« Personne ne sait vraiment ce qui est acceptable » : Fender aurait ciblé 60 entreprises, des luthiers à Amazon, dans la bataille autour de la Stratocaster

(Mis à jour le ) à 15h05
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« Personne ne sait vraiment ce qui est acceptable » : Fender aurait ciblé 60 entreprises, des luthiers à Amazon, dans la bataille autour de la Stratocaster © Simon Weisser (Unsplash)

Fender ne s’est pas fait beaucoup d’amis ces derniers mois. Depuis que la marque a commencé à défendre plus agressivement la forme de la Stratocaster en Europe, les mises en demeure se sont accumulées. Yamaha, PRS, Thomann, LsL Instruments… et même Amazon se retrouve désormais dans l’histoire.

Selon le journaliste Paul Sloan, auteur d’une longue enquête sur le sujet pour Bloomberg, environ 60 entreprises ont été visées. Et contrairement à ce que ce chiffre pouvait laisser penser, il ne s’agit pas de 60 fabricants de guitares. Fender s’est également tourné vers les revendeurs et les places de marché qui commercialisent les instruments concernés.

Comment Fender arrive à 60 entreprises

Dans son enquête publiée par Bloomberg, Sloan évoquait une soixantaine d’entreprises ayant reçu des mises en demeure de Fender. Certains ont essayé de faire les comptes parmi les fabricants de guitares inspirées de la Stratocaster. Ça ne tombait pas vraiment juste.

Sloan a depuis précisé dans un entretien avec Vertex Effects que les revendeurs étaient également compris dans ce chiffre. Amazon aurait notamment reçu deux demandes de retrait concernant des guitares proposées sur sa plateforme. Fender n’a pas communiqué au journaliste la liste complète des entreprises concernées.

On connaît tout de même plusieurs noms. Yamaha a confirmé à Reuters avoir reçu une notification juridique de Fender en mai. PRS et LsL Instruments ont également été concernés. Thomann fait partie de l’affaire via Harley Benton, avec un conflit qui se joue désormais devant les tribunaux.

Edward « Bud » Cole, le PDG de Fender, a reconnu que la campagne juridique avait pris trop d’avance et que l’entreprise aurait pu mieux gérer les choses. Il affirme aujourd’hui que Fender se concentre sur les gros fabricants et non sur les petits constructeurs.

Paul Sloan s’est surtout arrêté sur un mot employé par Cole, « maintenant ».

« À chaque fois que je le relançais sur le sujet, le mot “maintenant” revenait. […] Je ne pense pas qu’on puisse en conclure que LsL ou n’importe quel autre petit fabricant est tiré d’affaire. »

LsL Instruments n’aurait d’ailleurs reçu aucun message lui indiquant que son dossier était clos. « LsL n’a plus eu de nouvelles de Fender. Personne ne les a recontactés, personne ne leur a rien dit. Ils ne sont clairement plus une priorité. »

Et maintenant, où est la limite ?

Ça pose une autre question pour les fabricants qui voudraient simplement éviter les ennuis. Fender veut empêcher les autres fabricants de vendre des guitares trop proches de la Stratocaster, mais personne ne sait vraiment où la marque place la limite.

Bud Cole a évoqué la forme du corps, ses contours, le pickguard, les contrôles ou encore l’emplacement de la prise jack. Pour Fender, aucun de ces éléments ne suffit à lui seul. C’est leur combinaison qui forme la silhouette reconnaissable d’une Stratocaster.

Sloan résume le problème plus simplement. « Personne ne sait vraiment ce qui est acceptable. »

Les choses deviennent apparemment plus précises une fois que les fabricants commencent à discuter directement avec Fender. Au moment de l’enquête de Bloomberg, la marque était en discussion avec 32 d’entre eux et 18 avaient déjà signé un accord.

Pour un petit constructeur qui voudrait modifier son modèle avant de recevoir une lettre d’avocat, la solution la plus sûre semble donc être de discuter directement avec Fender.

La marque aurait même indiqué à Sloan disposer d’une liste de dix guitares qu’elle considère comme acceptables. Le journaliste a demandé à la consulter. Fender ne la lui a pas transmise.