En juin dernier, Point Mort investissait la Warzone du Hellfest avec ses fleurs, son chaotic popcore et un public particulièrement remuant. Le lendemain de ce passage, MetalZone retrouvait le groupe pour revenir sur ce concert, son évolution musicale, son rapport à la scène et la suite de l’aventure.
Fondé à Paris en 2016, Point Mort réunit cinq musiciens aux influences très différentes et préfère aujourd’hui l’étiquette « chaotic popcore » à celle, plus classique, de post-hardcore. Au moment de notre rencontre, le groupe poursuivait sa tournée Point de non re-tour, entamée le 25 avril 2025 et annoncée jusqu’en décembre, tout en recommençant déjà à composer.
Avec nous : Sam au chant, Damien à la basse et Olivier, l’un des guitaristes.
Retour sur la Warzone
MZ : Vous étiez sur la Warzone hier après-midi. Comment c’était ?
S : C’était chouette, on a passé un super moment. On en a vraiment profité. Les gens étaient super, hyper enthousiastes, ils étaient beaux !
O : Nombreux. Un beau tableau.
MZ : Vous vous étiez déjà présentés au Hellfest en 2022, sur une autre scène et avec votre précédent album. Avez-vous vécu ces deux passages différemment ?
S – O : Oui, totalement.
S : Déjà parce que ce n’était pas du tout la même scène, ni la même esthétique. L’horaire aussi : 10 h 30 la dernière fois, c’est une autre vibe, on va dire. Et puis notre musique a évolué, ce qui justifie d’ailleurs ce changement de scène. Donc oui, définitivement, ce n’était pas le même concert.
D : La logistique n’était pas la même non plus. On a fait un peu plus de scéno pour celui-là et on l’a davantage préparé en amont. La première fois, on était aussi dans la découverte du festival. Le matin à 10 h 30, les gens sont hyper réceptifs à la musique mais ne bougent pas forcément. Là, dès la première note, les gens sont partis en live total.
O : La première fois, on était un peu en culotte courte. Cette fois, pour la Warzone, on avait un peu plus de métier et on s’est beaucoup mieux préparés.
MZ : Sam, apparemment, tu avais déjà fait le Hellfest avant Point Mort ?
S : Non. En fait, j’ai été bénévole pendant très, très longtemps au Hellfest. J’ai commencé au merch, puis j’ai été road sur la Mainstage 1 pendant trois ans et ensuite à l’accueil VIP presse pendant quatre ans. Donc je connaissais l’envers du festival. Ça m’a permis d’aider le groupe à mieux vivre l’expérience, parce que se retrouver dans une infrastructure aussi grosse peut être très stressant. C’est le petit bonus.
Du post-hardcore au « chaotic popcore »
MZ : On peut lire que vous êtes un groupe de post-hardcore, mais vous vous définissez comme du chaotic popcore et vous touchez à différents genres. Finalement, Point Mort, qu’est-ce que c’est ?
S : Point Mort, c’est cinq personnes qui n’ont pas les mêmes goûts et qui n’écoutent quasiment aucune musique en commun. Ça donne un panel très vaste d’influences personnelles. En gros, la question, c’est : comment réunir nos instincts, nos envies et nos visions de la musique au sein d’un projet qui nous unit tous ?
On a beaucoup été étiquetés post-hardcore parce qu’au départ le projet était très post-metal, avec des personnes différentes. Avec le changement de line-up, qui est celui d’aujourd’hui depuis sept ans, ça s’est transformé et on a peu à peu glissé vers une liberté totale.
On est sans filet, on se laisse vivre avec tout ce qu’on veut exprimer. Dans « chaotic popcore », il y a une grosse vibe hardcore dans ce qu’on produit, mais le côté chaotic vient de toutes ces influences. New Noise nous avait aussi donné l’étiquette « omnicore », qu’on trouve assez à propos : un peu tous les genres au sein du hardcore. Ça colle plutôt bien à ce qu’on fait. Mais c’est vrai que c’est difficile de nous mettre une étiquette, donc les gens sont libres de nous appeler comme ils veulent. Après, ça vous regarde, vous, de nous en donner une.
O : On fait de la musique. À aucun moment on se dit : dans tel morceau, on va faire ci, et dans celui-là, on va mettre ça. L’écriture fonctionne par rebonds. Parfois entre Sam et moi, puis avec ce qu’on amène aux autres en répète. Il y a ensuite un deuxième jet quand tout le monde commence à jouer les morceaux. Des fois, je repars à la table pour réécrire, quelqu’un a une idée, je l’inclus et ça rebondit encore.
À aucun moment on se dit : « Là, dans ce morceau, on va mettre 73 riffs, de la pop, du rap et puis, pour bien faire chier le monde, de l’orgue. » Le but, c’est de raconter quelque chose, de transmettre une émotion. Ça peut être drôle ou fun, et créer de la surprise, mais il faut que ce soit intégré. Ce n’est jamais faire quelque chose juste pour le faire.
Le français, l’anglais et le son des mots
MZ : Cela répond un peu à la question suivante. Vous avez principalement des textes en anglais. Sur le premier album, on en trouve un en français, La Bienveillance des faux, mais aussi des titres en français avec des textes en anglais. Vous brouillez un peu les pistes ?
S : En vrai, ce qui m’importe le plus lorsque j’écris, c’est la façon dont ça sonne. Ça passe d’abord par la mélodie, qui va m’inspirer des mots et des sonorités. C’est souvent ça qui va déclencher le choix de chanter dans une langue ou dans une autre. Malheureusement, je n’en maîtrise que deux. J’adore l’espagnol aussi : si je le parlais mieux, ça ne m’étonnerait pas qu’on ait des morceaux dans cette langue.
Et pourquoi des titres en français ? « The Point of No Return », c’est naze. « Le point de non-retour », ça faisait sens. Il y a aussi ce lien avec notre nom, « point », qui est chouette. Et puis c’est plutôt cool d’avoir un titre en français sur un album : on est un groupe français.
Des glissades et du lâcher-prise
MZ : Point Mort, quand vous enclenchez les vitesses, il n’y a jamais de sortie de piste ?
S : Oh si, il y a régulièrement des glissades. Des cascades.
D : Mais a priori, les gens ne s’en rendent pas trop compte, donc c’est plutôt rassurant.
O : Il y a de belles glissades. Hier, il y en a eu une belle, belle, mais ce n’est pas ce que les gens ont retenu. Il y a parfois de grosses surprises, mais on travaille tellement en amont qu’on arrive à les gérer.
Il faut progresser sur le lâcher-prise, réussir à se reconcentrer et à se remettre dans son concert. Tout ce que les gens veulent, c’est que le show continue et que l’énergie soit là. On dit souvent que ce qui compte, « c’est l’entrée et la sortie », mais je crois que la sortie est la plus importante.
MZ : J’ai l’impression que chaque scène, chaque salle et chaque public sont différents. Je vous ai vus au Petit Bain. Vous étiez en tête d’affiche et c’était hyper puissant. C’était différent d’hier.
O : Il y a déjà le plein air et le plein jour. Mine de rien, quand tu es dans une salle, le jeu de lumière n’est pas le même. Là, notre lighteuse s’est pris la tête pour réussir à créer de la tension. Elle suit tous les morceaux et veut que la lumière raconte quelque chose elle aussi.
En plein jour, ce n’est pas la même chose. C’est pour ça qu’on est partis sur un set peut-être un peu plus frontal, plus festif, plus ouvert, plus généreux. Ce dernier mot est d’ailleurs revenu souvent dans les retours qu’on a eus. Avec les cotillons, les fleurs et tous ces détails, l’idée était de créer autre chose et de marquer visuellement les gens.
D : Pourtant, c’est la même musique, la même chanson, mais les réactions peuvent être totalement différentes. On arrive à recevoir aussi bien l’énergie très positive d’un public qui bouge que celle de gens qui restent là, les yeux écarquillés, en disant : « Ah, c’était génial. » On prend tout.
O : On ne prépare pas les sets de la même manière selon les salles et les endroits où l’on joue. Au Petit Bain, on avait une idée très claire de ce qu’on voulait faire. En plus, c’était pour la release de l’album. On voulait quelque chose de très percutant, très « on va te coller, quoi ».
Là, Warzone à 15 h, en pleine chaleur, tu ne peux pas penser le concert de la même manière. D’ailleurs, on a créé un morceau spécialement pour la Warzone, le dernier du set, pour proposer quelque chose d’un peu inédit. Bon, on est tellement cons qu’on l’a mis en dernier alors qu’on l’avait très peu joué ! Mais je trouve que ça a super bien marché et on a eu de très bons retours.
De toute façon, à chaque date, on se prend la tête sur tous ces détails. Il y a aussi la contrainte de temps : on adapte le set.
Des fleurs… et des poireaux
MZ : Hier en Warzone, on a vu des poireaux décoller. Il y a un rapport avec vous ? Votre scène était décorée de fleurs, mais les poireaux…
O : Non, je crois que c’est devenu culturel à la Warzone, ça.
S : Quelqu’un m’a dit : « Il y a tout le temps des poireaux maintenant. » Je ne sais pas, mais nous, on n’a pas des poireaux à chaque concert. Je ne vous cache pas que ça m’a un peu déstabilisée. [Rires] J’étais là, je voyais le poireau.
MZ : On a vu des poireaux chez vous et une poubelle métallique slamer chez Malevolence.
S : Ah oui. Bon, après, des fois, il y a des chiottes. J’espère quand même que le poireau ne sera pas réitéré. Ceci dit, pourquoi pas : fruits et légumes.
S : Ramenez-nous des fleurs.
D : Oui, des fleurs, des coquelicots…
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Et après le « Point de non re-tour » ?
MZ : Vous êtes depuis un peu plus d’un an sur votre tournée Point de non re-tour, qui se poursuit jusqu’en décembre. Point Mort, qu’est-ce qui se passe après ?
S : Ce qui se passe, c’est que, de toute façon, on espère que les lives, ce sera tout le temps. On essaie déjà de booker l’année prochaine.
MZ : Toujours autour du même album ?
S : Oui, par la force des choses, mais on a repris la composition. On a notamment ce nouveau morceau, qui a été joué pour la première fois au Hellfest. On aimerait l’enregistrer et on va le faire cet été. Il y a d’autres morceaux en gestation, mais on ne sait pas encore sous quel format ils sortiront.
O : On ne va pas se mentir, le Hellfest, c’était une grosse échéance pour nous, la plus grosse date de l’année. On a fait un gros travail de préparation, de résidence et de scéno. Comme on fait tout nous-mêmes et qu’on ne vit pas de Point Mort, ça prend forcément sur nos vies. On ne pouvait pas penser à la fois à un album et à une grosse date comme celle-là. Il fallait faire un choix, et on espère que ce concert aura été marquant pour les gens qui sont venus nous voir…
Crédits : interview réalisée par Tetralens (Emma B.) et FouPouDav. Merci à Point Mort.
Cet entretien a été légèrement édité pour plus de clarté et de fluidité.