Après tant d’attente, c’est enfin arrivé. System of a Down est de retour en France pour deux dates au Stade de France, dont la première à guichets fermés et la seconde presque pleine. Les nostalgiques d’une époque comme les fans de toujours ont répondu présents à l’appel.
En chemin, dans le métro, quadras, adolescents, métalleux ou adorateurs des années 2000 : beaucoup de t-shirts du groupe ont pris d’assaut les rames. On entend déjà les blagues fuser, la bonne humeur en étendard ou encore des commentaires sur la difficile définition d’Acid Bath : « Un style comme le sludge, le grunge, le rock du Sud… enfin tu vois. Mais de toute façon, on n’y sera pas à temps. »
Exact, moi non plus. Car le temps de traverser la masse qui entoure le Stade, puis de passer la sécurité, tout en voyant au loin les cabanes de merchandising où les gens s’agglutinent — malgré le pop-up store aménagé dans le centre de Paris le temps de ces quelques jours —, l’arrivée dans l’arène sera un poil trop juste pour voir le premier groupe, qui n’aura joué que cinq titres.
Ici, les lettrages SOAD sont omniprésents sur les torses et les dos, et les files s’allongent également devant les bars.
Queens of the Stone Age
C’est au tour de Queens of the Stone Age de prendre la scène, devant une fosse dense et des gradins qui se remplissent encore.
Le travail du décor est quelque peu amoindri par un démarrage en plein jour, mais les musiciens semblent en forme, y compris Josh Homme, dans sa marinière et ses lunettes noires, avec une voix toujours aussi hypnotique. Un « merci beaucoup » en français retentit à la fin du premier titre, You Think I Ain’t Worth a Dollar, but I Feel Like a Millionaire.
Ils enchaînent avec un morceau sombre aux sonorités plus lourdes, guitare à double manche à l’appui et basse dorée. Sick, Sick, Sick me parle davantage.
Les graphismes saturés de rouge sur les écrans permettent d’immerger l’ensemble du public, qui applaudit chaudement le groupe. Quatrième titre : l’un de leurs tubes, Little Sister, dont le son punk rock fluctue étrangement suivant les coups de vent, mais recueille une ovation de la foule.
Puis ils entonnent I Sat by the Ocean, qui apporte un moment tout en mélodie et en calme. Avant la tempête ? Pas vraiment. Même énergique sur scène, Josh Homme conserve ce ton nonchalant avec lequel il nous lâche un « How the fuck are you, Paris?! » juste avant un autre morceau.
La suite du set se déroule sans accroc, avec notamment Paper Machete ou No One Knows, jusqu’au titre final qui déferle avec ses sonorités hypnotiques : A Song for the Dead.
Une sortie mémorable, laissant la guitare résonner seule sur scène après le départ des musiciens.
Setlist
- You Think I Ain’t Worth a Dollar, but I Feel Like a Millionaire
- Sick, Sick, Sick
- Run, Pig, Run
- Little Sister
- My God Is the Sun
- I Sat by the Ocean
- The Fun Machine Took a Shit and Died
- Paper Machete
- I Appear Missing
- Go with the Flow
- No One Knows
- A Song for the Dead
Un entracte à l’ambiance assez unique, avec notamment un Charlie — façon Où est Charlie ? — en lévitation sur la foule, qui entame un clapping suivi par la très grande majorité du stade sur du Pantera. Le Stade est désormais plein jusqu’en haut, ou presque : un véritable raz-de-marée pour System.
System of a Down
21 h 07, le public s’impatiente. 21 h 09… Quelques sons de cordes retentissent et c’est la folie !
Le bassiste Shavo Odadjian attise le public, le batteur John Dolmayan reste calme, en t-shirt tricolore, et le chanteur Serj Tankian est tout en précision. Dès le premier titre évoqué, Prison Song, scandé avec la rythmique si identifiable de System, le public est debout absolument partout et danse en symbiose.
Serj Tankian semble plutôt en forme, bien que très concentré, tout comme Daron Malakian à la Flying V, encore emmitouflé sous sa casquette et ses lunettes.
La suite n’est pas moins marquante, avec une intro hypnotique digne de Pink Floyd sur Mr. Jack.
Pas de rechute de tension sur I-E-A-I-A-I-O, avec Serj qui officie au clavier Korg.
Pendant que Malakian entraîne la foule avec des sonorités produites dans une grande concentration, Shavo Odadjian et ses chaussettes jaunes parcourent la scène pour interagir avec son batteur, le frontman et, surtout, venir chercher le public. Un premier circle pit apparaît.
Petite intro à la batterie au démarrage de… euh, c’est quoi ce truc ? Des balances en live avec des « ayo » du gratteux ? La foule est en délire.
Moment de calme sur Soldier Side, dont la mélodie est aussi poignante que ses paroles sur les douleurs universelles de la guerre.
Celle-ci est enchaînée avec brio sur le banger B.Y.O.B., repris à l’unisson par le public en liesse, malgré une légère inflexion vocale momentanée de Tankian.
Trois… non, quatre ou cinq mini circle pits émergent des corps en transe dans la foule, sous la houlette des musiciens en puissance maximale.
Serj chante les yeux fermés, quasiment tout du long, comme à son habitude, entre parties scandées avec fermeté et passages en voix claire mélodieuse, tellement infusés de mélodies teintées d’Arménie qu’on peine parfois à savoir s’il chante en anglais ou non.
Une nouvelle basse est à l’honneur, tout comme la guitare. Je note d’ailleurs que Shavo possède une sacrée collection d’instruments, plus beaux les uns que les autres.
Et pleins feux sur la batterie sur Know, où Dolmayan fait des dingueries.
Pas de temps mort avec les sonorités ska si reconnaissables de Radio/Video, laissant place à des envolées vocales à deux voix de toute beauté, mais aussi à une certaine rage, le tout dans des changements rythmiques bien caractéristiques du collectif d’origine arménienne. Un de mes titres favoris de SOAD.
Par moments, on peut assister à la gestuelle légendaire de Serj Tankian, qui semble représenter les lignes mélodiques dans les airs, sa main pointant plus ou moins bas, les yeux fermés, comme pour appuyer la visualisation de sa performance vocale.
Et plus le set avance, plus Malakian, le fougueux guitariste, prend également place au chant. Presque avec la voix de Robert Smith.
Moment de recentrement très instrumental autour du guitariste, justement, sur Dreaming.
Mais Malakian semble adorer nous perdre entre maîtrise extrême et… délire total, où il part dans des digressions à l’humour acide, voire carrément décalé. Il semble même se fâcher pour de vrai en invectivant le public : « Clap your fucking hands! »
Puis : « At this point of the show, we want you to jump », avec Bounce, évidemment !
Vers 22 h 15, ça sort les bangers, avec la tornade Chop Suey!, hymne d’une génération entière et cri de ralliement de toute une communauté. Un moment intense et très, très fort… suivi de près par Lonely Day, qui nous file des frissons absolument instantanément, renforcés par un Stade de France désormais plongé dans la nuit et des milliers de lumières dans la fosse comme dans les tribunes.
Sur Lost in Hollywood, Malakian nous fait quelques clins d’œil en plaçant du « Paris » dans le texte, qu’il customise avec humour, je crois… Le tout avec la voix de Tankian en arrière-plan, dans une dimension quasi lyrique.
Puis vient Tentative, que le groupe entame après quelques mots à propos du génocide arménien, mais qu’il dédie aussi à tous les enfants et peuples qui subissent la guerre, comme à Gaza ou au peuple libanais. On sent toute la puissance du message. Le tout ponctué d’un « Fuck you » visant Benyamin Netanyahou.
C’est après cela que SOAD nous achève avec Aerials, qui nous plonge collectivement dans un univers aussi sombre et toxique que cathartique et puissant, chanté par l’ensemble de la foule. Une expérience qui donne encore des frissons rien qu’à son évocation. Comme si toute cette énergie permettait d’extraire le mal-être que chacun peut enfouir en lui pour mieux s’en libérer.
Dur de se remettre de ce moment. Mais Malakian est là pour nous y aider, avec son humour bizarre et une réinterprétation de chanson douce dans laquelle il incruste des paroles salaces. Soit.
Pendant ce temps, quelques échauffourées, des récalcitrants maîtrisés par la sécurité — très fermement, quand même —, des slams en slip, des bananes dansantes… Le délire s’est-il donc généralisé ?
La soirée se poursuit avec notamment l’étonnant Suite-Pee, tandis que les slams se multiplient.
Nous assistons à l’apparition de la fille du batteur, dans un t-shirt du PSG. La petite Emma Dolmayan est visiblement très heureuse d’être là, et c’est tout un stade qui lui souhaite un joyeux anniversaire !
Juste avant de se prendre la claque… Toxicity en pleine tête.
Dès les trois premières notes, bordel général : la fosse est en fusion, avec des dizaines de circle pits un peu partout et les paroles entonnées si fort que même la voix de Tankian semble couverte par moments. Whoa !
Une clôture sur Sugar qui permet aux irréductibles de mosher encore un peu avant de rentrer.
Une soirée d’anthologie où l’ensemble, ou presque — pas de Question! —, de la discographie est parcouru, avec évidemment une mention spéciale pour l’album Toxicity, particulièrement bien représenté.
Une richesse rythmique et mélodique, des textes forts et engagés, qui nous laissent étourdis après cette performance longue et vécue intensément. Le tout se conclut par un câlin collectif sur scène qui finit de mettre la larme à l’œil de beaucoup dans la foule, tant on ne s’attendait plus à l’apaisement des tensions internes. Les revoilà. N’attendez pas autant pour la prochaine, s’il vous plaît !
Setlist
- X
- Prison Song
- Violent Pornography
- Mr. Jack
- I-E-A-I-A-I-O
- Soldier Side – Intro
- B.Y.O.B.
- Soil
- Deer Dance
- Know
- Radio/Video
- Bubbles
- Dreaming
- Hypnotize
- Needles
- Bounce
- Suggestions
- Chop Suey!
- Lonely Day
- Lost in Hollywood
- Tentative
- Aerials
- Roulette
- Cigaro
- Suite-Pee
- Toxicity
- Sugar