Dave Mustaine trouve l’époque nettement moins propice à la liberté de ton. Interrogé sur sa capacité à parler aujourd’hui de politique aussi ouvertement qu’aux débuts de Megadeth, le musicien fustige la « cancel culture », la haine et, surtout, un public devenu à ses yeux terriblement fracturé.
Sur ce dernier point, difficile de balayer son constat d’un revers de main. Les prises de position politiques sont devenues particulièrement clivantes. Mais il y a tout de même un monde entre subir les conséquences de ses déclarations et ne plus pouvoir s’exprimer… Et venant de Mustaine, qui n’a jamais vraiment eu pour habitude de garder ses opinions pour lui, le paradoxe ne manque pas de sel.
Dave Mustaine : « Le monde a changé, et pas en bien »
Lors d’un récent entretien avec TV WAR, Dave Mustaine a été interrogé sur sa capacité à s’exprimer aujourd’hui comme il le faisait aux débuts de Megadeth. Sa réponse ? Plutôt sombre.
« Je pense qu’aujourd’hui, le monde a changé, et pas en bien, avec toute cette cancel culture et toute cette haine entre les gens. Avant, aux États-Unis, on pouvait dire certaines choses. Maintenant, ce n’est plus possible, à moins de faire partie de ceux qui disent aux autres ce qu’ils ont le droit de dire ou non. »
Le terme de « cancel culture » mérite toutefois un peu de recul. Mustaine dépeint surtout un environnement où une déclaration peut susciter une réaction publique immédiate, massive, parfois virulente. Être conspué, boycotté ou pris à partie n’équivaut pourtant pas à être réduit au silence.
C’est finalement lorsqu’il évoque la polarisation que son constat paraît le plus pertinent. À ses yeux, dévoiler ses convictions politiques peut désormais scinder un public en deux camps irréconciliables.
« Si vous chantez sur la politique et que les gens arrivent à déterminer de quel côté vous penchez, vous venez de perdre la moitié de votre public. Ceux d’un parti seront avec vous, et ceux de l’autre seront contre vous. Et franchement, ça craint. »
Libre de parler… mais sans conséquences ?
Mustaine regrette aussi une époque où le vote demeurait davantage cantonné à la sphère privée. « Avant, personne ne savait pour qui vous aviez voté. Et personne ne s’en souciait. » Sur ce terrain, son impression n’a rien d’incongru. La politique s’immisce aujourd’hui partout, jusque dans des espaces qui semblaient autrefois relativement épargnés.
Reste une faille dans le raisonnement. Un artiste peut évidemment défendre ses opinions, y compris lorsqu’elles heurtent ou dérangent. Mais comment revendiquer cette liberté tout en espérant s’affranchir des conséquences de ses propres paroles ? Le public est tout aussi libre d’applaudir, de répliquer, de désapprouver… ou de ne plus écouter.
C’est aussi là que le grand récit autour de la « cancel culture » révèle parfois ses limites. Les campagnes de rejet existent et leurs répercussions peuvent être bien réelles ; elles ne débouchent pas pour autant systématiquement sur un bannissement professionnel. Dans le rock et le metal, plusieurs artistes lourdement contestés ont continué à enregistrer, tourner et fédérer leur public.
Un paradoxe très Megadeth
Et dans le cas de Megadeth, difficile de ne pas sourire devant l’ironie de la situation. Le groupe n’a jamais bâti sa carrière en esquivant les sujets qui fâchent. Guerre, pouvoir, corruption, politique… Tout cela irrigue son univers depuis des décennies. Mustaine, lui non plus, n’a jamais exactement cultivé l’art de la retenue.
L’interview le montre d’ailleurs tel qu’on le connaît, direct, entier, sans beaucoup de filtres. Régulièrement associé à des positions conservatrices en raison de déclarations passées, il récuse néanmoins l’étiquette d’homme de droite et se définit comme indépendant. Il rappelle avoir voté aussi bien pour des démocrates que pour des républicains.
Ces déclarations surviennent alors que Megadeth vit la dernière phase annoncée de sa carrière. Mustaine poursuit la tournée d’adieu malgré les problèmes qui affectent sa main. Le groupe retrouvera notamment le public français en 2027 pour deux concerts à Paris et Lyon, avec Black Label Society et Testament.