« C’est quel style, au juste ? » : 10 groupes de metal qu’on n’arrive toujours pas à mettre dans une case

(Mis à jour le ) à 18h43
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« C’est quel style, au juste ? » : 10 groupes de metal qu’on n’arrive toujours pas à mettre dans une case © AD/MetalZone

Dans le metal, il suffit parfois de demander « c’est quel style ? » pour lancer une discussion beaucoup trop longue. Avec certains groupes, la réponse est facile. Avec d’autres, on peut sortir cinq étiquettes différentes et avoir plus ou moins raison à chaque fois.

Le metal adore ses sous-genres, parfois jusqu’à l’absurde. Le problème, c’est que les groupes ne semblent pas toujours très motivés à respecter les cases qu’on leur prépare. Certains changent complètement de direction en cours de route, d’autres mélangent tellement de choses qu’il faut presque inventer un nouveau genre pour eux. Voici dix des pires coupables.

1. Deftones

Deftones est-il un groupe de nu metal ? Oui. Enfin… ça dépend à qui vous posez la question.

Le groupe vient clairement de cette époque et il serait assez étrange de nier complètement son appartenance à la scène. Sauf qu’en écoutant sa discographie, et particulièrement à partir de White Pony, les choses deviennent beaucoup moins évidentes.

Il y a du metal alternatif, du shoegaze, de l’ambient, du post-rock, parfois quelque chose qui se rapproche presque de la dream pop. Certaines chansons sont lourdes, d’autres extrêmement aériennes, et Chino Moreno a toujours eu un goût assez prononcé pour tout ce qui flotte loin des gros riffs.

« Metal alternatif » est probablement la réponse la plus pratique aujourd’hui. Ce qui est aussi une excellente manière de dire qu’on ne sait pas vraiment.

2. Ghost

Ghost pose un problème différent. Ici, la question n’est même plus de savoir quel type de metal joue le groupe, mais s’il joue réellement du metal.

Avec Papa Emeritus, les Nameless Ghouls, les églises, les croix inversées et toute l’imagerie occulte, on pourrait s’attendre à quelque chose de particulièrement malsain. Puis la musique démarre et on tombe parfois sur un refrain qui aurait pu vivre tranquillement sur une radio FM des années 80.

Ghost pioche dans le heavy metal traditionnel, le hard rock, l’AOR, le rock psychédélique et toutes sortes de choses très mélodiques. Il y a évidemment du metal dans son ADN, mais beaucoup moins que son apparence pourrait le laisser croire.

Est-ce grave ? Pas vraiment. Mais essayez donc de dire à un puriste que Mary On A Cross est du metal et regardez ce qui se passe.

3. Bring Me The Horizon

Bring Me The Horizon, c’est presque de la triche.

Au départ, le groupe faisait du deathcore. Et pas du deathcore vaguement mélodique avec un refrain radio au milieu. Le BMTH de Count Your Blessings était sale, agressif et assez éloigné de ce que le groupe allait devenir quelques années plus tard.

Puis il y a eu le metalcore, Sempiternal, le rock de That’s The Spirit, la pop et l’électronique de amo, le retour des guitares, le nu metal, l’hyperpop et diverses expériences plus ou moins faciles à expliquer.

À ce stade, demander quel style joue Bring Me The Horizon nécessite surtout une autre question : en quelle année ?

4. Babymetal

Sur le papier, Babymetal ressemble presque à une expérience créée spécifiquement pour énerver les puristes.

Prenez la culture idol japonaise, ajoutez de la J-pop et faites jouer derrière tout cela des musiciens qui empruntent au power metal, au metalcore, au death mélodique et parfois au djent. Voilà, vous obtenez quelque chose que personne ne savait vraiment comment appeler.

On a donc fini par parler de « kawaii metal », ce qui règle plus ou moins le problème.

Musicalement, les éléments metal sont pourtant difficiles à nier. Mais Babymetal reste Babymetal, et le débat sur son authenticité dure depuis suffisamment longtemps pour qu’on puisse probablement arrêter d’espérer une réponse définitive.

5. Slipknot

Slipknot est un groupe de nu metal. Cette phrase est historiquement assez difficile à contester.

Et pourtant, elle énerve beaucoup de monde.

Le groupe a explosé avec la vague nu metal, utilise des éléments hip-hop, possède… enfin, possédait un DJ, et partage une partie des codes du mouvement. En revanche, Slipknot a toujours été beaucoup plus violent que bon nombre des groupes auxquels il était associé.

Il suffit d’écouter Iowa. On y trouve du groove, du death, du thrash et une agressivité qui dépasse largement la définition la plus basique du nu metal.

Le problème vient peut-être simplement du fait que « nu metal » décrit très bien la scène à laquelle Slipknot appartenait, mais beaucoup moins bien tout ce que Slipknot faisait réellement.

6. Linkin Park

Linkin Park souffre d’un problème assez similaire, avec une différence importante : le groupe a ensuite passé une bonne partie de sa carrière à s’éloigner du son qui l’avait rendu célèbre.

Hybrid Theory et Meteora sont évidemment associés au nu metal. Ensuite, Minutes To Midnight a commencé à sérieusement compliquer l’affaire.

Le groupe a exploré l’électronique sur A Thousand Suns, mélangé différentes approches sur Living Things, remis les guitares en avant avec The Hunting Party et pratiquement basculé dans la pop avec One More Light.

Dire que Linkin Park est du nu metal n’est donc pas faux. C’est un peu comme dire que Metallica est du thrash. D’accord, mais il va falloir préciser de quelle période on parle.

7. Alcest

Alcest a pratiquement participé à la création de sa propre case, ce qui facilite normalement les choses.

Black metal plus shoegaze égale blackgaze. Parfait.

Sauf qu’Alcest n’a jamais vraiment eu l’air de vouloir respecter cette définition non plus. Neige peut passer d’un passage clairement enraciné dans le black metal à quelque chose de beaucoup plus proche du shoegaze, du post-rock ou de la dream pop. Avec Shelter, le groupe s’est même éloigné presque entièrement du metal pendant un album.

Le terme blackgaze reste probablement le plus adapté pour décrire Alcest dans son ensemble. Mais comme souvent avec les groupes qui finissent par donner naissance à un genre, les imitateurs correspondent parfois mieux à l’étiquette que le groupe qui l’a popularisée.

8. Sleep Token

Si Alcest a aidé à créer une nouvelle case, Sleep Token semble plutôt avoir décidé de prendre toutes les cases disponibles et de les empiler.

Metal progressif, djent, pop, R&B, ambient, électronique, piano, énormes breakdowns… parfois dans le même morceau.

C’est probablement l’un des groupes modernes les plus pénibles à expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais entendu. Vous pouvez lui faire écouter une chanson pour démontrer que Sleep Token est bien un groupe de metal, puis en lancer une autre immédiatement après qui donnera l’impression que vous venez de mentir.

On pourrait appeler ça du metal alternatif ou progressif. Ce serait techniquement acceptable. Pas forcément très utile.

9. Tool

Tool fait du metal progressif.

Voilà.

Sauf que Tool ne ressemble pas énormément à ce que beaucoup de gens imaginent lorsqu’on leur parle de metal progressif. Il y a bien les mesures inhabituelles, les longues compositions et les structures complexes, mais le groupe fonctionne beaucoup sur la répétition, les textures et une approche presque hypnotique de la musique.

On est assez loin de la démonstration instrumentale permanente que l’on associe parfois au prog.

Alors on ajoute « alternatif ». Ou « art rock ». Ou « post-metal ». Et après quelques minutes, on réalise qu’on était probablement mieux avec Tool…

10. Gojira

Gojira est souvent présenté comme un groupe de death metal progressif. C’est probablement un bon point de départ.

Ensuite viennent le groove metal, le death technique, le post-metal et simplement le metal progressif. Selon l’album et la chanson choisie, chacune de ces descriptions peut fonctionner.

Mais après plus de vingt ans à développer son son, Gojira possède surtout une identité tellement reconnaissable que la comparaison devient presque inutile. Les rythmiques de Mario Duplantier, les riffs de Joe Duplantier, les pick scrapes, les motifs répétitifs et les longues respirations atmosphériques appartiennent désormais au vocabulaire du groupe.

On reconnaît Gojira en quelques secondes. Finalement, c’est peut-être une meilleure définition que « death metal progressif avec des éléments de groove et de post-metal ».

Pourquoi est-ce qu’on veut absolument tout catégoriser ?

Parce que les genres sont utiles, évidemment.

Si quelqu’un vous demande à quoi ressemble Cannibal Corpse, répondre « c’est de la musique » ne va pas beaucoup l’aider. Dire death metal donne immédiatement une idée beaucoup plus précise de ce qui risque de lui arriver.

Le metal pousse simplement cette logique particulièrement loin. Metalcore, deathcore, blackgaze, post-black, tech death, melodic death, djent… On peut facilement passer plus de temps à discuter de la bonne étiquette qu’à écouter le morceau en question.

Et on pourrait continuer cette liste pendant longtemps. Faith No More, Mr. Bungle, Zeal & Ardor et beaucoup d’autres poseraient exactement le même genre de problème.

Les catégories restent pratiques tant qu’on se souvient de leur fonction. Elles servent à décrire la musique, pas à lui donner la permission d’exister.

Après, si quelqu’un veut absolument déterminer si Deftones est à 32 % shoegaze et 17 % nu metal, libre à lui. Il faut bien s’occuper.