Mob Rules

Black Sabbath
Mob Rules

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Un constat s’impose : après ce dernier album studio avec Ronnie James Dio, Black Sabbath va connaître une longue période de turbulences, tant au niveau de la qualité des compositions que du lead vocal… Oh bien sûr, d’autres chanteurs vont se succéder au micro : de Ian Gillian qui se demandera toute sa vie ce qu’il faisait là (visiblement son admission fait suite à une soirée très arrosée !) en passant par son ex-comparse du Deep Purple, l’excellent Glen Hughes, ou encore le talentueux Tony Martin (sans doute la meilleure alternative à Dio), mais il faudra attendre le retour du lutin ésotérique en 1992 puis au début du 21ème siècle pour revenir dans les charts et sur le devant de la scène, au propre comme au figuré… (les retours par intermittence d’Ozzy seront surtout d’ordre commercial)

Donc juste avant de clôturer la sainte trinité avec le Live Evil qui sera l’album de la discorde et du divorce, Ronnie aura la bonne idée de nous faire partager son talent en prenant les commandes de ce Mob Rules en 1980 avant de revenir à la rescousse du Sabbath sur “Dehumanizer “en 1991 (mais c’est une autre histoire)…

Sans faire d’analyse trop poussée, on peut facilement détecter dans ce deuxième opus du lutin toute la base de l’œuvre du futur groupe de Ronnie (le fameux Dio), les structures des titres et même le son de certains morceaux sont exactement les “matrices” qui accoucheront des “Holy Diver” et autres” Last in Line”…

Avec l’arrivée du batteur Vinnie Appice (qui sera derrière les fûts du futur Dio) le groupe retrouve une lourdeur et une puissance sabbathienne inégalée jusqu’ici (d’après moi) et c’est un déluge de metal qui s’abat dès l’ouverture de “Turn up the Night” qui n’est pas sans rappeler le “Neon Knights” du précédent opus.. Détendez-vous, la compagnie du Sabbath est heureuse de vous accueillir à son bord et vous souhaite un bon voyage au pays du metal…

S’il devait exister une “suite” ou un chapitre 2 du titre “Heaven and Hell” alors assurément ce serait “The Sign of the Southern Cross” : petite intro acoustique toute en douceur qui prolongerait le final de H&H, rythme lancinant sur cette basse plombée, chant traversé par les métaphores qu’affectionne particulièrement Ronnie et cette guitare tantôt contenue, puis libérée pour un solo bien gras et lourd ; pas de doute, les chevaliers de l’apocalypse sont de retour.

Sans se départir du “style” du “nouveau” Black Sabbath, Ronnie n’en a pas occulté pour autant les influences de sa précédente formation et ce “Falling from the edge of the World” trouve son inspiration dans le “Gates of Babylon” de Rainbow : après une longue intro planante suivie d’un riff pachydermique, la batterie accélère sur un démarrage du riff aérien très “Blackmorien” pour le coup, sublimant la mélodie épique de Ronnie qui est presque dans l’incantation, en quelque sorte, la messe (noire) est dite ! Dans la même veine, l’ombre de Rainbow plane aussi sur un “Country Girl” très punchy…

On aura bien compris que Ronnie pose dès cet album les fondations de son Dio et sans doute germe dans son esprit cette envie de se libérer de la tutelle de Iommi pour être le seul maître à bord, dur de se détacher de monstres sacrés, Ritchie Blackmore ne s’en remettra jamais vraiment…

À la sortie d’un dispensable E5150, énigmatique interlude qui annonce le titre éponyme, dans la catégorie “riff accrocheur qui envoie” le “Mob Rules” avance comme un bulldozer qui écrase tout sur son passage (qu’on retrouvera sur la B.O du film d’animation “Métal Hurlant”).

Les mid-tempo, sans révolutionner le genre, révèlent d’autres facettes du jeu de Toni, avec un riff très zeppelinien sur “Slipping Away” alternant avec un “Voodoo” très blues- rock. Quant au chant de Ronnie, moins métaphorique sur ces titres, il reste toujours inspiré et grandiloquent.

Même si à l’époque de sa sortie, ce Mob Rules semblait trop proche, artistiquement parlant, de son prédécesseur H&H, il n’en demeure pas moins un excellent album, très lourd, distillant de belles envolées lyriques tout en conservant ce chant musclé et tellement envoûtant du regretté Ronnie.

Bien sûr, à ce moment-là, on ignorait que Ronnie allait suivre son propre chemin et on espérait fébrilement que cette formule allait perdurer comme des enfants qui prient pour que leurs parents ne se séparent pas mais la sortie du Live après seulement deux productions studio sonnait le glas d’une association en fin de vie.

Devenu un classique au fil du temps, le Mob Rules reste un incontournable de la discographie du Sabbath et le témoignage d’un talent intact, d’un son et d’une énergie que seuls les grands musiciens savent nous offrir.

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