Après plus de dix ans de gestation, The Moth voit enfin le jour. Avec ses 24 titres, Devin Townsend ne livre pas vraiment un nouvel album ; il érige une fresque orchestrale démesurée, déroutante, parfois boursouflée… mais diablement fascinante.
Les refrains immédiats d’Epicloud ? L’euphorie d’Addicted! ? Pas cette fois. Le Canadien préfère s’aventurer dans les méandres de la densité, de la théâtralité et de l’introspection, quitte à semer quelques auditeurs en chemin.
The Moth, l’œuvre la plus ambitieuse de Devin Townsend ?
Annoncé comme le projet le plus colossal de sa carrière, The Moth donne vite le vertige. Riffs, chœurs et orchestrations s’amoncellent, s’entrechoquent, s’épousent. De ce maelström surgit une musique à la lisière de l’opéra moderne, de la bande originale et du metal progressif.
Autant dire que les amateurs de morceaux bien balisés pourraient vaciller. Ici, la démesure est souveraine, fidèle aux premières descriptions du projet.
Une odyssée orchestrale
The Moth avance par vagues. Montées orchestrales, déflagrations heavy, cassures abruptes, accalmies contemplatives… Townsend délaisse volontiers les charpentes traditionnelles pour privilégier le mouvement, les textures, le vertige. Peu à peu, le disque prend des allures de voyage intérieur, hanté par la métamorphose et l’épuisement émotionnel.
Enter The City embrasse sans retenue ce gigantisme opératique ; Intermission, lui, flotte dans un entre-deux ambient presque immatériel. Avec Anneke van Giersbergen, Covered By Causes ravive une chaleur mélodique plus familière. Puis Lexin déboule et secoue l’édifice avec une salutaire poussée d’adrénaline.
Lorsque Prepare For War et The Big Snit surgissent, une silhouette connue se dessine derrière le faste symphonique. Celle du Townsend progressif de l’ère Empath. Deux pièces déjà réunies sur un double-single aux proportions gargantuesques.
Étrange, fascinant, exigeant
Deux morceaux cristallisent particulièrement l’esprit du disque. Orion s’ouvre dans l’absurde, puis dérive lentement vers des brumes atmosphériques presque hypnotiques. Étrange ? Assurément. Captivant aussi.
Home At Night emprunte un autre chemin. Plus contemplatif, le morceau laisse voix et orchestrations cheminer de concert avec une fluidité presque irréelle. Une respiration au milieu du tumulte, et l’un des sommets émotionnels de l’ensemble.
Reste une évidence : The Moth ne se laisse pas apprivoiser au premier contact. Sa longueur, son foisonnement et son goût pour les chemins de traverse réclament de l’investissement. Certains décrocheront ; d’autres accepteront de s’y perdre.
Townsend en fait parfois trop. Beaucoup trop, même ! Mais retrancher la démesure de The Moth, ne serait-ce pas lui arracher ses ailes ?
Tracklist de The Moth
- Semi-Prologue
- Way Beyond Words
- The Moth
- Ode To My Eye
- Enter The City
- Covered By Causes
- Lexin
- Runaways
- A Proxy For God
- The Mothers
- Orion
- Stay There
- Home At Night
- Intermission
- Lexin Returns
- The Clergy
- Prepare For War
- The Big Snit
- Silver Princess
- A Life In Review
- Metamorphosis
- Stained Hearts
- Let Go
- We Don’t Deserve Dogs
The Moth sort ce 29 mai via InsideOut Music.