Pourquoi Clairvoyant reste l’album le plus touchant de The Contortionist

(Mis à jour le ) à 16h30
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Pourquoi Clairvoyant reste l’album le plus touchant de The Contortionist © The Contortionist (Presse)

Avec Clairvoyant, The Contortionist aurait pu reprendre la formule de Language et la rendre simplement plus accessible. Le groupe a fait l’inverse : il a ralenti, épuré, assombri.

Sorti en 2017, ce quatrième album n’est pas le plus spectaculaire de sa discographie. Mais c’est peut-être le plus fragile. Celui où la virtuosité passe au second plan pour laisser toute la place au deuil, à la dépression et à cette drôle de beauté qui naît parfois des choses les plus lourdes.

Après Language, le vertige du vide

Language avait transformé The Contortionist. Avec l’arrivée de Michael Lessard, le groupe avait trouvé une nouvelle voix, au sens propre comme au figuré : plus fluide, plus atmosphérique, moins obsédée par la démonstration.

Clairvoyant pousse cette logique encore plus loin.

Ici, The Contortionist ne cherche presque plus à prouver quoi que ce soit. Les riffs sont moins frontaux, les structures moins agressives, les montées plus patientes. Certains auditeurs ont pu y voir une perte d’intensité. Je crois plutôt que le groupe a simplement déplacé le poids ailleurs.

La lourdeur n’est plus dans la violence. Elle est dans l’absence.

Un album qui avance comme un deuil

Là où Language semblait lumineux, presque suspendu, Clairvoyant regarde vers le bas. L’album est traversé par la mort, le regret et l’acceptation, avec une pudeur qui le rend souvent plus touchant que spectaculaire.

Le cœur émotionnel du disque se trouve dans Return To Earth et Monochrome (Pensive), deux morceaux liés à la disparition d’un proche de Michael Lessard, mort d’une overdose après n’avoir jamais vraiment réussi à survivre au deuil de sa mère.

C’est là que Clairvoyant devient plus qu’un album de rock progressif sombre. Il devient une manière de rester auprès des fantômes.

Quand The Contortionist ose disparaître

Ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est la retenue du disque. The Contortionist pourrait remplir chaque espace, complexifier chaque passage, rappeler à tout moment le niveau de ses musiciens.

Il ne le fait presque jamais.

Les guitares, les claviers et les harmonies vocales construisent plutôt un voile, une brume, quelque chose de lentement enveloppant. Reimagined reste le morceau le plus immédiat, mais le vrai pouvoir de l’album se révèle ailleurs : dans les tensions discrètes de The Center, dans la dérive de Relapse, dans l’écho final entre Monochrome (Passive) et Monochrome (Pensive).

Clairvoyant n’explose pas toujours. Il s’infiltre.

Le disque le plus vulnérable du groupe

Je ne suis pas certain que Clairvoyant soit le meilleur album de The Contortionist. Language reste probablement plus marquant, plus équilibré, plus fondateur.

Mais Clairvoyant possède quelque chose d’unique dans leur parcours : une forme d’abandon.

C’est un disque moins impressionnant en surface, mais plus difficile à quitter. Un album qui demande d’accepter sa lenteur, sa mélancolie, ses silences. Et c’est peut-être pour cela qu’il continue de compter autant.

Depuis, The Contortionist se fait attendre. Un nouvel album est toujours en préparation, de nouveaux morceaux existent, et les fans espèrent enfin entendre la suite. Mais avec le recul, Clairvoyant ressemble presque à une conclusion provisoire parfaite.

Pas parce qu’il ferme une porte.

Parce qu’il laisse une pièce dans le noir, avec quelqu’un encore à l’intérieur.

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