Avec Trauma Factory, Nothing, Nowhere signe un album dense, nuancé et audacieux, qui s’impose comme l’aboutissement le plus convaincant de son projet à ce jour.
Un disque éclaté, mais cohérent
Sorti en 2021, Trauma Factory marque un tournant dans le parcours de Joseph Mulherin, alias Nothing, Nowhere. Ce troisième album délaisse la mélancolie vaporeuse de Ruiner au profit d’une écriture plus directe, sans rien perdre de l’intensité émotionnelle qui définit sa musique. Il navigue entre emo rap, post-hardcore et influences indie, dans un ensemble riche mais toujours lisible.
Chaque morceau explore des thèmes comme la santé mentale, l’isolement ou le besoin de reconnaissance, toujours sous un angle intime. Les singles Nightmare et Death en sont de bons exemples : le premier, étonnamment entraînant, flirte avec le disco-punk, tandis que le second alterne rap nerveux et breaks agressifs. Aucun titre ne résume à lui seul l’album — et c’est ce qui fait sa force : Trauma Factory évite les redites et propose quinze titres à la personnalité marquée.
Une voix plus affirmée
La voix de Mulherin gagne en assurance, oscillant avec fluidité entre spoken word, chant clair et passages plus rugueux. Sur Upside Down, il lâche : “Love hurts and I need it”, une confession à fleur de peau, empreinte d’un certain espoir. Le même contraste traverse Pretend, dont le refrain dit : “Tell me you need me / even if you don’t”. Même au cœur de la noirceur, une forme de lumière affleure.
D’autres morceaux s’intéressent aux effets de la notoriété ou à la difficulté de maintenir des liens quand la dépression s’installe. Real revient sur une rencontre avec un fan, vécue comme un moment de décalage face aux attentes. Pain Place évoque quant à lui l’impact des troubles mentaux sur l’entourage, avec une lucidité rare.
Plus de quatre ans après sa sortie, Trauma Factory conserve toute sa portée. Tandis que Nothing, Nowhere s’amuse désormais à revisiter des tubes pop dans Will It Emo? (vol. 1) ou qu’il collabore avec Neural DSP sur We’re Gonna Need A Bigger Boat!, l’artiste poursuit son chemin, libre de toute contrainte de genre.
