Avec One Assassination Under God – Chapter 2, Marilyn Manson avait une autoroute devant lui. Exit Wound et Front Toward Enemy avaient sorti les guitares, ravivé le goût du metal industriel et presque vendu l’idée d’un retour aux années de plomb. L’album, lui, prend une autre route. Sorti le 14 août chez Nuclear Blast, ce deuxième chapitre est moins brutal que prévu, beaucoup plus gothique, et finalement plus intéressant dès qu’on arrête de lui demander de ressusciter Antichrist Superstar.
Car Manson ressuscite bien quelque chose ici, mais pas vraiment sa musique d’autrefois. Dans les textes, le personnage retrouve les crocs : théâtral, rancunier, provocateur, volontiers hostile. Autour de lui, pourtant, Tyler Bates préfère installer la pénombre plutôt que remettre le feu. Toute l’étrangeté du disque vient de là.
Deux chapitres, une seule histoire
Pris seul, Chapter 2 donne presque l’impression d’arriver au milieu d’une conversation. C’est assez logique : avec les neuf morceaux de Chapter 1, il forme un ensemble de dix-huit titres dont il constitue moins la suite que la deuxième moitié.
Le premier volet regardait surtout derrière lui : addiction, isolement, sobriété, trahison, reconstruction. Ici, le regard se redresse. La question n’est plus tellement de savoir comment survivre aux ruines, mais quelle personne — ou quel personnage — peut en sortir.
Et Marilyn Manson revient précisément à cet endroit.
Pas celui de 1996, évidemment. Ce serait presque trop simple. Au fil des deux dernières décennies, Brian Warner avait laissé de plus en plus de place à l’homme derrière le costume. Chapter 2 remet le personnage devant, sans réussir ni chercher à effacer tout ce qui s’est accumulé derrière lui. Le monstre revient, mais il porte son âge.
Les singles avaient sorti les griffes, l’album préfère la pénombre
C’est probablement la première surprise. Avec Exit Wound et Front Toward Enemy, on pouvait s’attendre à neuf morceaux lancés toutes guitares dehors. Ce n’est clairement pas ce disque-là.
Tyler Bates construit plutôt un décor de goth rock funèbre : guitares noyées dans les effets, électronique lugubre, rythmiques relativement dépouillées et quelques reflets new wave. Les gros riffs existent encore, mais ils ne gouvernent plus vraiment les morceaux.
Et forcément, cela crée une drôle de friction avec les paroles. Manson parle de survie, de ressentiment, de renaissance, convoque les images religieuses et retrouve parfois une agressivité presque belliqueuse. Bates, lui, garde souvent le pied loin de l’accélérateur.
On peut trouver cela frustrant. Certains passages semblent appeler un mur de guitares qui ne vient jamais. Mais les rendre systématiquement plus lourds aurait peut-être aussi rendu l’album beaucoup plus banal.
Parce que cette colère fonctionne justement lorsqu’elle reste enfermée dans quelque chose de froid. Manson menace, vocifère, montre les dents ; la musique, elle, avance presque en procession funéraire. Ce n’est plus une colère qui cherche à incendier la pièce. C’est une colère qui semble y avoir vécu pendant des années.
Quand la violence cesse d’être le décor
Les meilleurs moments de Chapter 2 naissent souvent de cette retenue. None of the Suns s’enfonce dans une atmosphère plus hypnotique, tandis que Don’t Answer The Door laisse apparaître ces couleurs gothiques et eighties qui donnent au disque une bonne partie de son identité.
Puis arrive The Arsonist, et la mécanique devient plus claire. Lorsque Manson lâche réellement les chiens, la violence paraît plus grande précisément parce qu’elle n’était pas déjà partout. L’agressivité n’est plus un papier peint. Elle devient une rupture.
Cette cohérence a néanmoins un prix. Chapter 1 changeait davantage de visage et possédait des sommets plus évidents. Chapter 2 avance plus droit, parfois un peu trop. Il y a peu de véritables creux, mais aussi moins de morceaux capables de dominer immédiatement les autres.
Après plusieurs écoutes, je retiens donc moins une collection de chansons qu’une couleur. Et pour cet album, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.
Le monstre revient, mais il a vieilli
Enantiomorph referme l’ensemble avec toute la théâtralité nécessaire, sans offrir tout à fait la grande catharsis que dix-huit morceaux pouvaient laisser espérer. Une conclusion plus monumentale aurait probablement mieux refermé le cercle. Mais cette retenue raconte aussi quelque chose du disque.
Je ne suis pas certain que Chapter 2 soit meilleur que son prédécesseur. Le premier possède davantage de relief et probablement des chansons plus immédiatement marquantes. Le second me semble en revanche plus homogène, plus enveloppant et surtout plus intriguant dans sa manière de reconstruire Marilyn Manson.
Car c’est finalement tout le paradoxe de l’album : les paroles proclament la résurrection du personnage, tandis que la musique refuse de ressusciter son époque.
Et c’est probablement mieux ainsi. One Assassination Under God – Chapter 2 n’essaie pas de convaincre que Marilyn Manson a de nouveau trente ans. Il cherche plutôt à savoir à quoi peut ressembler Marilyn Manson trente ans plus tard. Le masque est toujours là. Simplement, désormais, on voit davantage ce qu’il y a dessous.
Tracklist de One Assassination Under God – Chapter 2
- Unalive
- Don’t Answer The Door
- Front Toward Enemy
- All The Vilest Things
- None of the Suns
- Lucifer’s Teardrop
- The Arsonist
- Exit Wound
- Enantiomorph