Gorod n’a plus besoin de prouver qu’il sait jouer : The Ember Gone change les règles

(Mis à jour le ) à 17h11
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Gorod n’a plus besoin de prouver qu’il sait jouer : The Ember Gone change les règles

The Ember Gone parle d’un monde qui brûle. Curieusement, Gorod n’a jamais eu aussi peu besoin de mettre le feu.

Le groupe bordelais sait toujours jouer vite, très bien, et avec suffisamment de détours rythmiques pour perdre une bonne partie de l’humanité en chemin. Mais sur ce huitième album, la virtuosité change de rôle. Elle impressionne moins pour elle-même. Elle sert la mélancolie, le regret, la culpabilité. Trois ans après The Orb, Gorod ne simplifie pas sa musique : il lui laisse de l’espace.

Quand Gorod arrête de courir

C’est la différence la plus évidente. The Ember Gone respire davantage que ses prédécesseurs. Les structures s’allongent, les montées deviennent plus patientes et Gorod accepte qu’un arpège ou quelques secondes de tension fassent parfois davantage qu’une nouvelle rafale de riffs.

Devise conserve une immédiateté bienvenue, Ignite rappelle combien le groove reste essentiel au groupe, tandis que Ember et Remains ouvrent des espaces plus mélodiques. Le progressif, le jazz, les guitares claires et certains arrangements inhabituels ne ressemblent plus à des excursions. Ils font désormais partie du paysage.

La basse joue beaucoup dans cet équilibre. Chaude, percussive et réellement présente, elle dialogue avec les guitares et maintient quelque chose de physique lorsque les compositions commencent à regarder ailleurs. Gorod élargit son langage sans perdre son impact.

Forgiveness, la faille

Le vrai basculement arrive avec Forgiveness. Introduction sombre, entrelacs de basse et de guitares, chant clair, tension progressive puis retour de la violence : le morceau avance par accumulation plutôt que par démonstration.

Et lorsqu’un énorme riff groovy finit par surgir, il ressemble moins à une prouesse qu’à une conséquence.

C’est important, car Forgiveness touche à la peur de ne pas avoir su protéger ceux qui viendront après nous. Le discours environnemental devient alors intime. Derrière les mégafeux, il y a des parents, des enfants et cette question assez terrible : qu’allons-nous leur laisser ?

Pour une fois, la technicité de Gorod ne sert pas à masquer la fragilité. Elle la rend plus visible.

Quand Gorod oublie de conclure

Cette nouvelle liberté a aussi son revers. Regret pousse très loin les influences prog et jazz, avec un Karol Diers particulièrement impressionnant derrière les fûts, mais finit parfois par s’égarer dans ses propres idées.

Le morceau possède plusieurs moments remarquables. Il possède aussi plusieurs moments où l’on se demande s’il n’aurait pas déjà dû être terminé.

Placé juste après Forgiveness, il souffre forcément de la comparaison. Le premier étire le temps pour créer une trajectoire ; le second donne parfois l’impression de l’étirer parce qu’il le peut. C’est la principale faiblesse du disque : Gorod apprend à respirer, mais pas toujours à s’arrêter.

Le poids des braises

Cette retenue fonctionne en revanche parfaitement avec le sujet de The Ember Gone. Inspiré notamment par les incendies ayant ravagé plus de 7 000 hectares près de la Dune du Pilat en 2022, l’album parle de mégafeux, de dérèglement climatique et de responsabilité humaine. Mais le réduire à un simple « disque écologique » manquerait l’essentiel.

Gorod parle surtout de ce qui reste.

Le feu devient une question d’héritage : qu’avons-nous fait de ce pouvoir, et que restera-t-il après nous ? La pochette d’Hugo Gravel, avec sa figure minérale fissurée et ses dernières braises, résume presque tout le disque.

Le contexte lui a malheureusement donné une résonance supplémentaire. Quelques semaines avant sa sortie, Gorod annulait son concert au Panic Fest alors que des incendies dans la région bordelaise menaçaient directement les familles et les proches des musiciens.

« La réalité nous rattrape », écrivait le groupe.

Rarement le concept d’un album aura été rattrapé aussi brutalement par son sujet.

Gorod n’a plus besoin de prouver qu’il sait jouer

Ceux qui viennent chercher la frénésie des Gorod les plus directs pourront trouver The Ember Gone trop retenu. Quelques développements auraient également mérité un coup de ciseaux, notamment lorsque cette nouvelle liberté progressive commence à tourner sur elle-même.

Mais Gorod n’avait plus grand-chose à gagner dans une nouvelle course à la complexité. Tout le monde sait que ces musiciens peuvent jouer vite. L’enjeu était de savoir s’ils pouvaient déplacer cette virtuosité sans perdre leur identité.

The Ember Gone répond oui.

Ce n’est peut-être pas le meilleur album de Gorod. C’est en revanche l’un de ceux où sa technique semble raconter le plus de choses. La lourdeur n’a pas disparu : elle a simplement quitté une partie des riffs pour gagner ce qu’ils transportent.

Pour parler d’un monde en feu, Gorod aurait pu ajouter des flammes. Il a préféré regarder les braises.

Tracklist de The Ember Gone

  1. Signs
  2. Devise
  3. Forgiveness
  4. Regret
  5. Crimson
  6. Ignite
  7. Ember
  8. Remains

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