Un nouveau venu masqué, aux faux airs de déjà-vu, attire tous les regards : President dévoile aujourd’hui son premier EP King Of Terrors, un disque sombre, ambitieux et prometteur, qui suscite autant de fascination que de débats dans la sphère metal alternative.
Un projet né dans l’ombre, porté par un mystère bien orchestré
Présenté comme une entité masquée, aux influences spirituelles et politiques, President a émergé en février dernier, propulsé sur la scène du Download Festival avant même d’avoir sorti le moindre morceau. Depuis, le groupe intrigue : visuels codés, pseudonymes (President, Heist, Protest, Vice) et refus assumé de lever le masque. L’anonymat renforce une communication millimétrée, souvent comparée à celle de Sleep Token, dont il partage d’ailleurs le management.
Mais derrière l’esthétique glacée se cache un projet personnel. Dans une interview accordée à Kerrang!, le frontman évoque une enfance religieuse pesante, une crise existentielle, et le besoin de créer un exutoire : “J’avais besoin de dire des choses que je n’osais pas formuler à visage découvert.”
King Of Terrors : six titres pour un monde en ruine (intérieure)
L’EP s’ouvre avec In The Name Of The Father, un morceau déjà largement diffusé (plus de 11 millions d’écoutes rien que sur Spotify), qui pose le décor : critique acide de l’endoctrinement religieux, riffs lourds, refrain fédérateur et une voix traitée jusqu’à l’extrême. Le breakdown final évoque le metalcore cinématographique de Sleep Token, sans pour autant s’y réduire.
Suit Fearless, dans la veine des réalisations les plus modernes d’Architects et Bring Me The Horizon. Plus direct, ce morceau capitalise sur une production léchée, avec des refrains calibrés pour les grandes scènes. Moins audacieux que d’autres titres de l’EP, il reste efficace.
Rage marque un tournant. Plus électronique, il s’inspire du poème Do Not Go Gentle Into That Good Night de Dylan Thomas, et s’autorise des envolées mélodiques inattendues. Sa structure, proche de la musique progressive ou de l’électro ambient (certains y voient une influence de Bicep), illustre l’envie d’explorer d’autres textures sonores.
Avec Destroy Me, President revient à un registre plus viscéral. Les paroles, désabusées et directes, évoquent une relation destructrice : “Je suis au plus bas / Et je t’ai laissé me détruire / Avec une entaille brûlante dans mes veines”. Le morceau oscille entre brutalité contenue et lyrisme sombre.
Dionysus surprend par ses contrastes. Riffs tranchants, rythmiques syncopées, refrains lumineux… Le morceau reflète une dualité mystique et euphorique, comme le dieu dont il emprunte le nom. L’autotune volontairement appuyé donne une touche irréelle, qui renforce l’ambiguïté du propos.
Enfin, Conclave ferme le bal sur une note dépouillée. Bleeps, textures électroniques, voix fragile, mélancolie flottante : l’influence de projets comme Bilmuri s’y ressent. Une conclusion inattendue, qui prouve que President ne se limite pas au metalcore sous stéroïdes.
Un avenir à suivre de près
Derrière ce projet autoproduit – dont le vinyle est déjà en rupture de stock – se dessine un univers en expansion. Un album est en préparation, selon une déclaration du frontman à Kerrang! : “Je veux raconter l’histoire du personnage de President. Une histoire qui ne se confond pas avec la mienne.”
La première tournée européenne, prévue pour début 2026, affiche complet, avec des concerts attendus à Paris et Zurich. Le groupe accompagnera également Architects et Landmvrks avant une série de dates au Royaume-Uni. L’effet boule de neige est déjà enclenché.
King Of Terrors est un disque imparfait, parfois trop référencé, mais indéniablement prometteur. Si le masque intrigue, c’est la musique qui convainc. Et dans un paysage saturé d’images, cette sincérité suffira peut-être à durer.