Avenged Sevenfold ne fait décidément rien comme prévu. Une semaine après avoir publié par surprise l’EP Statica, le groupe en dévoile le premier clip — une vidéo nocturne, étrange et rétrofuturiste, à l’image de ce nouvel alter ego électronique.
Au même moment, M. Shadows met des mots très clairs sur la nouvelle vie du groupe : après huit albums liés à Warner, Avenged Sevenfold est indépendant et ne voit plus aucune raison de revenir vers une maison de disques. Statica apparaît ainsi moins comme une simple parenthèse que comme la première manifestation concrète de cette liberté retrouvée.
Statica prend vie dans un clip nocturne et surréaliste
Avenged Sevenfold vient de mettre en ligne le clip officiel de Statica, morceau-titre de l’EP surprise paru le 24 juillet sous le nom Statica.
Réalisée par Lance Drake et tournée à Northridge, en Californie, la vidéo ressemble à une virée nocturne dont les règles nous échappent volontairement. M. Shadows traverse les rues au volant d’une ancienne Ford Thunderbird ; Zacky Vengeance s’arrête dans une supérette ; Johnny Christ, coiffé d’une crête, se retrouve fasciné par un distributeur installé dans une laverie et délivrant des billets de Monopoly.
Rien n’est vraiment expliqué — et c’est précisément ce qui fait fonctionner l’ensemble. Le clip avance par images, sensations et décalages, comme une extension visuelle de cette musique saturée de voix traitées, de basses épaisses et de synthétiseurs futuristes.
Un alter ego que le groupe traite comme une entité à part entière
D’une durée de 18 minutes et 7 secondes, l’EP Statica réunit quatre morceaux :
- Lights
- Statica
- Rejoice
- Ashes
Avec ce format court, Avenged Sevenfold pousse encore plus loin les expérimentations amorcées sur Life Is But A Dream…. Mais Statica ne ressemble pas à un simple exercice de style glissé entre deux albums : le groupe lui a donné un nom, une identité et même une place distincte sur scène.
Lors du lancement de sa tournée nord-américaine avec Good Charlotte, les musiciens ont ainsi interprété l’intégralité de l’EP depuis les coulisses, tandis que leur performance était retransmise sur les écrans géants de la salle. Une sorte de concert fantôme, séparé du véritable set d’Avenged Sevenfold, qui débutait ensuite devant le public.
Cette soirée avait également été marquée par la première interprétation live de Magic.
Une liberté qui dépasse largement la musique
Un EP lâché sans avertissement. Un alter ego électronique. Une prestation jouée depuis les coulisses. Puis un clip sans véritable campagne promotionnelle traditionnelle. Pris séparément, chacun de ces choix pourrait sembler anecdotique ; mis bout à bout, ils racontent pourtant la même chose.
Avenged Sevenfold veut désormais décider seul — du moment, de la forme et de la manière de publier sa musique.
Cette indépendance n’est donc pas qu’une affaire de contrat ou de droits. Elle se voit, elle s’entend et commence déjà à transformer la façon dont le groupe s’adresse à son public.
M. Shadows : les labels « n’apportent plus de réelle valeur ajoutée »
Invité de Delivering Happiness, série et podcast animé par l’acteur Nick Turturro pour Prince St. Pizza, M. Shadows a résumé la situation sans détour : après huit albums liés à Warner, Avenged Sevenfold a refermé ce chapitre.
« Nous avons sorti huit albums chez Warner, et c’est terminé. Nous sommes désormais totalement indépendants. Vu la façon dont fonctionne aujourd’hui l’industrie musicale, nous ne voyons tout simplement plus l’intérêt de signer de nouveau avec un label. »
Pour le chanteur, les maisons de disques ont surtout perdu ce qui faisait autrefois leur force. La radio n’a plus la même influence ; MTV n’est plus la rampe de lancement qu’elle fut ; quant aux plateformes sociales, elles sont accessibles à tous.
« Les labels vont essayer de vous faire exister sur TikTok, mais n’importe quel artiste peut le faire lui-même. À mes yeux, ils n’apportent plus de réelle valeur ajoutée. »
Un constat qui vaut surtout pour un groupe déjà installé
M. Shadows ne nie pas le rôle historique des labels. À ses débuts, un groupe avait besoin d’eux pour financer un album, trouver les bons producteurs, accéder aux radios, apparaître à la télévision ou décrocher une place visible dans les magasins.
Mais Avenged Sevenfold ne se trouve plus dans cette situation. Le groupe dispose d’un public fidèle, de revenus de tournée et des moyens nécessaires pour produire sa musique sans dépendre d’une avance.
« Je peux mettre un morceau en ligne sur YouTube ou TikTok, partir en tournée et gagner davantage avec un seul concert que ce que coûte l’enregistrement d’un album. Et l’argent avancé par un label, il faut ensuite le rembourser. Je n’y vois plus aucun intérêt. »
Le raisonnement est frontal : lorsqu’un artiste peut financer lui-même sa création, pourquoi céder une part importante de ses revenus et de son contrôle à un intermédiaire devenu moins indispensable ?
La liberté artistique, avec ses limites
M. Shadows ne réécrit pourtant pas l’histoire. Il sait ce qu’Avenged Sevenfold doit à l’ancien système : les passages radio, MTV, la distribution physique et la présence dans les grandes enseignes ont contribué à transformer le groupe en poids lourd du metal moderne.
Il préfère néanmoins l’époque actuelle, plus éclatée, moins prévisible — et, selon lui, plus propice aux prises de risque.
« La créativité passait souvent au second plan et la musique devenait un produit. Ce n’est pas ce qu’elle devrait être : la musique est avant tout une forme d’expression. »
Cette liberté a cependant une contrepartie. Les artistes peuvent aujourd’hui publier presque tout, presque immédiatement ; en revanche, ils disposent de moins de grandes vitrines capables de les propulser d’un seul coup auprès du grand public.
Avenged Sevenfold occupe à ce titre une position particulière : assez ancien pour avoir profité de la puissance des radios et de MTV, mais désormais assez autonome pour s’en affranchir.
Une rupture qui couvait depuis longtemps
Cette méfiance envers les grandes maisons de disques ne date pas de Statica. Au milieu des années 2010, Avenged Sevenfold avait tenté de quitter Warner en invoquant la « règle des sept ans » prévue par le droit californien. Le conflit s’était ensuite réglé, et le groupe avait fini par achever son engagement avec Life Is But A Dream….
Depuis, Avenged Sevenfold a récupéré les droits de plusieurs sorties liées à The Stage et annoncé être entièrement indépendant.
Avec Statica, cette autonomie cesse d’être une déclaration de principe. Elle devient une méthode : surprendre, brouiller les pistes, publier sans demander la permission — et laisser la musique parler avant le plan marketing.