Bill Kelliher revient sur une relation créative devenue particulièrement épineuse avec Brent Hinds au sein de Mastodon. À force, le guitariste composait avec une question en tête : « Est-ce que Brent va aimer ça ? » Puis les refus se seraient accumulés, jusqu’au point où Hinds n’aimait pratiquement plus rien de ce que le groupe proposait.
Des confidences révélatrices après environ vingt-cinq ans de collaboration. Elles racontent des tensions devenues pesantes, mais dévoilent aussi toute la complexité de Hinds. Car cette imprévisibilité qui compliquait la vie de Mastodon participait également à sa singularité.
« Avec Brent, c’était toujours une compétition »
Dans un entretien accordé au magazine Guitarist et relayé par Guitar World, Bill Kelliher dépeint sans détour ses difficultés à composer avec Brent Hinds.
« Avec Brent, c’était toujours une compétition, et je n’ai jamais compris pourquoi. De son côté, il voyait vraiment les choses comme ça », explique-t-il. Kelliher n’occulte pas pour autant le musicien derrière les tensions. Il décrit Hinds comme « un putain d’excellent guitariste et compositeur », tout en reconnaissant que « c’était difficile de composer avec lui ».
Avec le temps, les deux hommes semblent surtout s’être éloignés. « Au bout d’un moment, Brent était simplement parti dans son propre délire… Ça ne l’intéressait plus vraiment. »
« Est-ce que Brent va aimer ça ? »
Le passage le plus révélateur survient lorsque Kelliher évoque le départ de Hinds. Un soulagement, manifestement. Le guitariste affirme qu’il assumait une grande partie de l’écriture, mais la réaction de son partenaire demeurait constamment tapie dans un coin de son esprit.
« Franchement, j’ai eu l’impression qu’on m’enlevait un énorme poids des épaules », confie-t-il. « Je faisais l’essentiel du travail de composition, mais je devais toujours me demander : “Est-ce que Brent va aimer ça ?” Et au bout d’un moment, il n’aimait plus rien de ce qu’on proposait. »
Difficile, à la lecture de ces mots, de n’y voir que de simples désaccords entre compositeurs. La relation paraît être devenue oppressante, presque invivable sur le plan créatif. Après tant d’années à écrire, enregistrer et sillonner les routes ensemble, la tension avait fini par s’immiscer jusque dans la genèse des morceaux.
Ce qui faisait la force de Mastodon pouvait aussi le fragiliser
Et pourtant, Kelliher reconnaît aussi ce que Hinds insufflait à Mastodon. Leurs différences étaient considérables ; elles ont contribué à façonner le groupe.
« À la guitare comme dans nos personnalités, on était vraiment à l’opposé l’un de l’autre. […] Il avait ce côté dangereux. Je pense que c’est aussi ce qui faisait le Mastodon de nos débuts. »
C’est toute la contradiction qui affleure ici. L’imprévisibilité de Brent Hinds pouvait rendre la collaboration ardue, mais comment dissocier totalement ce tempérament de ce qu’il apportait musicalement ? Ce qui nourrissait autrefois l’alchimie de Mastodon a aussi pu devenir, au fil des années, l’un de ses principaux foyers de friction.
Brann Dailor avait récemment offert un autre aperçu de cette complexité en racontant les contradictions musicales de Hinds. Vers la fin, celui-ci pouvait vouloir moins de morceaux heavy… puis suggérer peu après l’idée d’un titre de black metal.
Une nouvelle bouffée d’air pour Mastodon
Ces confidences projettent forcément une lumière différente sur Marrow Deep, premier album de Mastodon sans Brent Hinds. Le disque donne par moments la sensation d’une nouvelle bouffée d’air, comme si une partie de la pression s’était dissipée autour du processus créatif. Le changement se devine ; Mastodon, lui, demeure Mastodon.
Hinds avait quitté le groupe en mars 2025 avant de mourir cinq mois plus tard dans un accident de moto. Ses anciens partenaires ont depuis expliqué qu’ils pensaient encore pouvoir renouer avec lui. Un espoir désormais éteint, qui confère aux témoignages actuels sur leurs dernières années ensemble une résonance particulière.
En parallèle, la succession de Brent Hinds poursuit Mastodon dans un différend portant notamment sur ses intérêts financiers et l’utilisation de son image après sa mort. Le groupe récuse toute accusation de mauvaise intention et considère la plainte comme « sans fondement ».