"Nous voulons faire quelque chose de différent" ; Mark Holcomb de Periphery se confie sur l'avenir du groupe et plus encore...

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"Nous voulons faire quelque chose de différent" ; Mark Holcomb de Periphery se confie sur l'avenir du groupe et plus encore...
© Tetralens

À l’occasion du concert de Periphery à l’Elysée Montmartre dans le cadre de leur tournée européenne en début d’année, Mark Holcomb, guitariste du groupe de Metal Progressif américain, a accordé une interview à Tetralens pour MetalZone.

Le dernier album du groupe, Periphery V : Djent Is Not A Genre, est sorti en mars 2023 via 3DOT Recordings.

Merci, Mark, de répondre à nos questions aujourd’hui. Je vais commencer par une question assez directe : Pourquoi avoir choisi de faire une tournée aussi courte cette fois-ci ?

C’est une bonne question. Beaucoup de gens se la posent, en particulier nos fans qui vivent en Espagne ou au Portugal ou, vous savez, en Écosse ou en Irlande, des endroits où nous ne jouons pas. C’est compliqué à expliquer, mais je pense que la meilleure façon de le résumer est de dire que c’est là où nous en sommes en tant que groupe. Si vous regardez les débuts de la carrière de Periphery, nous avons beaucoup tourné, nous étions sur la route huit mois par an. Et j’ai l’impression que nous avons payé notre dû en tournant autant. Et en vieillissant – la plupart d’entre nous ont environ 40 ans maintenant – nous commençons à développer une relation différente avec les tournées. Si vous faites des tournées plus courtes, vous finissez par les apprécier davantage et par donner une meilleure performance.

Vous savez, partir en tournée pendant six semaines à travers n’importe quel territoire devient de plus en plus difficile lorsque vous vous approchez de la cinquantaine et que vous êtes un musicien ou un artiste. Notre relation avec les tournées est devenue plus stratégique. À ce stade de notre vie, nous sommes ravis de faire des tournées plus courtes, mais je sais que beaucoup de fans n’en sont pas satisfaits. Cela dit, nous sommes très reconnaissants envers ceux qui viennent nous voir en avion ou en train. Mais pour répondre, oui, c’est peut-être parce que nous devenons de vieux schnocks [rires].

Cela peut venir d’un désir de qualité, à la fois du point de vue de votre jeu et du plaisir des fans (car la rareté crée plus d’émotions).

Oui, c’est vrai. Tout à fait. Et moins, c’est mieux. Je me souviens avoir fait des tournées de cinq ou six semaines au début de notre carrière. Et les deux dernières semaines n’étaient pas vraiment agréables pour le groupe. Nous voulions tous arrêter, certains d’entre nous étaient malades, etc. Et on ne veut en aucun cas éprouver de la rancœur à l’égard de la carrière extraordinaire qui nous a été offerte. Cette carrière que les fans nous ont permis d’avoir. Le pire, c’est quand vous finissez par éprouver du ressentiment pour ce cadeau extraordinaire, et nous ne voulons plus jamais risquer cela. Donc pour nous, Periphery est une chose que nous conservons avec parcimonie et à un degré moindre. Mais la passion est toujours là, de notre point de vue et, je l’espère, du point de vue des fans. La passion est toujours aussi forte.

Peut-être y aura-t-il une autre petite tournée (européenne) pour cet album ?

Nous avons des projets dans d’autres parties du monde, mais en ce qui concerne l’Europe, je ne sais pas, pour le moment il est trop tôt pour le dire. Depuis la sortie de Periphery V, nous procédons étape par étape. Donc je ne sais pas si nous reviendrons en Europe ou au Royaume-Uni prochainement, mais il n’y a rien de prévu pour l’instant. Nous redécouvrons à quel point c’est amusant de jouer en Europe, et Paris va être génial ce soir.

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Après cinq albums, un double album et de nombreux EP de metal progressif, vous voyez-vous un jour expérimenter quelque chose de différent, de plus simple, de plus direct ? Peut-être même un peu plus mainstream ?

C’est curieux que vous posiez cette question, car nous en avons parlé récemment en tant que groupe. Et ce qui rend Periphery si beau pour chacun de ses membres, c’est le fait que nous savons que nos fans accepteront tout ce que nous ferons. C’est ce qu’il y a d’extraordinaire chez les gens qui suivent Periphery. Et cela me rappelle les fans de groupes progressifs comme Dream Theater, Tool, Meshuggah et Opeth. Leurs fans sont très loyaux et ouverts d’esprit. J’ai grandi en étant fan de la même manière, en adorant tout de Oepth, de Damnation à Deliverance, de Still Life à Blackwater Park, ces albums très différents, doux ou lourds, j’étais fan de tout ce qu’ils faisaient.

Ce qui nous excite avec Periphery, c’est que nous avons l’impression de pouvoir faire tout ce que nous voulons. Et nous avons parlé de sortir des chansons qui ne sont pas du Metal, qui ne sont même pas du Rock, qui sont, euh, plus décontractées. Si vous écoutez notre dernier album, il y a une chanson électronique dessus, et sur l’album précédent, il y avait une chanson industrielle à la Nine Inch Nails. Et ça nous intéresse vraiment de nous lancer dans la poursuite de ces différents styles musicaux. Je dirais qu’il est tout à fait possible que nous fassions quelque chose de très différent, surtout à ce stade de notre carrière où nous avons l’impression d’avoir un son [établi]. Après cinq albums, comme vous l’avez dit, le double album Juggernaut, un tas d’EP, notre son est établi et j’ai l’impression que nous pourrions écrire un nouvel album stéréotypé de Periphery, à moitié endormi. Nous pourrions le faire très facilement. Mais ce qui me fait vibrer, c’est [de continuer à creuser].

Je pense qu’il s’agit de savoir ce qui nous rend le plus heureux et ce qui nous donne envie de continuer, parce que nous faisons cela depuis une décennie et demie maintenant. Et nous devons commencer à nous poser ces questions. À l’aube de la quarantaine, nous devons nous interroger sur ce que nous souhaitons entreprendre. Il faut toujours avoir une vue d’ensemble. Et pour répondre à votre question, personne ne sait ce qui nous attend, mais je pense que cela va nous stimuler parce que nous voulons changer de cap. Nous voulons faire quelque chose de différent. Mais nous ne savons pas encore de quoi il s’agit.

Même si votre musique a évolué, vous avez toujours gardé la même signature. Par exemple, de Juggernaut à aujourd’hui, les albums ne sonnent pas de la même façon, mais on peut dire qu’ils sont tous les vôtres.

Je pense que ce genre de choses que vous remarquez dans la musique se produit naturellement lorsque les mêmes personnes sont impliquées. C’est pourquoi nous sommes si désireux d’essayer quelque chose de différent la prochaine fois. Il y a une partie du cerveau qui se dit que ça va peut-être échouer, que tout le monde va peut-être détester. Mais il y a aussi l’autre côté, le côté optimiste du cerveau qui se dit que si nous sommes tous les cinq, ça va sonner comme nous, n’est-ce pas ? Je reviens à Opeth, l’un de mes groupes préférés. Lorsqu’ils ont sorti Damnation, c’était l’album le plus doux et Deliverance l’album le plus lourd. J’avais peur de ne pas aimer Damnation, l’album doux, mais je l’ai adoré parce que ce sont les quatre mêmes gars d’Opeth dans une pièce ensemble, et ce son est si distinctement le leur. Je pense que c’est la même chose pour Periphery et les groupes comme nous. Si nous gardons le même processus, la même alchimie, alors notre musique aura le même ADN.

Étant donné qu’Adam “Nolly” Getgood, votre ancien bassiste, est également votre mixeur depuis votre double album, envisageriez-vous de travailler avec un producteur ou un mixeur extérieur ?

J’ai une anecdote amusante à vous raconter. Nous avons déjà travaillé avec un producteur externe, mais ça s’est très mal passé. Je ne dirai pas son nom, mais le produit final était si mauvais et nous étions vraiment très mécontents du processus, du son, des chansons, etc. Ça n’a pas marché du tout. Vous pourriez me mettre un pistolet sur la tempe et me dire “Sors ces chansons ou je te tue”, je refuserais. Vous devriez me tuer. Je vous reverrai dans une autre vie.

Nous n’aurions jamais sorti cet ensemble de titres. Et c’est ce qui a un peu gâché notre idée d’avoir un jour un producteur extérieur. Nous sommes arrivés à un stade de notre carrière où Nolly mixe très bien nos disques depuis un certain temps. Cela illustre ce dont nous parlions. Comment faire évoluer les choses ? Serions-nous prêts à faire appel à quelqu’un d’autre que Nolly ? Et la réponse est oui. Vous savez, nous sommes très ouverts, mais il faut que ce soit la bonne personne.

Je pense qu’à ce stade de notre carrière, nous sommes très ouverts à tout, même à nous adresser à quelqu’un d’autre que Nolly. Mais son savoir fait partie de notre famille. Vous savez, il a arrêté de jouer de la basse pour nous il y a six ans. Mais il joue toujours sur les albums et il a mixé les deux derniers albums. En ce qui me concerne, tant que Periphery est encore un groupe, il fait partie de la famille. Mais qui sait, peut-être que nous ferons appel à quelqu’un d’autre pour le prochain album.

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Que pensez-vous de l’influence que vous avez sur la scène metal moderne et plus particulièrement sur les techniques de production de nos jours grâce à vos documentaires ?

Oui, nous avons réalisé quelques documentaires. Je sais pertinemment que d’autres musiciens les regardent, observent notre processus et essaient d’en tirer des leçons. Mais en ce qui nous concerne, nous ne pensons pas à ce genre de choses lorsque nous les réalisons, ce qui est plutôt amusant. Nous faisons de notre mieux pour mettre les choses en perspective et gérer l’idée que des groupes plus jeunes nous admirent, comme le groupe avec lequel nous jouons en ce moment, Crooked Royals, le groupe d’ouverture du concert de ce soir. Ils nous disent toujours qu’ils ont grandi en nous écoutant. Je n’ai pas l’impression d’être un vieil homme ou quoi que ce soit de ce genre. Je ne comprends même pas comment ces jeunes groupes peuvent dire qu’ils ont grandi en écoutant Periphery.

Parfois, les gens me disent aussi que nous avons été les pionniers d’un son ou d’un style de production. Mais encore une fois, je ne crois pas que nous pensions à ce genre de choses quand nous le faisions, parce que depuis le tout début, nous cherchions simplement à améliorer ce que nous faisions. Et cela a donné des albums dont nous sommes très satisfaits. Parfois, nous entendons des groupes qui adoptent un style de production similaire. Ou des groupes qui utilisent des sons de basse très lourds et sales, ce qui n’était pas très populaire il y a dix ans.

Nous commençons à entendre nos pairs utiliser ce que font les groupes plus jeunes et c’est génial parce que je suis fan de certains de ces groupes et que j’entends des éléments de notre son dans le leur. C’est un peu comme un cycle, parce que nous empruntons beaucoup aux groupes qui nous influencent. Nous nous nourrissons d’Opeth, de Meshuggah, de Devin Townsend, et les groupes plus jeunes comme Crooked Royals se nourrissent de nous et d’autres. Et ils finissent par apporter une nouvelle perspective dans leurs oeuvres et tout le reste. C’est magnifique. Je ne pense pas qu’il y ait de mal à emprunter des éléments [à d’autres artistes], car je pense que c’est ce qui nous permet de continuer [à créer].

Pensez-vous que cet intérêt pour le processus créatif et la production soit quelque chose de très spécifique au prog et au metal technique ?

Oui, parce que cette culture est liée aux premiers groupes du genre, comme nous, comme Tesseract, comme Monuments – ils sont tous géniaux. Tout a commencé dans une chambre, avec un ordinateur, un type et sa guitare, et c’est tout. Une personne créant de la musique par elle-même, en amateur. Je pense que le fait de réaliser que l’on peut faire beaucoup de choses avec très peu de matériel a incité d’autres personnes à faire de même. C’est pourquoi nous attirons les amateurs de production. De plus, ce style de musique met tellement l’accent sur la production. Le mixage doit être vraiment bon pour être efficace.

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Quels sont les artistes ou les albums qui vous inspirent aujourd’hui, vous ou le reste du groupe ?

Eh bien, Loathe est l’un d’entre eux. Depuis la sortie de leur dernier album, ils m’ont montré leur nouvelle musique. Celle sur laquelle ils travaillent en ce moment, et elle est vraiment bonne. C’est très différent de leur précédent album. Mais je trouve que c’est encore mieux. J’estime également que le dernier album de Sleep Token était très bon. Qu’y a-t-il d’autre ? Oh. Avez-vous entendu parler d’un groupe américain qui s’appelle Alluvial ? Le guitariste est un vrai malade. Encore une fois, la production est très bonne. C’est du Death Metal technique, mais il n’y a pas que des blastbeats tout le temps. C’est du death metal, mais il y a de la dynamique. C’est une musique incroyable. Euh, oui… Quoi d’autre ? Spiritbox est super aussi. Ce sont de bons amis à nous. Leur EP de l’année dernière est vraiment très bon.

Êtes-vous enthousiaste à l’idée de rencontrer à nouveau le public français ?

Lorsque nous avons commencé à venir ici, la réaction a été plutôt bonne. Ce n’était pas extraordinaire. C’était comme en Allemagne. Il y a des pays où l’on joue pour la première fois et c’est bien, mais ce n’est pas extraordinaire. Il faut revenir. Il faut rester loyal et fidèle au public et continuer à se battre. On revient meilleur, avec un meilleur son et de meilleures chansons. Et on grandit. Et une fois qu’ils vous aiment, ils ne vous lâchent plus. C’est une relation qui dure très longtemps. Et c’est pour cela que c’est génial pour nous en France et en Europe, parce que nos fans sont des inconditionnels.

Pour nous, cela a été une ascension progressive, et nous en sommes maintenant à un point où il est incroyable de jouer dans la plupart des pays où nous retournons en Europe. C’est peut-être l’un de nos endroits préférés pour jouer, parce qu’il y a un sentiment de fierté que l’on ne ressent pas dans d’autres endroits. Vous savez, nous avons travaillé très dur pour obtenir un public ici, et maintenant, quand je monte sur scène, je reconnais certains visages d’il y a dix ans. C’est incroyable.

C’est étrange au Royaume-Uni : la première fois que nous y sommes allés, c’était génial. Nous n’avons même pas travaillé pour cela. Les gens sont simplement venus aux concerts dès le départ et nous n’avons pas eu à nous battre. Ils nous ont appréciés dès le début. En revanche, pour d’autres territoires comme la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie, nous avons dû travailler. Et il y a un sentiment de fierté parce que nous avons travaillé si dur pour développer notre public ici. C’est un public différent.

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Cet entretien a été édité et raccourci pour plus de clarté.

À propos de Tetralens

Cette interview a été réalisée par Tetralens, qui est également la propriétaire de toutes les photos que vous avez vues ci-dessus.

Tetralens est une photographe basée à Paris. Si vous souhaitez discuter avec elle de son travail et/ou collaborer avec elle, vous trouverez toutes ses informations ci-dessous !

TETRAlens rassemble toutes les expressions de mon travail photographique, récent ou datant de plusieurs années. J’y présente principalement un extrait de mes captures de concerts live, essentiellement issus de la scène Metal et Rock, ainsi qu’un petit aperçu de mes autres sujets photographiques, tels que les paysages, les détails et l’architecture. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu capturer à travers mon objectif ce que mes yeux voulaient immortaliser : le tranchant d’une lumière, la force d’un instant, la douceur d’un regard, l’énergie d’un moment, ces choses qui rendent le monde plus beau. Depuis mon plus jeune âge, cette passion m’a suivi dans mon quotidien ou dans mes voyages, mes yeux regardant constamment la nature, les villes et les gens comme une source d’inspiration pour nourrir mon expression artistique. Le canal le plus emblématique étant la musique live, les événements à travers lesquels l’humain est un vecteur des vibrations les plus positives.