Blues Alive

Gary Moore
Blues Alive

Review de , le

Dans une interview piochée dans un vieux magazine de Hard-rock des années 80, on pouvait lire ces mots de Gary Moore “je ne peux pas vraiment compter sur mon physique pour réussir dans le milieu musical”… Avec sa gueule cassée et sa bouche de travers, il n’avait pas vraiment tort notre irlandais de Gary, et c’est bien son talent qui fera de lui un grand musicien et un guitariste d’exception.

Naître à Belfast en 1952, c’est pas vraiment un cadeau de la vie, avoir 17 ans au début du conflit qui fera 3500 morts en Irlande du nord, ça vous forge un putain de caractère, une capacité à résister à toutes les humiliations et surtout à ne jamais renoncer, le fameux “never surrender”…

La carrière de Gary Moore est bien trop longue et fournie pour en faire le tour ici, sachez simplement que c’est un morceau coécrit avec le bassiste-chanteur Phil Lynnot qui le fera connaître du grand public, le fameux “Parisienne Walkways” sorti en 1979 mais plus connu dans sa version live de 1993, mais nous y reviendrons plus loin…

C’est au début des années 90, à l’aube de ses 40 ans, que Gary va se tourner vers le Blues, sur les traces de son mentor Peter Green, et sans renier son attachement au Hard-rock, son influence majeure va puiser ses racines dans le blues (comme disait JP Smet “toute la musique qu’on aime, elle vient de là”)…

Jouer du Blues, ok, mais sans jamais s’éloigner de cette saturation, de cette énergie, de cette dextérité légendaire, du Blues oui, mais à la sauce Gary Moore, sa “marque de fabrique” à l’instar d’un Stevie Ray Vaughan, l’agressivité en plus…

Si la virtuosité guitaristique de Gary est incontestable (et incontestée) c’est vraiment sur scène et dans l’album “Blues Alive” sorti en 1993 que le belfastois fait la démonstration de toute l’étendue de son talent sur sa légendaire Gibson Lespaul Sunburst…

Jeune guitariste, toi qui hésite entre les laborieux de la gamme pentatonique du Hard blues et les shredders du métal extrême, saches que notre irlandais a su marrier les deux styles !

Tantôt explosif dès l’entame de “Cold Day in Hell”, survolté sur “Further UP on the Road” et son duel guitare-orgue ou encore sur l’irrésistible “Since I Met you Baby” qui donne envie de taper du pied, attention Gary dégaine la Sunburst, faites chauffer les amplis ! Bien sûr, les deux incontournables singles “Too Tired “en duo avec Albert Collins et “Walking by myself” avec son intro tonitruante (seul titre auquel participe le public !) : fougueux et imparables !

Tantôt mid-tempo nerveux comme le survitaminé “King of the Blues” dédié à Albert King (une de ses idoles) ou encore “O Pretty Woman” soutenu par une superbe section cuivres, à la fois punchy et doux, on sent cette joie de jouer, cette énergie débordante, cette volonté d’aller jusqu’au bout, de tout donner au public.

Mais notre maître irlandais sait aussi donner dans la douceur et le spleen : “Seperate Ways” ou encore “Jumping at Shadows” sans oublier les deux hymnes incroyables “Still Got the Blues” et sa magnifique partition et le non moins épique”Story of the Blues”.

Sur ces deux derniers, la première émotion qui jaillit c’est cette extraordinaire mélancolie des notes de guitare, celle que tous les gratteux du monde cherchent toute leur vie, avec aussi ces silences en final ; on dit que le silence à la fin d’un morceau de Mozart c’est encore du Mozart, c’est pareil pour Gary !

La leçon de guitare continue sur “The Sky is crying”, passer du saturé au clean, en pointillés, c’est vraiment la classe internationale, une guitare aussi peut pleurer…

Comment ne pas évoquer le monumental “Parisienne Walkways” dont la version vous colle la chair de poule pendant 7’04 avec en point d’orgue l’extraordinaire sustain sur la note qui ne veut pas mourir… Toute l’émotion de Gary pourrait bien tenir dans cette note, devenue légendaire au fil du temps, désormais gravée au Panthéon de la guitare… J’ai toujours une petite larme pour ce titre, chargé d’émotions et tellement beau.

Nino Ferrer chantait “je veux être noir”, je devine que Gary qui idolâtrait BB King et Albert Lee devait avoir quelques globules plutôt noirs dans les veines ; parfois la couleur de peau n’est pas raccord…

En qualité de vétéran du Hard-rock, je peux dire que des albums live de ce niveau on n’en fait plus beaucoup, à vrai dire, des guitaristes de cette trempe, on n’en fait plus beaucoup non plus !

Hélas pour nous (et pour le monde de la guitare !) c’est dans une chambre d’hôtel en Espagne en 2011 qu’on retrouvera Gary bien Moore pour le coup et c’est depuis une chambre d’hôtel en Espagne que j’écris cette review (hommage inconscient ?).

Lui qui avait survécu à son pote Phil, lui le surdoué de la Gibson, le bluesman déchaîné, victime consentante, lui aussi, de cette vieille tenancière : la bouteille.

Parfois j’aime à penser qu’il a rejoint son vieil ami bassiste de Thin Lizzy et qu’ils enflamment les pubs de l’enfer, (bien trop sauvages pour rester au Paradis !) et peut-être chantent-ils en chœur avec le regretté Bon Scott “Hell ain’t a bad place to be”…

Si vous avez loupé Gary Moore, c’est pas la mort (je sais mais bon !), vous devez absolument écouter un de ces nombreux opus et ce “Blues Alive”, même 30 ans après sa sortie, non seulement n’a pas pris une ride mais fait toujours référence auprès de tous les gratteux de la Terre… (et puis c’est l’été et ça fait tellement de bien d’écouter de la bonne guitare en concert !)

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