Amy Lee pensait regarder une vidéo dans laquelle elle chantait avec une fille qui lui ressemblait trait pour trait. Même chevelure noire, même teint pâle, jusqu’au piercing au sourcil : la scène paraissait authentique. Pourtant, cet enfant n’existait pas. La chanteuse d’Evanescence venait de tomber sur un deepfake particulièrement convaincant.
Cette découverte n’a fait que renforcer son malaise face aux contenus générés par intelligence artificielle, désormais capables d’exploiter son visage et sa voix sans son consentement. Dans un entretien accordé à Revolver, Amy Lee dénonce également les images qui rajeunissent artificiellement ses traits — une confusion croissante entre le vrai et le faux qui irrigue le nouvel album d’Evanescence, Sanctuary.
Amy Lee confrontée à une fausse vidéo de sa propre famille
Dans un long entretien publié par Revolver, Amy Lee revient sur une vidéo qui la montrait en train de chanter en parfaite harmonie avec une jeune fille présentée comme son enfant.
La ressemblance était troublante : mêmes cheveux noirs, même teint clair, jusqu’au célèbre piercing au sourcil associé à l’image de la chanteuse au début des années 2000. La scène n’avait pourtant jamais existé. L’apparence et la voix d’Amy Lee avaient été détournées afin de fabriquer une relation familiale entièrement fictive.
« Rien ne me fait plus froid dans le dos que de faire défiler mon fil d’actualité et de tomber sur une version de moi générée par l’IA. »
Au-delà de l’étrangeté de la vidéo, le procédé soulève une question plus profonde : son identité peut désormais être détachée de sa personne, remodelée, puis utilisée pour lui faire vivre ou chanter des événements qui ne se sont jamais produits.
« On dirait que les gens veulent me corriger »
Amy Lee se dit tout aussi perturbée par les versions artificiellement retouchées de son visage. Certaines images effacent les marques du temps et lissent ses traits jusqu’à la rapprocher d’une perfection numérique sans aspérités.
« C’est vraiment perturbant. On dirait que les gens veulent me corriger : ils effacent les marques de mon visage. Ils sont même allés jusqu’à modifier la pochette de Sanctuary. »
Sa réaction à cette version remaniée de la pochette ne laisse aucune place au doute : « Et cette pochette retouchée, qu’elle aille se faire foutre. »
Plus qu’un simple coup de colère, cette sortie traduit un rejet profond d’une culture visuelle qui transforme les visages réels en avatars rajeunis — débarrassés de l’âge, des imperfections et, finalement, de leur singularité.
Sanctuary face à la crise du réel
Impossible, dès lors, de dissocier cette prise de parole de Sanctuary, le premier album studio d’Evanescence depuis The Bitter Truth. Sorti le 5 juin 2026, le disque explore la difficulté de préserver un lien avec la réalité dans un environnement saturé de désinformation, d’algorithmes et de contenus artificiels.
Là où The Bitter Truth abordait frontalement plusieurs tensions politiques et sociales, Sanctuary pose une question plus insidieuse : comment savoir si une image, une voix ou une information demeure authentique lorsque tout peut être reproduit, altéré ou inventé ?
Amy Lee avait déjà alerté sur l’impact des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle sur notre perception du réel. Elle expliquait notamment qu’après avoir passé du temps à faire défiler des contenus, elle ne savait parfois plus précisément ce qu’elle venait de regarder — tout en se sentant en colère et inquiète.
« À bien des égards, la musique est mon refuge. Mais c’est aussi un refuge contre tous ces mensonges, contre tout ce qui n’est pas réellement vrai. »
Cette quête d’authenticité irrigue Sanctuary, un album centré sur la vulnérabilité, la vérité et la nécessité de préserver des liens humains au milieu d’un paysage numérique devenu plus difficile à déchiffrer.
Une quête d’authenticité présente depuis Fallen
Plus de vingt ans après Fallen, Evanescence se trouve confronté à une nouvelle forme de fabrication de l’image. Au début des années 2000, Amy Lee luttait déjà contre les projections et les attentes imposées au groupe ; désormais, ce ne sont plus seulement son apparence ou son identité artistique qui peuvent être déformées, mais également sa voix et ses gestes.
Dans une époque où des contenus crédibles peuvent être fabriqués en quelques secondes, la musique d’Evanescence prend ainsi une résonance singulière : le groupe continue de miser sur les émotions brutes, les imperfections assumées et une expression qui refuse d’être lissée.
La chanteuse a d’ailleurs revisité cette identité lors du vingtième anniversaire de Fallen, allant jusqu’à remettre son piercing au sourcil. Elle rejette toutefois l’idée d’une simple imitation nostalgique de son apparence passée : « Je n’essayais pas de reproduire la pochette. La pochette, c’était moi. »
Les concerts comme preuve du réel
À l’heure où une image, une voix et même une chanson peuvent être reproduites par une machine, Amy Lee considère les concerts comme l’une des expériences les plus difficiles à falsifier.
À ses yeux, les hésitations, l’effort physique ou les imperfections d’une performance ne sont pas des défauts : ils prouvent, au contraire, qu’un moment est réellement vécu par des artistes et un public réunis dans un même espace.
« Un concert, c’est réel. Nous allons monter sur scène et faire de notre mieux pour recréer cet album avec nos mains et nos corps. Chantez avec nous, vivons pleinement cet instant. Il n’a pas besoin d’être parfait ; si vous cherchez la perfection, le disque est là pour ça. »
Cette philosophie accompagne la tournée mondiale de Sanctuary, pour laquelle Amy Lee promet une production plus ambitieuse et davantage de pyrotechnie. Après les concerts donnés avec Metallica en Australie et en Nouvelle-Zélande, la chanteuse estime qu’Evanescence doit désormais franchir un nouveau cap sur scène.
Le groupe doit notamment se produire le 16 septembre à Forest National, à Bruxelles ; le 17 septembre à l’Accor Arena de Paris ; puis le 29 septembre au Hallenstadion de Zurich.