« C’est un choc, c’est décourageant, c’est insultant — mais surtout, c’est un énorme signal d’alarme » : des morceaux IA inspirés de Holding Absence dépassent le groupe sur Spotify

(Mis à jour le ) à 10h30
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« C’est un choc, c’est décourageant, c’est insultant — mais surtout, c’est un énorme signal d’alarme » : des morceaux IA inspirés de Holding Absence dépassent le groupe sur Spotify © Holding Absence (Presse) & Spotify

Lucas Woodland, chanteur de Holding Absence, a poussé un véritable cri du cœur après avoir découvert qu’un groupe « assisté par IA », calqué sur le style de son groupe, venait de les dépasser en nombre d’auditeurs mensuels sur Spotify. Dans une série de messages percutants publiés sur X, il dénonce une situation « insultante » qui, selon lui, met en péril la survie même des artistes humains.

Lucas Woodland : « Un réveil brutal »

Le 30 septembre au soir, Lucas Woodland a partagé sa stupeur sur X (ex-Twitter), en apprenant que le projet Bleeding Verse — un groupe revendiquant des influences de Holding Absence et utilisant des instruments et voix générés par intelligence artificielle — comptait désormais plus d’auditeurs mensuels que son propre groupe : 900 000 contre 850 000, en à peine deux mois d’existence.

« Un groupe IA qui dit s’inspirer de nous (comprendre : entraîné sur notre musique) vient de nous dépasser sur Spotify, en seulement DEUX mois », écrit-il, visiblement abasourdi. « C’est un choc, c’est décourageant, c’est insultant — mais surtout, c’est un énorme signal d’alarme ». Il ajoute : « Opposez-vous à la musique générée par IA, sinon des groupes comme le nôtre finiront par disparaître ».

Une machine bien huilée… mais sans visage

Bleeding Verse n’a jamais caché sa méthode : des sons créés à l’aide de modèles IA, des textes « issus du cœur » selon leur bio Instagram, et un style post-hardcore émotionnel, inspiré notamment par Holding Absence et Dayseeker. Leur titre phare, If You Loved Me Then, dépasse déjà les 2,6 millions d’écoutes. Et leur présence sur des playlists automatisées comme Discover Weekly ou Release Radar leur garantit une exposition massive.

Dans un second message posté le 1er octobre, Woodland appelle à l’action : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? On doit exiger de la transparence. Ces groupes devraient obligatoirement afficher ‘IA’ sur leurs visuels Spotify, pour qu’ils ne puissent pas s’infiltrer discrètement dans les playlists. Et sinon ? Soutenez la vraie musique à fond : achetez du merch, allez aux concerts. C’est tout ce qui nous reste, pour l’instant ».

Le commentaire qui l’a fait bondir

Dans un troisième message, Woodland s’emporte contre une remarque l’invitant à « faire de meilleures chansons » pour rester dans la course. Sa réponse est cinglante : « Ce commentaire, c’est la meilleure : ces modèles sont LITTÉRALEMENT entraînés à partir de notre musique, [rires]. Et ils sortent des morceaux à une vitesse qu’on ne pourra jamais égaler. Les ordis battent les champions d’échecs depuis 30 ans. ‘Fais mieux’, c’est une réplique de cour de récré ».

Des voix qui s’élèvent contre l’IA générative

Le coup de gueule de Woodland rejoint une inquiétude partagée par de nombreux musiciens ces derniers mois. Drewsif, ancien membre de Greylotus, déclarait récemment : « Trois publications sur quatre dans mon fil parlent d’une appli d’IA… C’est fou comme une technologie censée tout permettre rend tout aussi chiant ». Il dénonce un processus qui vide l’art de son sens : « L’IA ne fait que recycler. Et sans les humains, elle n’aurait rien à recycler ».

Wolfgang Van Halen (Mammoth) abonde dans le même sens, plus frontal encore : « L’IA générative, c’est une vraie connerie. Elle devrait servir à poser des silencieux sur les voitures, pas à écrire de la musique ». Pour lui, le problème est structurel : « Ce n’est même plus une question de qualité, mais de rentabilité. Les majors veulent payer moins de monde, produire plus vite, avec moins de moyens ».

Et du côté des plateformes ?

Le PDG de Deezer, Alexis Lanternier, a récemment tiré la sonnette d’alarme : selon lui, 70 % des morceaux générés par IA sur la plateforme sont liés à de la fraude, souvent écoutés par des bots pour détourner des revenus. « Les gens ne les écoutent pas. Et quand ils le font, c’est souvent par erreur, parce qu’ils ont été piégés », affirme-t-il.

Contrairement à Spotify, Deezer a mis en place un système de détection et d’étiquetage des titres IA. Mais la question reste entière : comment préserver la valeur de la création humaine dans un écosystème contrôlé par des algorithmes opaques ?

Holding Absence : toujours debout, coûte que coûte

Malgré ces vents contraires, les membres de Holding Absence poursuivent leur chemin. Leur dernier album, The Noble Art Of Self Destruction, est sorti en 2023 via SharpTone. Ils ont été sacrés « meilleur artiste live du Royaume-Uni » aux Heavy Music Awards 2024, quelques jours après que Woodland a évoqué ses problèmes de santé mentale : « Je me suis détesté toute ma vie… et je dois être beau et mince pour représenter le groupe. C’est dingue, non ? », confiait-il alors à ses fans.

Le groupe a aussi dû faire face au départ d’Ashley Green, son batteur depuis huit ans, en octobre 2024. Il est resté actif sur scène, avec une tournée au Japon et en Australie en début d’année 2025, suivie de quelques dates ponctuelles aux côtés d’autres formations.

Son morceau le plus populaire, Afterlife, approche les 90 millions d’écoutes. Une preuve, peut-être, que l’humain a encore son mot à dire face aux machines.

Publications de Lucas Woodland :


Afterlife de Holding Absence :

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