressionnait. Riffs imbriqués, textures superposées, mélodies enfouies… Il fallait parfois creuser pour trouver la chanson derrière l’architecture. Aujourd’hui, la production accuse davantage son âge et quelques choix d’écriture paraissent moins heureux.

Reste un très bon album de metalcore progressif, avec un Breach qui rappelle tout ce qu’ERRA savait déjà faire. Technique, dense, mélodique… et jamais clinique.

La discographie suivante l’a rendu moins essentiel. Elle ne l’a certainement pas rendu inutile. Voilà justement une bonne raison de revenir voir ce qui brillait déjà sous Neon.

Time, The Valuator, How Fleeting, How Fragile

Certains albums perdent de leur éclat avec les années. Celui-ci en a gagné.

La technique reste à sa place ; l’émotion prend la lumière. Guitares précises, mélodies aériennes, mélancolie en suspension… Time, The Valuator emprunte les codes du metalcore progressif sans se laisser dévorer par eux.

Starseeker en concentre toute la force fragile. Ça frappe sans avoir besoin de hurler en permanence.

La trajectoire du groupe donne aujourd’hui une autre dimension au disque. Changements de chanteur, longues périodes de silence, activité en pointillé… Il y a bien eu une suite, mais jamais avec le même impact qu’à l’époque du premier chanteur.

How Fleeting, How Fragile ressemble désormais à la photographie d’un groupe qui avait trouvé quelque chose de précieux. Peut-être le meilleur moment pour le redécouvrir.

Fit For A King, Dark Skies

Pas de détour. Dark Skies vise l’impact et connaît parfaitement sa cible. Breakdowns massifs, refrains calibrés, montées conçues pour faire céder le plancher… La mécanique est visible, jamais inoffensive.

Oblivion résume le disque. On voit le coup partir ; on le prend quand même.

Fit For A King a fait mieux depuis, ce qui place aujourd’hui Dark Skies dans une position assez amusante. Le disque n’a pas vraiment perdu ses qualités ; son propre groupe l’a simplement dépassé.

Le relancer permet justement de retrouver le moment où la machine tournait déjà à plein régime, juste avant de gagner encore en puissance.

Beyond Creation, Algorythm

La basse serpente, les rythmiques mutent, les guitares semblent allergiques à la ligne droite. Virtuose ? Évidemment. Mais Algorythm ne confond jamais complexité et empilement.

Une nuance précieuse dans un genre qui peut rapidement transformer chaque morceau en examen d’entrée au conservatoire. Beyond Creation évite le piège ; derrière les prouesses, les compositions avancent, respirent et racontent.

The Inversion le prouve avec éclat. Ici, la technique n’est pas le spectacle, c’est le vocabulaire.

Même sans vivre au rythme du death technique, difficile de ne pas goûter à une virtuosité aussi bien intégrée.

Monuments, Phronesis

Les rythmiques restent millimétrées, les riffs toujours aussi anguleux. Pourtant, Phronesis ouvre les fenêtres. La mélodie circule, l’émotion affleure et le groove cesse de monopoliser la pièce.

Mirror Image incarne parfaitement ce déplacement. Sous la mécanique apparaît une vraie vulnérabilité ; la virtuosité apprend enfin à partager l’espace.

C’était aussi l’un des signes du changement. Après des années à compter les syncopes et admirer les guitares à huit cordes, le metalcore progressif et le djent devaient se rappeler une chose assez simple… écrire des chansons.

Phronesis avait reçu le mémo. Et ça s’entend toujours.

Architects, Holy Hell

S’il fallait chercher un album capable d’incarner à lui seul une bonne partie du metal de 2018, Holy Hell serait difficile à éviter.

Premier disque composé après la mort de Tom Searle, guitariste et principal auteur du groupe, il avance forcément lesté par l’absence. Les guitares écrasent, les orchestrations débordent, Sam Carter chante au bord de la rupture. Sous toute cette puissance reste une question nue. Comment continuer ?

Impossible d’ignorer le contexte. Mais réduire Holy Hell au deuil serait presque lui faire injure. Enlevez l’histoire, les chansons tiennent toujours debout.

C’est peut-être là que se trouve sa vraie force. Architects a transformé quelque chose de profondément intime en un disque capable de parler à une foule entière.

Pas leur album le plus aventureux. Probablement leur plus douloureux. Et huit ans plus tard ? Toujours aussi fort.

The Ocean, Phanerozoic I: Palaeozoic

Post-metal, sludge, progressif… Les morceaux prennent leur temps, accumulent la pression, deviennent immenses. The Ocean ne raconte pas simplement les âges géologiques ; il leur donne une masse.

Permian, The Great Dying transforme même une extinction massive en monument progressif. Sur le papier, l’idée pourrait tourner à la caricature. À l’écoute ? Une évidence.

Phanerozoic I reste l’un des sommets de The Ocean. Ambitieux sans réclamer une médaille pour son ambition ; massif sans confondre longueur et profondeur.

Il rappelle aussi que le metal moderne ne s’ouvrait pas dans une seule direction. Pendant que certains cherchaient des refrains plus immédiats, de l’électronique et des productions toujours plus lisses, The Ocean construisait des continents.

Peu de disques de 2018 donnent encore aujourd’hui cette impression de gigantisme.

2018, juste avant la bascule

Dix albums ne racontent évidemment pas une année entière. Beartooth aurait pu être là, comme bien d’autres. Mais cette sélection capture un moment où plusieurs trajectoires commençaient à bifurquer.

Le metalcore allait devenir plus accrocheur, plus électronique, parfois industriel, souvent plus atmosphérique. Les productions se polissaient ; la frontière avec le metal alternatif devenait poreuse. Bring Me The Horizon avait déjà largement participé à ouvrir la voie. Quelques années plus tard, l’ascension de Bad Omens montrerait jusqu’où ce langage pouvait voyager.

En 2018 pourtant, rien n’était encore complètement figé.

C’est aussi pour ça que revenir à ces dix albums vaut le détour. Ils ne racontent plus seulement ce qu’était le metal en 2018. Ils permettent d’entendre, avec le recul, ce qu’il était en train de devenir.

Certains annonçaient la suite. D’autres capturaient un instant qui ne reviendrait plus. Tous donnent une bonne raison d’appuyer à nouveau sur « lecture ».