« On voit un peu le monde s’écrouler » : Molly’s Cake mélange nu-metal, hyperpop et hardcore pour exprimer ses angoisses

(Mis à jour le ) à 18h40
Lecture 22 min.
« On voit un peu le monde s’écrouler » : Molly’s Cake mélange nu-metal, hyperpop et hardcore pour exprimer ses angoisses © Tetralens

Le 19 septembre dernier, Molly’s Cake se produisait à l’Espace Icare, à Issy-les-Moulineaux, dans le cadre d’un concert organisé par le Réacteur. Quelques heures avant de monter sur scène, nous avons rencontré les quatre membres du groupe pour parler de leur mélange de nu-metal et d’hyperpop, de leurs engagements, de leur rapport au live et de leurs prochains projets.

Actif depuis 2023, Molly’s Cake puise dans le néo-metal, le hardcore et l’hyperpop pour construire un univers à la fois chaotique et contestataire. Avec son premier EP, Overbaked, sorti en 2026, le groupe aborde notamment le harcèlement, la dysphorie de genre et les blessures personnelles. Il prépare désormais un deuxième EP davantage tourné vers l’éco-anxiété et les dérives des réseaux sociaux.

Avec nous : Axel au chant, Luna à la guitare, Loïc à la basse et Pierre à la batterie.

Entre nu-metal, hyperpop et culture hardcore

MZ : Vous vous présentez comme un groupe de crossover nu-metal hyperpopcore… Vous pouvez nous en dire plus ?

A : Alors, si tu veux un peu vulgariser, on s’inscrit dans la branche néo-metal, mais on a eu plusieurs inspirations. Au début, on était vraiment en mode : « Vas-y, on fait du metal avec des trucs électroniques. Bon, c’est un peu bateau. » On a un peu redirigé ça vers du néo-metal. Et puis il y a eu toutes les inspirations hyperpop qui sont arrivées. C’est un truc qui m’a vraiment matrixé pendant le Covid. Malheureusement, j’ai découvert l’hyperpop au moment de la mort de SOPHIE (Sophie Xeon), qui était la figure de proue du mouvement. Après, j’ai commencé à vraiment creuser le style.

On rencontre Luna fin 2020. J’en ai parlé à Loïc et Pierre, et on s’est dit que ce serait marrant d’incorporer cet aspect et de se diriger vers un truc plus groove-néo-metal. Récemment, on s’est aussi inspirés du hardcore, qu’on apprécie tous les quatre à différents niveaux. On a pas mal découvert la scène hardcore parisienne et c’est cool.

LU : On est quand même aussi très, très influencés par tout ce qui se passait dans les années 90/2000…

A : L’esthétique « Y2K » (style de mode, de design et de culture visuelle).

P : Le style du groupe s’est pas mal construit avec les influences des uns et des autres, qui sont assez diverses. C’est un peu bric-à-brac, ce qui fait aussi que nos morceaux ont pas mal d’idées différentes.

A : C’est assez généreux.

MZ : Tu citais le hardcore comme une source d’inspiration. C’est dans la musicalité ou vraiment aussi dans la culture ?

A : Dans la culture.

P : C’est ce qui nous a pas mal rassemblés. Enfin, on se connaissait déjà, mais on s’est retrouvés aussi là-dedans.

A : La culture hardcore, l’éthique, la politique aussi, qui est forcément dedans et qui est inscrite dans le projet. C’est vraiment un projet queer, un projet contestataire. Du coup, on veut avoir cette énergie en live, avec des shows chaotiques et ce côté imprévisible du hardcore. Apporter cette esthétique-là, du mosh (pogo), du stage dive (plongée de la scène), du two-step (danse hardcore) et tout ça. On veut quand même proposer un spectacle, mais pas non plus un truc ultra-formaté, millimétré au poil de fesse.

Auto-Tune, scream et énergie du live

MZ : Étant dans la scène metal plutôt classique, pas vraiment hyperpop, et un peu plus âgé que vous, la première chanson que j’ai écoutée, c’est M.H.C. Au début, je sens une sorte de courant électrique me traverser, prêt à sauter en l’air dans mon salon solo, avec cette voix rageuse et les instruments qui portent l’énergie. Puis, d’un coup, arrivent les effets sur la voix et là, je décroche un peu. Est-ce que vous ne craignez pas de faire fuir les métalleux d’un côté et les amateurs d’hyperpop de l’autre avec le scream ? C’est très raccourci, j’en conviens…

A : En fait, cela dépend dans quel courant d’hyperpop tu te places. Dans ce que j’écoutais, par exemple, il y avait pas mal de chanteurs qui screamaient aussi. Il y a quelques artistes d’hyperpop en France. On a Théa, par exemple, qui est vraiment la figure de proue de cette esthétique pop-punk hyperpop française. Et elle scream en live. Je pense que peu importe la musique que tu fais, si tu as besoin de crier à un moment dans ton histoire, bah tu cries.

Après, pour l’Auto-Tune, ce que j’aime bien, dans la façon dont je le gère dans les prods, c’est à quel point cela fait craquer la voix, ça crée des défauts. J’adore ces défauts, je trouve cela hyper riche. L’Auto-Tune dans les screams, ça n’a pas de sens normalement, car dans le scream ce n’est pas aussi marqué qu’avec la voix claire, mais ça produit un décalage…

MZ : C’est l’effet sortie de route qui te plaît ?

A : Oui, c’est ça, j’aime bien le rendu. Après, il y a des artefacts qui sont faux dans Overbaked, mais je trouve ça intéressant…

MZ : Cela crée une dissonance ?

A : Oui, un chaos, une énergie, une rage… Si tu me dis que tu as été saisi par un courant électrique, tant mieux, c’est ça que je veux.

P : Il y a un truc assez marrant : on a effectivement eu un peu plus ce retour sur les enregistrements, mais globalement, en live, on a su convaincre plein de monde. Cela pose moins de problèmes. On a eu des gens qui nous disaient : « Tiens, c’est notre premier concert de metal et j’ai adoré », ou des gens très métalleux, un peu plus « classiques », qui se sont laissé prendre au jeu. Le contexte du live facilite un peu plus ce mélange, alors qu’en studio, on cherche encore comment marier les deux.

A : Et nos morceaux, on les a composés, en tout cas pour Overbaked, vraiment pour le live. On s’est dit : « Ça, c’est la mosh part, ça, c’est bon, ils se tapent dessus, ça, le two-step. »

MZ : Alors, peut-être une question un peu caricaturale, mais… On a de l’électro cute boostée aux hormones d’un côté et l’envie de bagarre dans le pit, c’est assez détonnant… D’ailleurs Loïc, j’ai pu lire que tu es le calme du groupe, mais que tu harangues les mosheurs. Tu voudrais être dans la fosse ?

[Rires]

LO : Alors oui, bien sûr, on veut toujours être dans la fosse quand on voit à quel point elle tourne, mais faut qu’on puisse rester en même temps sur scène et jouer.

MZ : Tu ne descends pas encore avec ton instrument ?

LU : Le problème de Loïc, c’est le câble jack. Tout ce qui te retient.

LO : Oui, le câble jack est la seule limite.

MZ : Mais on va trouver des solutions !

LU : Ton câble jack est ton garde-fou.

LO : J’ai aussi le rôle de back-vocals dans le groupe, donc j’essaie un petit peu d’aider Axel à faire monter le chaos dans les concerts. Même si je suis un peu calme, des fois il faut savoir dire aux gens de se battre et de quand même faire attention à eux.

Des blessures personnelles aux revendications collectives

MZ : On sent une rage, des revendications. Qu’est-ce qui nourrit tout cela ?

P : Le contexte sociopolitique. Il y a vraiment un peu de tout, entre le backlash conservateur qu’il y a de plus en plus dans la société, contre le féminisme, et la culture queer qui s’affirme de plus en plus… Un mélange de tout ça. On est aussi issus de la génération Internet, où on voit défiler beaucoup de choses en même temps. Ce bouillonnement-là, on essaie de le retranscrire dans notre musique. Le fait d’être sursollicités par plein de choses en même temps.

A : Cet effet de submersion, de bruits, de bruits numériques. Sur Overbaked, c’était un peu plus introspectif, plus personnel, avec certains sujets comme la dysphorie de genre, une chanson qui parle de troubles obsessionnels compulsifs, une d’alcoolisme et une autre de harcèlement, qu’on a vécu tous les quatre au collège. On ne connaissait pas encore Luna, mais elle aussi a connu ça. On a pu se retrouver assez vite sur ces sujets.

C’est un peu de la musique d’outcasts, d’aliens, pour les gens qui ne sont pas trop à leur place. Et là, je rebondis sur ce que disait Pierre : pour la suite, on s’est dit « On a été introspectifs, maintenant on va parler de comment nous, on voit le monde. » Et en fait, on ressent une anxiété écologique, enfin pour moi elle est énorme. Cet été, ça a vraiment enfoncé le clou, avec les phases de canicule à répétition. Et même, il faisait 40 degrés fin septembre, genre, ça n’a pas de sens !

Et ouais, la montée de l’extrême droite… Je pense qu’on vit une espèce de moment charnière. En fait, soit on parle, soit on ne parle plus. On voit un peu le monde s’écrouler et on se dit : « Non, il faut se battre, c’est maintenant. »

MZ : Mirrors et la dysphorie de genre, CD_SAID et les TOC, Bellymonster pour les dépressions cachées… Est-ce une nouvelle version du nu-metal, où on arrive à mettre des mots sur les mal-être, à les identifier ?

A : Je ne pense pas que ce soit une nouvelle version. Quand on écoute Korn, il y a des sujets extrêmement graves, comme les agressions sexuelles, quasiment intrafamiliales, donc des trucs vraiment hyper dingues. Le nu-metal, et globalement la musique, c’est un moyen d’exorciser ses démons pour les artistes. Et je trouve que c’est venu naturellement, de nos influences et de la musique avec laquelle on a grandi. Je ne pense pas qu’on change la donne, nous, en parlant de nos problèmes dans le metal. Je pense que beaucoup l’ont fait.

P : Après, peut-être que les questions de genre ou l’anxiété écologique sont des problèmes plus actuels qu’au temps de Korn ou Linkin Park… Ce ne sont pas les mêmes causes, mais la dépression est toujours là.

A : Oui, puis je pense aussi qu’on a envie d’être authentiques, nous-mêmes. C’est juste ça. Et la meilleure chose qu’on ait pu nous dire en sortant d’un concert, c’est : « Je vous connaissais pas, j’ai passé une journée de merde aujourd’hui et ça m’a trop fait du bien. » Moi, ça me va très bien. Je me dis que si la personne a pu se défouler et qu’elle se sent mieux, pari gagné.

MZ : Toutes ces blessures, est-ce que votre musique vous permet de vous sentir mieux ? D’évacuer ?

A : Moi, ça me fait du bien en tout cas. Les coucher sur le papier, les crier dans un micro. Cela ne me les fait pas forcément revivre en live. On s’est posé la question parce qu’on a une chanson, qui je pense est la plus sombre, qu’on n’a pas encore sortie mais qu’on joue en live. On se demande encore si on la joue ou pas, car elle est un peu triggering. La jouer en live à chaque fois, ce n’est pas forcément le moment le plus agréable, mais il y a une espèce de satisfaction à la fin. Ça l’exorcise, ça soigne un peu plus à chaque fois. On reprend un point de vie de plus à chaque fois.

P : Moi, je pense que quand on a quelque chose qui nous inspire, il y a un moment où on se dit : « Faudrait dire quelque chose, faire quelque chose. » Et après, quand on a composé le morceau, quand on l’a joué : « OK, bah ça, je l’ai dit, c’est bon, j’ai un peu participé, un peu apporté ma pierre à ça. » Et je trouve une satisfaction à aider aussi, à tendre la main vers les autres.

A : Cela aide aussi, je trouve, à se dissocier d’un statut de victime, par exemple à le mettre un peu devant soi : « Voilà, t’es là, je sais que je vivrai avec toi toute ma vie. OK. C’est comme ça que je veux te parler maintenant. » Si on présente un truc un peu schématique, c’est comme ça que je veux le traiter. En vrai, ça met un peu de distance avec soi-même et ça fait du bien, je trouve.

A : Le but, ce n’est pas de les faire bader en live, c’est vraiment de partager un truc tous ensemble. Ça fait un peu gourou…

LO : On ne se sent pas seul, ça crée une communauté.

P : Mais les concerts, ce n’est pas nous face au public. On n’est pas en train d’exposer ou de réciter quoi que ce soit. C’est vraiment un moment d’échanges, quelque chose qui se passe à plusieurs, pour faire participer tout le monde.

A : C’est aussi pour ça qu’on veut vraiment bosser ça, par exemple avec ce qu’on a commencé à faire au Douze. C’est un peu le but, qu’on soit tous ensemble avec le public. S’il n’était pas là, ce ne serait pas très intéressant.

Le Douze, un accompagnement pour développer le groupe

MZ : Justement, qu’est-ce que c’est que Le Douze de Cergy ? On a vu ça sur votre Insta…

LU : Le Douze, c’est un lieu à Cergy, chez moi, une salle de concert qui propose un dispositif d’accompagnement pour les artistes et les groupes émergents. On a été sélectionnés.

A : On est très contents.

LU : Cela nous ouvre à plein de choses, des moments de coworking…

P : L’occasion de développer le projet, de se perfectionner un peu.

A : Et de professionnaliser un peu le projet aussi.

MZ : Cela vous ouvre des portes pour d’autres concerts ? De nouvelles programmations ?

P : On l’espère. On a à peine commencé, là, en septembre. Ce sont des accompagnements sur un an, avec beaucoup d’opportunités, surtout pour apprendre. Il faut savoir où sont les dispositifs et candidater. Nous, en plus, Axel, Loïc et moi, on vient de Limoges. Du coup, on avait l’impression que tout se passait dans Paris, alors qu’il y a plein de choses qui se passent en Île-de-France. Il faut s’impliquer dans la vie culturelle.

L’intelligence artificielle face à la création humaine

MZ : Sur un autre thème, quand on est un jeune groupe, comment voit-on le futur, notamment avec l’arrivée de l’IA dans la création musicale ?

LO : Je pense que les gens auront toujours besoin de voir des personnes en concert. Ce sont des choses qui, à mon avis, ne changeront pas. Surtout pour des genres de musique comme le nôtre, qui sont moins dépendants que la lo-fi, par exemple, où on est sur une écoute passive et qui est très susceptible d’être polluée par l’IA. Alors que dans des genres où le live a une importance capitale, avec tout ce chaos dont on parle depuis le début, c’est quelque chose qu’on ne peut pas retrouver avec des machines.

A : Moi, personnellement, l’IA, c’est un gros « NON » globalement. Et dans la création, je trouve ça destructeur, nocif. Je prends toujours un exemple qui fonctionne assez bien, ça n’a rien à voir avec la musique, c’est dans le cinéma, avec Les Dents de la mer de Steven Spielberg. Quand ils ont fait le film, le requin coulait tout le temps. Ils étaient censés le montrer à la caméra, mais il coulait tout le temps. Et le fait qu’ils n’aient pas pu montrer le requin à la caméra, ça a fait le plus grand film de suspense de tous les temps.

Le fait d’avoir un problème et de le régler de manière humaine, c’est ça la création, ce n’est pas le produit fini. C’est l’acte de créer, le chemin. Court-circuiter ce chemin-là, ce moment où on rencontre des problèmes… Toutes les fois où on a eu des problèmes de mix, on en a eu beaucoup sur Overbaked, mais c’est pas grave et c’est bien en fait. Il faut les résoudre de manière humaine, parce que la création se situe là, dans cette étincelle de génie qu’on a à ce moment précis pour régler un souci. Je ne dis pas qu’on est des génies, ce n’est pas ça. C’est peut-être un peu mal dit, mais on est tous capables de créer, et je trouve ça dommage de court-circuiter la création, le seul truc qui nous reste en tant qu’humains, pour avoir le produit fini. Le problème, c’est la course au produit fini.

MZ : Et au consommable immédiat.

P : C’est vrai que pour moi, Suno (logiciel de génération de musique par IA), c’est pour les enfants, c’est un jouet. Je n’encourage pas les enfants à se servir de l’IA, mais je trouve cela ridicule à des fins professionnelles. Effectivement, ça crée un raccourci, ça remplit un fossé qui, quand on a une direction artistique réfléchie, n’existe pas. Nous, ça ne nous servirait à rien.

A : En fait, je trouve qu’on est en train de couper un peu l’accès à nos cinq sens dans la création. C’est hyper dommage et je trouve qu’on est en train de perdre un truc très humain. Ça m’inquiète beaucoup. Et ce que disait Loïc, le live, on ne peut pas faker. Je trouve que voir des professionnels de la musique qui ont 40 ans de carrière et qui se plantent en live, puis les voir après avec un grand sourire dire « C’est comme ça », c’est trop cool. Et cela fait du bien.

Donc l’IA, c’est un grand « NON ». Ça doit rester dans les domaines de la recherche scientifique ou de la médecine, ça doit être très utile. Mais bon, faire des data centers qui polluent et assèchent les rivières…

Un deuxième EP entre éco-anxiété et harcèlement en ligne

MZ : Vous l’avez déjà un peu abordé, mais quelle est la suite pour Molly et ses gâteaux ? Vous pouvez nous parler de votre actualité à venir ?

A : Qu’est-ce qu’on cuisine ? Là, on est en train de travailler sur notre second EP. On a tourné un clip il y a deux semaines pour le premier single, qui s’appelle Swarmed. On essaie de sortir cela au plus vite, avant la fin de l’année. Vers novembre, ce serait notre release date confortable.

Et cet EP parle beaucoup plus d’éco-anxiété, de la façon dont on voit le monde s’écrouler devant nos yeux. Si je peux faire une confidence, on en a tous un peu bavé. Déjà parce qu’on a essayé de ne pas faire comme Overbaked, de le faire plus vite et quand même bien. On veut que ce soit qualitatif, comme n’importe quelle création, on veut que ce soit le mieux possible.

Par exemple, j’ai eu du mal pour les paroles, car on parle de sujets qui ne nous touchent pas forcément directement. Je veux dire, je n’ai pas les pieds dans l’eau à Issy, mais par contre j’ai souffert de la chaleur et de beaucoup de moustiques tigres aussi. J’ai choisi d’en parler en me disant : « Je veux parler de ce que je ressens, moi. » Je suis un peu figé par la peur. Quand il faisait 45 dehors, qu’on ne pouvait pas sortir, et qu’on voit aussi les membres de notre famille, les personnes âgées, qui vieillissent et souffrent… Moi, je viens d’avoir 30 ans et je me suis posé des questions : « Est-ce que je vais avoir des enfants ou pas ? » Et j’ai choisi que non. Je ne vois pas l’intérêt de mettre un enfant dans ce monde. Pas envie de lui offrir un monde où il passe des étés à 50 degrés et, quand il ouvre la fenêtre, il se fait ravager par des moustiques. Je n’ai pas envie de faire souffrir quelqu’un.

La chanson Swarmed, elle, parle beaucoup des tribunaux en ligne, des réseaux sociaux et des effets de retour de flamme qu’a la cancel culture sur les victimes. Notamment l’affaire Amber Heard. Cela m’a vraiment fendu le cœur de voir cette personne qui a dit : « J’essaie juste d’avoir un procès équitable contre mon ex-mari qui m’a fait du mal », et de voir qu’en fait, il faut être une victime absolument parfaite pour être jugée équitablement.

Il y a vraiment des « degrés de victime », je trouve cela dégueulasse. Ce n’est pas ça, la justice. Et le fait que tout soit récupéré par la sphère masculiniste, que le procès soit quasiment fait en ligne plutôt que par des juges, et que les juges aient été influencés par ça, car il y a sûrement des histoires d’argent, etc. C’est ignoble.

P : Et le côté harcèlement en ligne…

A : Ce côté submersion, donc Swarmed, la nuée. Et puis il y a aussi la disproportion. Une femme ose prendre la parole et dit qu’elle se fait harceler, finalement ce qu’elle se prend en retour, c’est dix fois pire. L’effet « MeToo » avait libéré la parole, mais je trouve qu’on tombe dans l’effet inverse, où on est en train de la verrouiller de plus en plus.

MZ : Mais est-ce que tout cela, ce n’est pas un manque de lien entre les gens ? Comme on ne connaît pas les autres, soit on en a peur, soit on s’attaque à eux parce qu’ils ne sont pas comme nous.

A : Le manque de lien, on n’a pas forcément la solution. Tous les quatre, on n’est pas en politique. On va en manif, on est bien à gauche, on assume. Nos paroles sont assez claires. On ne peut pas changer le monde, par contre on peut changer ce qu’on a à notre échelle. Par exemple, proposer des concerts où les personnes queers se sentent en sécurité, où elles peuvent mosher, où tout le monde peut avoir sa place et s’amuser, sauf les fascistes.

P : Finalement, c’est le sujet de l’EP. Ces catastrophes-là, ces choses assez horribles, on y assiste par nos téléphones. Et cette perte de lien, c’est assez central dans les trois morceaux et dans les visuels qu’on veut mettre derrière : la vie à travers un écran. Et on vit comme ça. Il y a aussi une introspection là-dessus, c’est se rendre compte…

MZ : Après, le live permet de sortir de l’écran.

A : Oui, et cela fait du bien quand on voit les photos de nos sets et qu’il n’y a pas un seul téléphone levé. Évidemment, on n’est pas contre les réseaux sociaux. Malheureusement, le contexte et le système capitaliste font que pour développer notre groupe, on en a besoin. Et c’est aussi un peu ça, le truc pervers.

MZ : Est-ce que vous voulez aborder autre chose ?

A : Pour la date d’aujourd’hui, on est trop, trop contents de jouer avec Kill The Princess. C’est trop cool de jouer avec un groupe de meufs. Je suis trop saucée !

  

Setlist

  1. CD_SAID
  2. BELLYMONSTER
  3. IT WON’T MATTER? WHEN IT’S OVER
  4. SWARMED
  5. MIRRORS
  6. BAL DE CHAIR (reprise de Théa)
  7. M.H.C
  8. ACABITCH
  9. GROOMERS (rappel)

Merci au Réacteur et à l’Espace Icare pour leur accueil.

Prochain épisode : Kill The Princess.

Crédits : interview réalisée par FouPouDav, avec la participation de Tetralens (Emma B.). Merci à Molly’s Cake.

Cet entretien a été légèrement édité pour plus de clarté et de fluidité.