Huit ans après Eonian, Dimmu Borgir revient avec un album que beaucoup n’osaient plus espérer. Avec Grand Serpent Rising, les Norvégiens retrouvent enfin cette noirceur monumentale, cette ampleur symphonique et cette intensité dramatique qui avaient fait de Puritanical Euphoric Misanthropia et Death Cult Armageddon des piliers du black metal symphonique moderne.
Après deux disques jugés trop sages ou trop aseptisés par une partie du public, le groupe renoue ici avec une approche plus instinctive, plus menaçante et surtout bien plus vivante. Dimmu Borgir ne cherche pas à se réinventer : il retrouve simplement ce qu’il faisait de mieux. Et le résultat dépasse largement les attentes.
Grand Serpent Rising renoue avec l’âge d’or de Dimmu Borgir
Dès les premières secondes d’Ascent, le constat est évident. Les riffs de Silenoz retrouvent cette agressivité glaciale et ce sens du détail qui semblaient s’être dissipés au fil des derniers albums. Chaque morceau avance avec une vraie tension, porté par des guitares tranchantes et des orchestrations qui servent enfin les compositions au lieu de simplement les accompagner.
Shagrath paraît lui aussi transformé. Son chant retrouve cette présence théâtrale et inquiétante qui avait largement façonné l’identité du groupe durant les années 2000.
Surtout, Dimmu Borgir retrouve cette capacité unique à rendre le black metal spectaculaire sans lui faire perdre sa noirceur. C’est précisément ce qui avait permis au groupe de dépasser largement le cercle du metal extrême, notamment à l’époque de Death Cult Armageddon.
Des orchestrations grandioses qui retrouvent enfin leur impact
Le groupe évite enfin le piège du “trop propre”
L’un des principaux reproches adressés à Abrahadabra et Eonian concernait leurs arrangements symphoniques : impressionnants techniquement, mais souvent froids et désincarnés.
Grand Serpent Rising prend le contre-pied total de cette approche. Les claviers retrouvent ici un véritable rôle émotionnel. Sur As Seen In The Unseen, les mélodies aériennes apportent une lumière presque irréelle avant que les morceaux ne replongent brutalement dans quelque chose de beaucoup plus sombre.
Le contraste fonctionne parce que l’ensemble respire enfin. Les orchestrations enrichissent les morceaux sans les étouffer, laissant toute leur place aux riffs et aux changements d’atmosphère.
Une production énorme sans perdre en intensité
Enregistré à Göteborg avec Fredrik Nordström, collaborateur historique du groupe, l’album bénéficie d’une production massive sans tomber dans la froideur numérique.
La batterie frappe avec une violence impressionnante, les guitares retrouvent du relief et les arrangements symphoniques conservent une vraie profondeur. Même dans les passages les plus chargés, tout reste lisible.
Le départ de Galder pouvait susciter des doutes. Finalement, cette nouvelle dynamique semble avoir poussé Shagrath et Silenoz à revenir à l’essentiel.
Le meilleur Dimmu Borgir depuis plus de vingt ans ?
La comparaison avec les grands classiques du groupe paraît inévitable tant Grand Serpent Rising rappelle la période la plus inspirée de Dimmu Borgir.
On retrouve cette même sensation de grandeur permanente, cette façon de transformer chaque morceau en immense fresque apocalyptique sans jamais sacrifier l’impact immédiat.
Le plus impressionnant reste probablement le rythme du disque. Malgré une tracklist particulièrement dense, l’album ne donne quasiment jamais l’impression de s’essouffler. Chaque morceau apporte une nouvelle idée, une nouvelle ambiance ou un passage marquant.
Cette cohérence rejoint parfaitement ce que Silenoz expliquait récemment à propos du processus d’écriture du groupe : “On n’a jamais fonctionné avec une recette toute faite. On compose simplement la musique qu’on a envie d’entendre.”
Et cela s’entend immédiatement. Grand Serpent Rising ne ressemble jamais à un album conçu pour répondre aux attentes du moment ou suivre les tendances du metal extrême actuel.
Un retour qui replace Dimmu Borgir parmi les références du black metal symphonique
Dimmu Borgir ne cherche pas ici à révolutionner son style. Le groupe assume pleinement ce qu’il est devenu au fil des décennies : une machine capable de mêler violence extrême, mélodies grandioses et sens du spectacle avec une maîtrise rare.
C’est justement cette assurance qui rend l’album aussi convaincant. Tout paraît naturel, fluide et sincèrement habité.
À une époque où de nombreux groupes historiques peinent à retrouver leur intensité passée, Dimmu Borgir livre au contraire un disque inspiré, ambitieux et terriblement vivant.
Après huit années de silence, les Norvégiens reviennent plus sombres, plus massifs et plus inspirés qu’ils ne l’avaient été depuis très longtemps. Grand Serpent Rising s’impose déjà comme l’une des grandes sorties metal de 2026.