La succession de Brent Hinds veut remettre les pendules à l’heure. Son action en justice contre Mastodon porterait avant tout sur la valorisation des intérêts que détenait encore le guitariste dans les structures liées au groupe, ainsi que sur sa possible part des revenus du merchandising.
La mise au point affine les contours du dossier ; elle n’en chasse pas le malaise. Toute cette affaire aurait sans doute gagné à demeurer derrière des portes closes. Maintenant qu’elle s’étale au grand jour, une question devient pourtant difficile à esquiver : comment démêler les intérêts commerciaux de Brent Hinds de son héritage artistique, toujours cousu à l’histoire de Mastodon ?
La succession de Brent Hinds veut recentrer le débat
Dans une déclaration transmise à Guitar World, la succession estime que les discussions se sont trop focalisées sur l’utilisation de l’image de Hinds autour de Marrow Deep. Au passage s’est installée une lecture qu’elle récuse… celle d’une famille simplement venue réclamer une importante compensation financière.
« Ce n’est pas de cela qu’il s’agit », affirme-t-elle. Après son éviction de Mastodon, Hinds aurait demandé un examen des comptes, une évaluation et une séparation en bonne et due forme des intérêts qu’il détenait dans des entités appartenant aux membres fondateurs. La mort l’a rattrapé avant l’aboutissement de cette procédure et, selon sa succession, « Brent n’avait encore reçu aucune compensation pour ses participations ».
Derrière les termes juridiques se cache une interrogation autrement plus concrète. Son départ de Mastodon suffisait-il à tarir sa part des revenus du merchandising ? Sa succession soutient que non.
Marrow Deep, là où le dossier se brouille
C’est ici que le différend prend une tournure plus singulière. La succession conteste l’utilisation d’une représentation reconnaissable de Hinds pour promouvoir Marrow Deep, album auquel l’ancien guitariste n’a pas participé musicalement.
Elle explique : « Les autres membres affirment que Brent n’a pas participé au nouvel album de Mastodon. Pourtant, le groupe a choisi d’utiliser une image reconnaissable de lui pour promouvoir ce disque, sans l’accord de la succession. Cela montre que Brent reste associé à l’image de Mastodon, même après son éviction et sa mort. »
En soi, voir Hinds apparaître sur l’artwork n’a rien de forcément dérangeant. L’image peut très bien se lire comme un hommage. C’est sa collision avec le litige commercial qui produit une curieuse dissonance. Hinds n’est plus dans Mastodon ; son visage, son empreinte et vingt-cinq années d’histoire commune, eux, refusent naturellement de disparaître.
80 000 dollars, et des comptes qui ne sont toujours pas soldés
Comme rapporté lors de la révélation de l’affaire, Mastodon aurait remis à la succession un chèque de 80 000 dollars destiné à racheter les intérêts de Hinds. Il n’a pas été encaissé. La succession réclame un examen complet des comptes afin d’établir la somme qu’elle estime réellement due.
Mastodon, lui, réfute toute accusation de mauvaise intention et considère la plainte comme « sans fondement ». Le groupe a également annoncé qu’il ne commenterait plus publiquement ce qu’il décrit comme un différend commercial privé.
On comprend cette volonté de ne pas jeter davantage de combustible sur le feu. L’affaire est déjà suffisamment noueuse sans que tribunaux, réseaux sociaux et déclarations publiques ne finissent par se confondre ; surtout, l’un des principaux intéressés ne peut plus livrer sa version. Les récentes confidences de Bill Kelliher ont d’ailleurs entrouvert une porte sur les coulisses, révélant combien les dernières années de leur collaboration étaient plus âpres qu’elles ne le paraissaient de l’extérieur.
La succession appelle à la compassion et au respect
L’affaire illustre aussi toute la difficulté de démêler intérêts commerciaux et héritage artistique après vingt-cinq ans d’histoire commune. La succession assure ne demander à personne de « choisir un camp ni de minimiser ce que Brent et ses camarades ont créé ensemble » et appelle à faire preuve de « compassion et de respect pendant que la procédure judiciaire suit son cours ».