10 albums de rock progressif qui ont bouleversé les codes et qu’il faut avoir écoutés au moins une fois

(Mis à jour le ) à 17h01
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10 albums de rock progressif qui ont bouleversé les codes et qu’il faut avoir écoutés au moins une fois

Le rock progressif commence souvent par une mauvaise idée : faire trop long, trop compliqué, trop ambitieux. Et parfois, ça fonctionne.

C’est même tout le problème avec le genre. Dès qu’une formule semble apparaître, quelqu’un vient la casser. Yes remplit l’espace, Pink Floyd le vide. Caravan regarde vers le jazz, Rush vers le hard rock. Magma décide que les catégories existantes ne suffisent plus et invente pratiquement les siennes.

Ces dix albums ne racontent donc pas toute l’histoire du prog. Ils racontent plutôt dix manières de lui désobéir.

King Crimson : In the Court of the Crimson King (1969)

Il y a des albums importants parce qu’ils perfectionnent quelque chose. In the Court of the Crimson King appartient plutôt à ceux qui donnent l’impression d’avoir déplacé les murs.

Dès 21st Century Schizoid Man, King Crimson mélange rock lourd, jazz, improvisation et ruptures rythmiques avec une violence presque absurde pour 1969. Quelques minutes plus tard, le groupe peut ralentir, laisser entrer le Mellotron et devenir immense autrement.

Tout le prog des années 70 n’est évidemment pas contenu dans cet album. Mais une quantité inquiétante de ses futures obsessions est déjà là.

Yes : Close to the Edge (1972)

Sur le papier, tout pourrait mal tourner. Trois morceaux, environ 37 minutes, des musiciens virtuoses et une pièce-titre qui approche les 19 minutes. Le genre de disque qui pourrait passer son temps à nous rappeler combien il est intelligent.

Yes fait mieux : il écrit des mélodies.

La basse de Chris Squire bondit, Steve Howe multiplie les détours et Rick Wakeman occupe les claviers sans demander la permission. Pourtant, Close to the Edge ne ressemble jamais vraiment à un concours. Sa complexité finit presque par disparaître derrière son mouvement.

C’est probablement cela, le plus impressionnant : Yes fait énormément de choses et parvient à donner l’impression qu’elles devaient être là.

Genesis : Selling England by the Pound (1973)

Genesis aurait pu se contenter d’être compliqué. Peter Gabriel préfère en faire du théâtre.

Sur Selling England by the Pound, folk anglais, passages acoustiques, claviers et mesures tortueuses servent des chansons qui ressemblent parfois à de petites pièces peuplées de personnages étranges. Dancing with the Moonlit Knight en constitue probablement la meilleure porte d’entrée.

Puis arrive Firth of Fifth et son solo de Steve Hackett. Rien ne déborde vraiment, rien ne cherche à écraser le reste. La guitare monte simplement jusqu’à prendre toute la lumière.

Chez Genesis, la virtuosité sait aussi raconter une histoire.

Pink Floyd : Wish You Were Here (1975)

Après Yes, Pink Floyd ressemble presque à une provocation. Pourquoi jouer cinquante notes quand quatre peuvent suffire ?

Les premières minutes de Shine On You Crazy Diamond reposent sur cette confiance absolue dans l’espace. Les claviers flottent, la guitare apparaît lentement et le groupe laisse le silence participer au morceau.

Wish You Were Here n’est pas moins ambitieux que les albums les plus techniques du prog. Il place simplement son ambition ailleurs : dans les textures, la lenteur, l’atmosphère et ce que quelques notes peuvent provoquer lorsqu’on leur laisse suffisamment de place.

Pink Floyd ne remplit pas le vide. Il s’en sert.

Caravan : In the Land of Grey and Pink (1971)

Heureusement, tout le prog britannique n’avait pas envie de bâtir des cathédrales.

Caravan préfère quelque chose de plus chaleureux, psychédélique et légèrement bancal. Jazz, pop anglaise et improvisation se mélangent avec cette étrangeté très particulière de la scène de Canterbury : sophistiquée, mais rarement solennelle.

La grande pièce reste Nine Feet Underground, plus de vingt minutes qui pourraient devenir interminables et qui passent pourtant avec une étonnante légèreté.

Le vrai danger vient après. Parce qu’une fois Caravan découvert, Soft Machine, Hatfield and the North ou National Health ne sont jamais très loin.

Mahavishnu Orchestra : The Inner Mounting Flame (1971)

Ici, personne ne semble avoir reçu la consigne de ralentir.

John McLaughlin, Billy Cobham et Jan Hammer font entrer en collision jazz, rock, improvisation et rythmes impairs avec une précision presque inquiétante. Meeting of the Spirits donne parfois l’impression que les musiciens jouent au bord de la catastrophe.

Évidemment, tout est maîtrisé. C’est justement ce qui rend l’ensemble aussi violent.

Mahavishnu Orchestra aurait pu devenir une démonstration de virtuosité pour musiciens regardant leurs partitions. The Inner Mounting Flame transpire trop pour ça. La technique est partout, mais elle sert d’abord à créer de l’urgence.

Magma : Mëkanïk Dëstruktïẁ Kömmandöh (1973)

Et puis il y a Magma.

À ce stade, essayer d’expliquer tranquillement ce qu’est le rock progressif devient compliqué. Christian Vander développe le Zeuhl, chante en kobaïen et construit une musique faite de basse hypnotique, de batterie martiale, de chœurs incantatoires et de motifs répétés jusqu’à la transe.

Mëkanïk Dëstruktïẁ Kömmandöh ressemble moins à un album de rock qu’à une cérémonie dont nous serions arrivés trop tard pour recevoir les instructions.

Il ne faut peut-être pas chercher à comprendre immédiatement. Il faut entrer.

Et ressortir avec une définition du prog légèrement moins confortable.

Premiata Forneria Marconi : Per un amico (1972)

Le Royaume-Uni a tellement monopolisé le récit du prog qu’on pourrait presque oublier de regarder de l’autre côté des Alpes. Mauvaise idée.

Avec Per un amico, PFM offre une entrée magnifique dans la scène italienne. Flûte, violon, synthétiseurs, guitare acoustique et influences classiques s’entremêlent dans une musique capable de passer de la délicatesse à de grandes envolées sans perdre son identité.

Appena un po’ suffit pour commencer. Ensuite viennent les problèmes : Banco del Mutuo Soccorso, Le Orme, Area, Museo Rosenbach…

On voulait découvrir un album. On vient d’ouvrir une scène entière.

Rush : Hemispheres (1978)

Rush prend une partie des obsessions du prog britannique et leur met des amplis plus gros.

Les longues compositions et les ambitions conceptuelles restent là, mais la guitare mord davantage, la batterie frappe plus fort et l’ensemble possède la tension d’un trio de hard rock qui refuse de choisir entre puissance et complexité.

Cygnus X-1 Book II: Hemispheres porte toute la démesure du disque. La Villa Strangiato, elle, rappelle qu’un instrumental virtuose peut rester profondément vivant.

Pour les amateurs de metal, le chemin devient soudain très clair. Le prog classique est encore derrière nous. Le metal progressif commence déjà à apparaître au loin.

Porcupine Tree : Fear of a Blank Planet (2007)

Le pire hommage que Porcupine Tree aurait pu rendre au prog des années 70 aurait été d’essayer de sonner comme lui.

Fear of a Blank Planet fait exactement l’inverse. Steven Wilson conserve le goût des longues formes, des atmosphères et des constructions progressives, mais les entoure de guitares lourdes, d’électronique et d’une production qui appartient pleinement aux années 2000.

Anesthetize dure près de 18 minutes. Sur le papier, rien de neuf depuis Yes. À l’écoute, trente-cinq ans sont passés.

C’est peut-être la meilleure preuve que le prog n’est pas mort avec les années 70 : il a simplement appris à vieillir sans rester habillé comme en 1973.

Et maintenant, les absents

C’est généralement ici qu’une liste de prog commence à devenir dangereuse.

Pas de Jethro Tull et Thick as a Brick. Pas de Gentle Giant et Octopus. Pas de Van der Graaf Generator avec Pawn Hearts, d’Emerson, Lake & Palmer avec Tarkus ou de Mike Oldfield avec Tubular Bells.

On pourrait ajouter Renaissance, Banco del Mutuo Soccorso et Soft Machine. Puis avancer de quelques décennies et réclamer Opeth avec Blackwater Park ou Tool avec Lateralus.

Très bien. C’est même plutôt rassurant.

Si dix albums suffisaient à régler le cas du rock progressif, le genre aurait probablement raté quelque chose…