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Korn : Des monstres tenus en laisse !

Korn est un groupe de Neo Metal qui a été fondé en 1993 à Bakersfield, en Californie. Le groupe a été l’un des principaux piliers du mouvement Neo Metal qui a balayé la scène Metal et l’industrie musicale à la fin des années 90 et au début des années 2000. Le son désormais unique de Korn est facilement identifiable, incorporant des influences Hip-Hop et Funk, des cornemuses et des lignes de basse uniques, le tout porté par des paroles puissantes et profondes qui explorent les recoins les plus sombres de nos sociétés contemporaines. En un peu moins de trente ans d’existence, avec pas moins de 13 albums studio et une incroyable stabilité, Korn a vendu plus de 50 millions d’albums dans le monde, accumulé les récompenses et les certifications et réussi à devenir une référence dans l’univers du Metal !

La lente et solide ascension : La création d’une signature et d’un style !

En 1991, les guitaristes James Shaffer et Brian Welch, le bassiste Reginald Arvizu et le batteur David Silveira ont sorti leur deuxième album, Who’s Laughing Now, pour le groupe de Funk Metal L.A.P.D. Richard Morrill, qui était le chanteur du groupe à l’époque, a quitté le groupe et nos compères se sont retrouvés avec une place vacante et en cherchant un nouveau chanteur, ils ont rencontré Jonathan Davis. Une fois que Jonathan Davis a été recruté et a rejoint la formation, le groupe mythique, Korn, était officiellement né !

Il faut noter l’incroyable stabilité de Korn, malgré sa longévité et son succès. En effet, Jonathan Davis (chant), James Shaffer (guitare), Brian Welch (guitare) et Reginald Arvizu (basse) font toujours partie du groupe [2021] qui ne connaîtra qu’un seul remplaçant, avec l’arrivée de Ray Luzier à la batterie en 2007. Quant à Brian Welch, il quittera le groupe en 2005 pour le réintégrer en 2013.

Après quelques démos et quelques productions mineures, le groupe sort son premier album, Korn, à la fin de l’année 1994. Ce premier opus définit l’ADN de Korn, une agressivité débridée, une forte influence Hip-Hop portée par leurs racines Funk Metal et devient une véritable signature sonore, tant par la technique vocale de Jonathan Davis que par les lignes de basse (5 cordes) de Reginald Arvizu, sans oublier le duo de guitares 7 cordes de Shaffer et Welch. Les textes abordent des thèmes profonds tels que les abus sexuels, la folie et le rejet social, le groupe alimente la vague du véritable tsunami Neo Metal qui balaiera la planète Metal quelques années plus tard.

Grâce à ses tournées en première partie de géants du Metal tels que Marilyn Manson, Fear Factory, Megadeth, Ozzy Osbourne ou Deftones, le groupe s’est fait connaître et a déjà formé une solide fanbase dont le soutien sera indéfectible au fil des ans.

Leur deuxième opus, Life Is Peachy, sorti en 1996, s’enfonce un peu plus dans le Metal extrême mais reste équilibré par le Rock, le Hip-Hop et le Funk qu’il contient, ce qui en fait un album accessible malgré tout. La reprise de la chanson Wicked du rappeur Ice Cube, en collaboration avec Chino Moreno (Deftones) en est le parfait exemple. La rage et la folie, auxquelles Korn se laisse aller, touchent le public et semblent entrer en résonance avec ses difficultés personnelles… Une communion se crée !

Follow The Leader, leur troisième album, sorti en 1998 est celui qui casse la baraque, Korn transgresse les frontières du Metal et se fait connaître d’un public non initié et sera à ce jour [2021] leur plus gros succès commercial. Les désormais mythiques singles Got The Life et Freaks On A Leash explosent les charts, l’opus est acclamé par la critique, la collaboration avec Ice Cube sur Children Of The Korn, fait école :

Attention all parents!
Report to your local therapist!
Report to your local church!
Report to your local police department!
It’s goin’ down!

La magnifique pochette de l’album réalisée par Todd McFarlane avec l’aide de Greg Capullo (dessinateur) et Brian Haberlin (coloriste), décrit parfaitement l’idéologie véhiculée par Korn, ce cri du cœur, ce déchirement profond de l’âme qui tente de pourfendre les ténèbres de l’humanité !

Korn
© Todd McFarlane

Follow The Leader a atteint la première place dans quatre pays et a été certifié platine et or dans plusieurs autres. Il sera également le point de départ de leur série de tournées, The Family Values Tour, dont la première édition comprendra Limp Bizkit, Ice Cube et Rammstein.

Leur quatrième album, Issues sorti en 1999, qui s’ouvre sur une cornemuse et un chant clair, s’enfonce un peu plus dans le Metal, délaissant les influences Hip-Hop. Les singles Falling Away From Me, Make Me Bad et Somebody Someone deviendront cultes et l’opus sera considéré, a posteriori, comme l’une des meilleures productions de sa génération. C’est une pierre angulaire de l’évolution du Metal au début des années 2000. Le répertoire de cet opus est profond et regorge de titres emblématiques dont les monstrueux : Trash, Hey Daddy, No Way et Let’s Get This Party Started (d’un tout autre registre que Pink ou The Black Eyed Peas).

Leur tournée, Summer Sanitarium, accompagnée de Metallica et System Of A Down ainsi que la domination des ondes radio et TV, assureront à la formation une place prépondérante : Issues parviendra même à faire tomber Dr. Dre et Céline Dion, dans sa quête de la première place du Billboard 200 américain.

Après quelques années de temporisation et divers projets parallèles, le cinquième opus, Intouchables sort en 2002. Il marque une évolution sonore, c’est une véritable expérimentation d’un nouveau style, allégé de ses racines encombrantes, cet album est novateur !

Untouchables a atteint le top 3 des charts dans neuf pays et a été certifié platine aux États-Unis et en Australie. Le single, Here To Stay, se vend à près de 500 000 exemplaires dès sa première semaine de sortie et remporte le Grammy Award 2003 de la Meilleure performance Metal, le boxeur Kelly Pavlik l’utilisant comme thème d’entrée ! Les deux autres singles, Thoughtless et Alone I Break, seront également des succès commerciaux, le premier étant repris par Evanescence en guise d’hommage.

La perte de repères, les différentes explorations et la seconde consécration !

En 2003, Take A Look In The Mirror sort et annonce le début d’une période difficile pour Korn. Le groupe poursuit sa volonté de faire évoluer sa musique et tente une nouvelle fois de se réinventer tout en essayant de ne pas décevoir ses fans. Tous les éléments de l’ADN de Korn sont présents, des mélodies lancinantes au Hip-Hop, en passant par l’agressivité débridée et l’exploration de nouveaux territoires. C’est un album court et condensé qui ne semble pas atteindre ses objectifs. Leur notoriété connaît un sérieux ralentissement et les tournées se raccourcissent, d’ailleurs Brian Welch (guitare), suite à sa conversion au christianisme, décide de quitter le groupe deux ans plus tard, en 2005. Bien plus tard, Jonathan Davis avouera considérer Take A Look In The Mirror comme l’album le moins efficace de la discographie de Korn.

See You on the Other Side est leur premier album en tant que quatuor, sorti en 2005, le groupe fête sa première décennie d’existence à travers un opus beaucoup plus convaincant que le précédent, ajoutant au style Korn des touches supplémentaires de Metal Industriel ou même de Rock Gothique, allant même jusqu’à des sonorités Electro. C’est ce qu’a déclaré Jonathan Davis :

C’est funky, c’est lourd, c’est sombre, et parfois c’est teinté d’industriel. Le fait de travailler avec autant de personnes différentes en a fait un album vraiment bien équilibré, avec beaucoup de nouveautés. C’est très Korn, c’est très orienté vers le groove. C’est notre album le plus expérimental à ce jour. Nous sommes très enthousiastes à son sujet. Quand nous l’écoutons, nous nous regardons tous en disant : “Je n’arrive pas à croire que c’est nous”. Je pense que les gens vont vraiment l’apprécier.

See You on the Other Side est un plus grand succès commercial que l’album précédent, mais il ne rivalise pas avec leurs meilleures productions. Ce sera le dernier album avec leur batteur, David Silveira, qui quittera définitivement Korn, avec une procédure pénale à des fins pécuniaires. Un groupe de rock classique ? Certainement pas…

Ray Luzier rejoindra officiellement Korn en tant que batteur quelque temps après la sortie de leur 8ème album en 2007, qui n’a pas de titre, souvent surnommé Korn : II. Ce nouvel enlisement dans un style qui se cherche et ne se trouve pas, avec une exploration maladroite de l’Electro, ne convainc pas les critiques et déçoit une bonne partie des fans !

Cette expérimentation qui n’a pas fonctionné, leur 8e album, a pourtant été un succès commercial et certifié or aux États-Unis et en Russie, là encore bien en deçà des meilleurs résultats de leur discographie. Le groupe fait une nouvelle pause et prend du recul.

En 2010, Korn a signé chez Roadrunner Records et nous a gratifiés de leur album, Korn III : Remember Who You Are. Comme le titre de l’album l’indique, le groupe revient à ses racines, tout en évitant de copier ses premiers succès : il parvient à combiner l’ADN originel avec l’expérience acquise après plus de quinze ans de carrière. Ce n’est toujours pas la résurrection clinquante de Korn, mais cet opus convainc davantage que les précédents, même si Jonathan Davis pense qu’il s’agit là d’une de leurs principales erreurs :

Je pense que revenir dans le passé plutôt que d’aller de l’avant est la plus grosse erreur que nous ayons faite en tant que groupe.

Décidant de réorienter définitivement sa musique sur le plan artistique, le groupe fait appel à des stars de l’électro comme Skrillex ou Noisia, pour composer son album suivant, The Path Of Totality qui sort en 2011.

Il s’agit d’une plongée inattendue mais compréhensible dans le Dubstep et la Drum & Bass, qui a littéralement divisé critiques et fans en deux. Certains exultent et affirment que Korn a su faire évoluer son ADN vers un tout nouvel univers, dans un élan de créativité, d’autres considèrent que The Path Of Totality n’est ni plus ni moins qu’un lamentable naufrage. Pour la petite histoire, cet opus atteindra la première place du Top Dance/Electronic Albums américain… Une mention honorable est accordée au titre Narcissistic Cannibal composé en collaboration avec Skrillex et Kill The Noise, où tous les univers s’accordent !

Quoi qu’il en soit, les morceaux de Metal pur ne sont certes pas légion, mais l’émotion et l’identité de Korn sont là, et on ne peut que saluer la tentative de création originale ! La postérité en sera juge…

C’est en 2013 que Brian Welch officialise son retour au sein de Korn, pour la sortie de leur 11e album : The Paradigm Shift. Le groupe de Neo Metal reste sous contrôle, il a mûri et et est soutenu par l’expérience Electro de The Path Of Totality. Prenez un peu de Issues, un peu de Untouchables et ajoutez un peu de The Path Of Totality, laissez mijoter le tout dans l’obscure créativité de Korn et voilà ! The Paradigm Shift est plus facilement accepté et connaît un petit succès commercial, atteignant le top 10 des classements d’albums dans 5 pays et la première place du Top Hard Rock Albums aux États-Unis.

D’un album à l’autre, Korn parvient à atteindre le sommet des classements d’albums américains, une fois en tant qu’album Dance/Electro et la fois suivante en tant qu’album Hard Rock, très peu d’artistes peuvent se vanter d’un tel exploit…

Korn

À travers ces tumultes et différentes explorations plus ou moins réussies, il y a comme une force invisible qui pousse Korn irrémédiablement vers ses racines, et c’est ainsi, que le groupe nous gratifie de son 12e album en 2016, The Serenity Of Suffering. Pour tous ceux qui doutaient des qualités artistiques de ces musiciens et qui oubliaient l’origine Metal indéniable ou la philosophie Rock’n Roll intrinsèque de Korn, cet opus remet les pendules à l’heure.

The Serenity Of Suffering est salué par la critique et les fans comme un concentré de ce que Korn sait faire de mieux et probablement l’un de leurs meilleurs albums. Le Neo Metal fondateur a évolué au fil des années, désormais traversé par de multiples influences et marqué par les épreuves et le temps, il excelle ! Korn a toujours su produire des vidéos innovantes et percutantes, cet opus ne déroge pas à la règle, avec entre autres les mythiques Rotting In Vain dans lequel joue Tommy Flanagan (Sons of Anarchy…), Insane, Take Me ou Black Is The Soul et l’inoubliable A Different World en collaboration avec Corey Taylor (Slipknot, Stone Sour) L’album démarre directement à la 4ème place du Billboard 200 américain et atteint le top 10 des charts d’albums dans dix pays différents.

Le 17 août 2018, l’ex-femme de Jonathan Davis et mère de ses deux plus jeunes enfants, Deven Davis, est retrouvée morte suite à une overdose d’héroïne. Outre l’indéniable tragédie personnelle, cet événement aura une influence majeure sur la prochaine et dernière sortie de Korn à ce jour [2021].

C’est dans ce contexte que The Nothing, leur 13e album, sort en 2019. Si l’une des caractéristiques qui a fait le succès de Korn est ce mélange de rage, de colère et de tristesse face à la noirceur des réalités humaines, cet album en est indéniablement la culmination.

Jonathan Davis a déclaré :

J’ai vécu l’enfer l’année dernière et j’ai dû faire une véritable catharsis de mes expériences et j’essaie de partager ces expériences avec l’auditeur. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça me prend aux tripes. Quand vous m’entendez crier et pleurer, ce n’est pas du pipeau. C’est comme ça que je fais sortir tout ça. Certaines personnes vont voir un psy. Moi, je me soigne avec ma musique.

L’album a été acclamé comme un chef-d’œuvre et, bien qu’il soit le dernier d’une longue série d’albums dans la discographie de Korn, il est devenu l’un des piliers les plus solides.

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