The Ember Gone devait parler d’un futur proche. La réalité n’aura pas attendu. Quelques semaines avant la sortie du huitième album de Gorod, de nouveaux incendies frappaient la région bordelaise et poussaient le groupe à annuler sa participation au Panic Fest pour rester auprès de ses proches.
Une résonance brutale pour un disque né en partie des mégafeux de la Dune du Pilat en 2022. Derrière les flammes, Gorod interroge surtout ce qu’elles racontent : le dérèglement climatique, notre responsabilité et l’héritage laissé aux générations suivantes. Le tout à travers un album qui prend également des risques sur le plan musical, avec une orientation progressive plus marquée et, près de trente ans après les débuts du groupe, la même envie de sortir de sa zone de confort.
Alors que The Ember Gone vient de paraître et que le Tech It Easy Tour avec Allegaeon s’apprête à démarrer, Gorod revient pour MetalZone sur la naissance de ce disque, sa volonté de continuer à évoluer et le défi de faire vivre cette nouvelle matière sur scène.
Sortir encore de sa zone de confort
MZ : The Ember Gone est présenté comme votre album le plus progressif et singulier à ce jour. Après près de trente ans d’existence, qu’est-ce qui vous pousse encore à sortir de votre zone de confort ?
Gorod : C’est toujours le fait de jouer de la musique ensemble !
Mat, qui compose toutes les musiques, déteste se répéter, donc à chaque album il cherche de nouvelles idées basées sur des rythmes, des sonorités, des styles différents.
Sur The Ember Gone, le mot d’ordre était « plus progressif ».
Cet album est à la base une idée d’EP née durant le Covid. Forgiveness et Regret sont d’ailleurs deux morceaux composés à ce moment-là. Finalement, ça ne s’est pas fait, The Orb a été composé et nous n’avons repris cette idée d’EP progressif qu’en 2025. Puis, Mat a été inspiré et l’EP s’est transformé en album !
Tu trouveras des rythmes africains dedans et bien sûr des références à la musique progressive des années 70.
Quand tu sors de ta zone de confort, tu progresses et cela a toujours été notre volonté de musiciens que de progresser. Mat adore explorer de nouvelles choses, il le fait à chaque album tout en étant garant de l’ADN de Gorod. C’est un exercice délicat dans lequel il excelle.
Le Pyrocène n’est plus une anticipation
MZ : L’album est notamment inspiré des incendies de 2022 autour de la Dune du Pilat. Cet été, cette réalité vous a directement rattrapés, au point de devoir annuler le Panic Fest pour rester auprès de vos proches. Est-ce que cet épisode a changé votre rapport au disque et à ses thèmes ?
Gorod : Oui, tout à fait, il fait référence aux mégafeux de 2022. D’ailleurs, les photos de l’album ont été prises sur les lieux de ces mégafeux et l’on peut y voir une nature qui ne s’est toujours pas remise de ces événements.
Pour être franc, nous étions conscients que ces épisodes catastrophiques se reproduiraient dans un futur proche, c’est inévitable au vu de la pente climatique que nous dévalons, mais de là à ce qu’un tel désastre se produise cette année… C’est juste hallucinant. Tu n’es pas prêt à voir des tourbillons de feu, des pyrocumulus, des éclairs qui lancent de nouveaux départs de feu à quelques kilomètres de chez toi ou à respirer des fumées d’incendies à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres.
Le thème trouvé par Nutz, le Pyrocène, qui devait être une sorte d’anticipation à court terme, se révèle être de l’actualité brûlante, sans mauvais jeu de mots !
MZ : Entre responsabilité environnementale, culpabilité et héritage laissé aux générations suivantes, The Ember Gone aborde des sujets très concrets. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre l’envie d’en parler et celle de laisser l’auditeur libre de sa propre interprétation ?
Gorod : Cette envie est venue naturellement lors d’une discussion entre amis autour d’un feu. On voulait aborder des sujets moins abstraits que d’habitude, parler de manière plus immédiate à nos auditeurs. Les thèmes abordés par Nutz ont toujours été très intéressants et les textes qui s’y rapportent d’une très grande qualité, Nutz étant une personne très cultivée et curieuse.
Cependant, il est vrai que ses textes pouvaient se révéler parfois difficiles d’accès. Nous avons choisi d’être plus efficaces sur cet album, de guider un peu plus l’auditeur au travers de nos histoires. Les sujets sont donc effectivement plus concrets, mais pas frontaux non plus, ça ne correspondrait pas à la musique.
Il y a donc toujours une marge d’interprétation, de réflexion personnelle que chacun peut avoir. Notre but n’est pas d’imposer une problématique aux gens, mais plutôt de leur donner une piste d’analyse, une prise de conscience sur des problèmes bien réels.
La solution ne tombera pas toute faite, il ne faut pas attendre grand-chose de nos gouvernants non plus, cette solution devra être globale, issue d’un mouvement et d’une prise de conscience collective.
Transposer The Ember Gone sur scène
MZ : Vous allez défendre l’album en Europe dès septembre avec Allegaeon et Abysmal Dawn. Comment transpose-t-on sur scène un disque aussi dense et progressif ? Certains nouveaux morceaux représentent-ils un défi particulier en live ?
Gorod : Finalement, Abysmal Dawn ne peut malheureusement pas être de la partie, ce sera donc Arcania, Defects et Halysis qui nous feront le plaisir d’ouvrir sur les différentes dates de la tournée.
Mat garde toujours en tête l’aspect live lorsqu’il compose, c’est une réalité à laquelle nous avons été confrontés par le passé lorsque nous nous sommes aperçus qu’il était impossible de bien rendre certains morceaux sur scène avec seulement deux guitares. Une erreur qui nous a fait progresser !
Nous refusons le fait d’avoir 40 guitares sur bandes lors de nos shows, c’est un peu tricher pour nous. Mat, lors du process de composition, réfléchit toujours à comment il peut boucler certaines parties pour les reproduire sur scène. Nous utilisons des bandes pour rajouter des ambiances avec des bruits, des synthés, mais en ce qui concerne les guitares, ce que tu entends a été joué live et bouclé.
Pour The Ember Gone, le défi est un peu plus important, effectivement, du fait de toutes les ambiances produites sur l’album. Les bandes live sont donc un peu plus fournies que d’habitude, il y a quelques réarrangements de guitares, mais ça reste du Gorod avant tout, donc tu prendras de vraies guitares bien fort dans les oreilles en venant nous voir !
Le reste du travail, c’est des répétitions ensemble, de la pratique instrumentale individuelle encore et encore, y’a pas de secret ! Du travail, du travail !
« Une nouvelle page, un nouveau voyage »
MZ : Après huit albums et près de trente ans d’existence, qu’est-ce qui constitue encore aujourd’hui le moteur de Gorod ? Avec The Ember Gone, avez-vous le sentiment d’ouvrir un nouveau chapitre pour le groupe ?
Gorod : Oui, clairement, The Ember Gone ouvre un chapitre particulier pour Gorod !
La « Mat touch » est reconnaissable sans hésitation, et si l’album peut paraître déstabilisant à la première écoute, notamment sur le travail de la section rythmique, qui s’éloigne des poncifs du tech death traditionnel, après quelques écoutes tu distingues clairement l’ADN du groupe et tout fait sens !
C’est un nouveau chapitre, certes, mais issu d’une volonté de toujours chercher de nouvelles idées, de nouveaux grooves, de nouvelles manières de surprendre l’auditeur, c’est tout cela qui nous guide, nous amuse en tant que musiciens et amis !
Une nouvelle page, un nouveau voyage !
Gorod bientôt en tournée
Reste maintenant à faire passer The Ember Gone de l’album à la scène. Et pas question pour Gorod de résoudre l’équation en empilant « 40 guitares sur bandes » pendant les concerts. Le groupe prendra la route en septembre avec Allegaeon pour le Tech It Easy Tour 2026. Abysmal Dawn, initialement annoncé sur l’ensemble de la tournée, a finalement dû renoncer. Arcania, Defects et Halysis se relaieront en ouverture selon les dates.
Le public français et suisse pourra notamment retrouver Gorod à cinq reprises :
- 4 septembre 2026 : Grenoble, L’Ampérage
- 5 septembre 2026 : Nantes, Le Ferrailleur
- 6 septembre 2026 : Paris, Petit Bain
- 15 septembre 2026 : Wasquehal, The Black Lab
- 24 septembre 2026 : Aarau, Suisse, KIFF
Sur The Ember Gone, Gorod a appris à laisser respirer sa musique sans lui retirer sa complexité. La prochaine étape consistera à faire respirer ces morceaux sur scène, avec leurs boucles, leurs ambiances et, surtout, ces « vraies guitares bien fort dans les oreilles » promises par le groupe.
Une nouvelle manière de sortir de sa zone de confort, près de trente ans après ses débuts. Après tout, Gorod le résume lui-même : « Quand tu sors de ta zone de confort, tu progresses. »