« Enlève-moi ça ! » : l’album de Max Cavalera qui était trop extrême même pour le père mafieux d’un ami

(Mis à jour le ) à 16h17
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« Enlève-moi ça ! » : l’album de Max Cavalera qui était trop extrême même pour le père mafieux d’un ami © Tetralens

En 1994, Max Cavalera et Alex Newport enregistrent Point Blank sans chercher à plaire. Nailbomb doit être froid, industriel, brutal ; la pochette, elle, doit choquer. Mission accomplie : le père mafieux d’un ami de Cavalera, pourtant habitué aux posters d’Iron Maiden et de Black Sabbath, aurait refusé de voir celui de Nailbomb sur le mur de son fils.

Trente-deux ans plus tard, drôle de destin : ce disque conçu sans ambition commerciale est devenu culte. Et si Cavalera remet aujourd’hui Nailbomb sur scène, ce n’est pas simplement pour rejouer le passé. Selon lui, Point Blank parle encore mieux de notre époque que de la sienne.

Un disque qui se moquait de plaire

Dans un nouvel entretien accordé à Kerrang!, Max Cavalera revient sur la liberté presque suicidaire qui entourait Nailbomb. Avec Alex Newport, pas question d’adoucir les angles ou d’imaginer ce que le public attendait.

« On s’en fichait complètement, même si personne n’aimait le disque », résume-t-il. Leur recette ? Du punk, du hardcore, du metal industriel et surtout aucune envie de rendre l’ensemble confortable. Cavalera raconte même qu’ils imaginaient Nailbomb comme leur propre vision, plus abrasive, de ce que Ministry et Nine Inch Nails auraient dû être.

La pochette qui ne passait même pas chez un mafieux

Musicalement, aucune concession. Visuellement ? Même principe. Cavalera et Newport voulaient l’image la plus choquante possible et ont choisi une photographie montrant une Vietnamienne avec l’arme d’un soldat américain pointée vers sa tête. Cavalera apprendra plus tard qu’elle avait survécu.

Mais une anecdote résume mieux que tout discours l’effet produit par cette pochette. Danny Marianino, chanteur de North Side Kings, avait des posters d’Iron Maiden et de Black Sabbath dans sa chambre. Son père, décrit par Cavalera comme un mafieux italien, n’y trouvait rien à redire.

Puis Point Blank est arrivé…

« Non, enlève-moi ça. Celui-là, il ne restera pas sur ton mur ! »

Personne ne l’a vraiment poussé… sauf les fans

Le paradoxe est là : derrière cette volonté de frapper fort, Nailbomb ne disposait pas d’une énorme machine pour se faire entendre. À l’époque, Sepultura et Chaos A.D. concentraient l’attention ; Point Blank, lui, avançait dans l’ombre.

Le disque aurait pu y rester. Ce sont surtout les auditeurs qui ont entretenu sa réputation, jusqu’à transformer ce projet parallèle en objet culte. Pas de véritable suite, peu de promotion… mais une longévité que ses créateurs n’avaient justement pas cherché à provoquer.

Cette fidélité a fini par ramener Nailbomb sur scène. Après sa résurrection en 2024, le projet a retrouvé l’Europe en 2025, puis Cavalera a rejoué Point Blank à Los Angeles en janvier 2026.

Nailbomb n’a pas changé. Le monde, si

Pourquoi revenir maintenant ? Pour Cavalera, la réponse dépasse largement la nostalgie. Point Blank était déjà un disque de colère, de rejet et de désillusion ; trois décennies plus tard, il lui semble encore mieux correspondre à son environnement.

« Le disque reste totalement pertinent aujourd’hui, probablement même plus que jamais, vu l’état du monde », affirme-t-il, citant notamment 24 Hour Bullshit, Cockroaches et Wasting Away.

C’est tout le paradoxe de Nailbomb : en 1994, Cavalera et Newport ont créé un album sans se demander qui voudrait encore l’écouter demain. Trente-deux ans plus tard, Point Blank est toujours seul, toujours aussi hostile… et son auteur le trouve plus actuel qu’avant.

Pas besoin, donc, de fabriquer artificiellement une suite. Cavalera a déjà écarté l’idée d’un nouvel album de Nailbomb, préférant préserver son caractère culte. Point Blank devait être un coup isolé ; pour l’instant, il le reste.

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