Quelques heures après avoir ouvert les festivités du Hellfest 2026, MetalZone a rencontré Sofia Bortoluzzi, chanteuse de No Terror In The Bang, et Clément Bernard, l’un de ses guitaristes. Entre metal progressif, musique à l’image et contrastes assumés, ils reviennent sur le parcours du groupe, son évolution et la vision artistique qui façonne aujourd’hui son identité.
Derrière No Terror In The Bang se rencontrent des parcours aussi variés que complémentaires : formation classique, jazz, hip-hop, blues, flamenco ou encore composition pour le cinéma. Au fil des années, ces influences se sont mêlées pour donner naissance à un metal progressif à forte dimension cinématographique, où orchestrations, riffs modernes et jeux de contrastes occupent une place centrale.
À l’occasion de cette rencontre au Hellfest, Sofia et Clément évoquent la construction du groupe, leur manière de composer, l’importance de la scène, les thèmes qui nourrissent leur musique et les projets qui se dessinent déjà pour la suite.
No Terror In The Bang en bref
- Origine : Rouen, France
- Style : metal progressif cinématographique
- Membres : Sofia Bortoluzzi (chant), Clément Bernard (guitare), Étienne Cochin (guitare), Brice Bouchard (basse) et Alexis Damien (batterie et synthés)
- Membres présents lors de l’interview : Sofia Bortoluzzi et Clément Bernard
- Dernière sortie : l’EP Existence, paru en avril 2026
- Hellfest 2026 : ouverture du festival le mercredi
Des parcours musicaux très différents
MZ : Sofia, avec Alexis Damien, batteur, compositeur et cofondateur du groupe, vous êtes à l’origine de No Terror In The Bang ?
S : Oui, c’est ça.
MZ : Vous avez tous les deux une formation plutôt classique, notamment en conservatoire ?
S : Oui, même si chacun possède ses propres influences. Pour ma part, j’ai fait beaucoup de jazz, mais aussi du hip-hop à une époque. Le metal est arrivé très tard dans ma formation musicale. Alexis a quant à lui une formation classique et jazz.
C : De mon côté, je viens davantage du rock, du blues et du metal.
MZ : Quand tu parles de hip-hop, Sofia, tu faisais principalement du chant ?
S : Oui. Si je m’étais mise à la danse, cela n’aurait probablement pas été terrible. En revanche, j’étais bien au chant.
MZ : Les autres membres viennent eux aussi d’univers très variés. Brice Bouchard, bassiste du groupe, possède notamment une formation au conservatoire et pratique également la contrebasse. Clément, tu développes de ton côté une pratique du flamenco ?
C : Oui, même si cela reste assez récent. C’est une pratique que je développe en parallèle de ce que je fais au sein du groupe.
MZ : Est-ce que cette influence commence déjà à apparaître dans la musique de No Terror In The Bang ?
C : De manière encore très discrète. Sur notre dernier enregistrement, l’introduction du morceau Heroine a néanmoins été enregistrée à la guitare flamenca.
Un metal cinématographique présent dès le départ
MZ : Le metal progressif et cinématographique était-il déjà au cœur du projet à ses débuts ?
S : Oui. À l’origine, nos influences venaient vraiment de la musique de film. Cette dimension était présente dès le départ. Notre tout premier single était d’ailleurs un morceau entièrement orchestral.
À l’époque, nous avions aussi des compositions très progressives, parfois construites en deux parties : une première section entièrement orchestrale, suivie d’une seconde partie metal. Nous avons ensuite décidé de changer de format, notamment pour rendre notre musique plus accessible au public. Cette première approche était assez particulière, peut-être même un peu audacieuse.
Au fil de notre parcours, nous avons cherché à condenser cette forme initiale pour aller vers quelque chose de plus direct et de plus efficace. Avec les années, notre direction artistique s’est précisée. Aujourd’hui, nous savons beaucoup mieux où nous voulons aller.
Faire converger les influences
MZ : Avec des parcours aussi différents, comment parvenez-vous à construire une identité musicale cohérente ?
[Rires]
MZ : Parce que cela fonctionne !
C : Oui, cela fonctionne. Je pense qu’à un moment donné, nos influences finissent naturellement par converger. Nous sommes tous plus ou moins amateurs des mêmes choses, même si cela varie selon les personnes et les degrés d’affinité.
Lorsque nous travaillons sur de nouvelles compositions, les idées viennent généralement d’une, deux ou trois personnes au maximum. Nous essayons ensuite de conserver ce noyau de départ. Cela permet de maintenir une ligne directrice assez claire et de trouver plus rapidement une voix commune.
MZ : Alexis conserve-t-il une place centrale dans la composition ?
C : Il a évidemment une place importante, mais je ne dirais pas qu’il fonctionne comme un homme-orchestre.
S : Cela aurait peut-être pu être vrai à une époque, notamment lors du premier album. Aujourd’hui, Étienne Cochin, l’autre guitariste du groupe, participe beaucoup plus à la composition.
Il faut aussi préciser que Romain Greffe, notre ancien claviériste, ne fait plus partie du groupe. Les guitares occupent donc désormais une place plus importante dans notre musique. Le noyau dur de la composition reste principalement constitué d’Étienne, d’Alexis et de moi-même, notamment pour les mélodies et les paroles.
« Il n’y a de terreur que dans son anticipation »
MZ : Le nom du groupe vient de la célèbre citation d’Alfred Hitchcock : « There is no terror in the bang, only in the anticipation of it. » Faut-il avoir peur rien qu’en lisant le nom de No Terror In The Bang ?
[Rires]
S : J’espère bien.
MZ : On anticipe votre concert, donc on commence déjà à s’inquiéter.
S : Finalement, lorsque l’on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, la réponse se trouve déjà dans le nom du groupe. Nous puisons notre force dans le contraste entre des moments très brutaux et d’autres beaucoup plus fragiles. Sur scène, nous jouons constamment sur ces deux tableaux.
Nous puisons notre force dans le contraste entre des moments très brutaux et des moments de fragilité.
MZ : Cette diversité d’influences nourrit-elle directement le jeu de contrastes qui caractérise votre musique ?
S : Oui, certainement. Dans la musique actuelle, les cultures et les influences se mélangent énormément. Il devient donc de plus en plus difficile de proposer quelque chose qui ne ressemble pas déjà à ce qui existe.
Il y a énormément de propositions, ce qui est une excellente chose, mais cela rend aussi plus difficile le fait de se démarquer. Nous avons donc cette volonté de défendre une identité qui nous soit propre et d’aller vers quelque chose de plus personnel.
La scène comme espace de liberté
MZ : Vous dégagez tous les deux une image très calme et posée, alors que sur scène, c’est plutôt la tempête.
[Rires]
S : Oui. Les gens qui me connaissent personnellement savent que je suis quelqu’un de très calme. Lorsqu’ils me voient sur scène, ils me demandent souvent : « Quoi ? Tu fais du metal ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? »
La scène est justement une manière d’extérioriser. Je peux être calme dans la vie quotidienne et avoir besoin, à d’autres moments, de hurler sur des gens qui ne m’ont absolument rien fait, mais qui sont précisément venus pour cela. C’est assez génial.
C : À l’époque de mes premiers concerts, j’étais tellement mal à l’aise que je jouais parfois en tournant le dos au public.
Quelqu’un m’a alors dit une phrase qui m’est toujours restée : « Sur scène, tout ce que tu feras correspondra à des choses que les gens n’oseraient pas faire eux-mêmes. »
À partir de là, il n’y a plus vraiment de limite. Même lorsqu’un geste nous paraît absurde ou grandiloquent, il reste susceptible de captiver le public, précisément parce que les spectateurs n’oseraient pas nécessairement le faire eux-mêmes.
Nous en parlions encore récemment en regardant plusieurs groupes au Hellfest. Cette forme de désinhibition fait partie intégrante du rôle de l’artiste.
Quand tu montes sur scène, les gens ne viennent pas voir la personne qu’ils voient tous les jours.
MZ : Ce que tu décris possède presque une dimension thérapeutique, aussi bien pour les musiciens que pour le public.
S : Complètement. Les gens viennent assister à un concert pour voir quelque chose qu’ils ne retrouvent pas dans leur quotidien.
En parallèle du groupe, nous donnons aussi des cours de chant. C’est une idée que je répète souvent à mes élèves lorsque nous travaillons le coaching scénique :
« Quand tu montes sur scène, les gens ne paient pas pour voir la personne qu’ils croisent tous les jours. Ils viennent chercher quelque chose qu’ils ne seraient pas eux-mêmes capables de faire. »
Lorsque je monte sur scène, je montre la partie de moi que j’ai envie de voir exister à cet endroit. Lorsque j’assiste à un concert, j’ai envie de retrouver cette rage, cette énergie et cette volonté de partager.
Écrire sur un monde qui s’effondre
MZ : Qu’est-ce qui nourrit toutes ces tempêtes ?
C : Les aléas du quotidien.
MZ : Certains groupes identifient très clairement l’événement ou le contexte à l’origine de leur musique. Est-ce aussi votre cas ?
S : Oui, en grande partie.
C : Pour le dernier EP, Sofia pourra mieux répondre que moi. Habituellement, toute la partie consacrée aux textes vient d’elle, mais cette fois, nous avons mené un véritable travail de réflexion autour du concept général.
S : Le dernier EP repose sur une grande remise en question autour de l’existence humaine.
Il y a d’abord cette interrogation très simple : pourquoi sommes-nous là ? Mais il y a aussi le constat que nous vivons dans un monde qui semble s’effondrer et dont nous sommes, au moins en partie, responsables.
Une forme de fatalité se dégage de tout cela. L’être humain semble courir vers sa propre perte, et cette idée fait partie de l’atmosphère actuelle. Je pense qu’elle continuera à se développer dans notre musique.
Notre premier album, Éclosion, était très personnel. Il suivait une évolution allant de la naissance vers quelque chose de plus mature.
Heal abordait davantage l’idée du combat, aussi bien celui que l’on mène contre soi-même que ceux qui existent à une plus grande échelle : les guerres, les champs de bataille et les conflits collectifs.
Aujourd’hui, nous nous intéressons davantage à la question de l’effondrement sous différentes formes : sociale, cosmique ou globale. Il y a également toute la question de l’écologie, qui nous touche particulièrement.
Toutes ces interrogations continueront probablement à nourrir notre musique.
Aujourd’hui, nous nous intéressons davantage à la question de l’effondrement sous différentes formes : sociale, cosmique ou globale.
Le cinéma comme prolongement naturel
MZ : Puisque votre musique possède une forte dimension cinématographique, avez-vous déjà eu l’occasion de travailler sur des bandes originales de films ou de séries ?
C : Il y a eu quelques contacts et certains échanges autour de séries diffusées sur Netflix.
S : Rien ne s’est concrétisé pour le moment. Nous travaillons avec un éditeur et il arrive que certains de nos morceaux soient présélectionnés pour des placements à l’image.
MZ : Il existe donc un véritable intérêt pour votre musique dans ce domaine.
S : Oui, nos morceaux ont déjà circulé et été entendus.
MZ : Est-ce une voie que vous aimeriez davantage explorer ?
S : Complètement. Ce serait un formidable aboutissement pour le groupe.
C : Nous ne sommes pas nécessairement engagés dans une démarche active de prospection. Cela reste néanmoins très encourageant lorsqu’on nous annonce que l’un de nos morceaux fait partie d’une sélection.
Alexis travaille depuis longtemps dans le domaine de la musique à l’image et a déjà composé pour plusieurs projets. Il reste assez discret à ce sujet, mais il pourrait certainement en parler beaucoup mieux que nous lors d’une prochaine interview. Cela fait plusieurs années qu’il évolue dans cet univers.
MZ : Et qu’en est-il du jeu vidéo ? Votre musique pourrait parfaitement s’y prêter.
S & C : Oui, complètement.
S : Nous n’avons pas encore eu cette opportunité, malheureusement, mais nous espérons qu’elle se présentera un jour.
Vers un troisième album ?
MZ : Votre dernier EP annonce-t-il déjà un troisième album ?
S : Nous nous posons beaucoup la question. Aujourd’hui, il n’existe plus vraiment de bonne ou de mauvaise stratégie. Il est difficile de savoir s’il vaut mieux sortir des singles, des EP ou directement un album.
Dans le metal, le format album reste néanmoins très important.
MZ : Les habitudes d’écoute évoluent aussi rapidement avec les plateformes.
S : Oui. La question du format reste ouverte, mais nous parlons effectivement d’un nouvel album.
Ouvrir le Hellfest : « On était comme des enfants »
MZ : Il y avait quelque chose de symbolique à voir No Terror In The Bang ouvrir le Hellfest 2026. Une manière de donner un premier avant-goût des enfers ?
S : Exactement. Je trouve que nous avons proposé une belle ouverture. Je me suis sentie extrêmement bien accueillie.
MZ : Le public était déjà au rendez-vous ?
S : Oui, nous avons eu de la chance. Comme nous jouions le mercredi, le site n’était pas encore officiellement ouvert. Les festivaliers présents étaient donc particulièrement attentifs. On sentait qu’ils étaient là pour découvrir les groupes et écouter les concerts.
Depuis, nous croisons régulièrement des personnes dans le festival qui viennent nous dire qu’elles ont aimé notre prestation.
MZ : Ce genre de retour fait du bien ?
S : Oui, énormément.
C : Juste avant le début du premier morceau, quelqu’un dans le public nous a lancé : « N’oubliez pas, vous ouvrez le Hellfest ! »
MZ : Un petit coup de pression…
C : Sur le moment, je ne l’ai pas vécu de cette manière. Je me suis surtout dit : « Mais il a raison… Nous sommes réellement en train d’ouvrir le Hellfest ! »
C’est à ce moment-là que j’ai réalisé à quel point nous occupions une place privilégiée.
Nous sommes réellement en train d’ouvrir le Hellfest.
C : Ce genre de créneau peut parfois être piégeux en festival. Il est encore tôt, tout le monde n’est pas nécessairement arrivé et une partie du public attend surtout les grosses têtes d’affiche.
Finalement, cela ne s’est pas du tout passé ainsi. Il y avait déjà une véritable ambiance, des gens sont restés devant la scène et nous avons été très bien accueillis. Nous avons également bénéficié d’une excellente balance, alors qu’il nous arrive parfois de ne disposer que de quelques minutes avant un concert.
S : L’expérience a aussi été très agréable grâce à toute l’équipe technique. Les deux Nico ont été formidables, alors nous tenons à les remercier.
MZ : Ce type d’expérience vient-il conforter tout le travail accompli ?
S : Oui, vraiment. C’était notre premier Hellfest et nous avions des étoiles plein les yeux. Alexis y avait déjà joué il y a une vingtaine d’années, mais pour nous, c’était une première.
C : Nous avons pris une véritable claque. C’était monumental.
Profiter enfin du festival
MZ : Maintenant que votre concert est passé, parvenez-vous enfin à profiter un peu du festival ?
S : Oui, même si les interviews occupent aussi une partie de notre temps. J’aurais adoré voir Opeth, mais nous n’avons pas pu. Nous nous étions pourtant préparé tout un programme.
Nous comptons notamment aller voir TesseracT.
C : Nous essayons surtout de trouver quelques moments où nous pouvons simplement profiter du festival ensemble.
S : Nous sommes allés voir Bring Me The Horizon.
C : Nous avons aussi vu Igorrr et Papa Roach.
MZ : On parlait justement des créneaux d’ouverture. Nous avons vu Uravena un peu plus tôt et, malgré l’horaire, il y avait déjà énormément de monde et même un circle pit.
S : J’aimerais également beaucoup voir Bloodywood.
C : J’ai découvert Skálmöld. Le public était incroyable. Je connaissais assez peu le groupe auparavant et cela a été une très belle surprise.
MZ : Vous pourrez aussi retrouver Locomuerte.
S & C : Oui ! Ce sont des amis. Nous connaissons certains membres du groupe et nous comptons bien être présents.
« On croise les doigts »
MZ : Pour terminer, nous allons nous permettre une affirmation plutôt qu’une question : nous espérons vous revoir bientôt sur le festival principal, pourquoi pas sur une Mainstage.
S & C : On croise les doigts.
Premier Hellfest, premier concert du festival et premiers retours d’un public déjà conquis : No Terror In The Bang repart de Clisson avec la confirmation d’avoir trouvé sa direction. Entre ambitions cinématographiques, efficacité progressive et identité désormais affirmée, le groupe regarde déjà vers la suite. Le prochain chapitre n’a pas encore de forme définitive, mais une chose ressort de cette rencontre : No Terror In The Bang sait désormais précisément où il veut aller.
Crédits : interview réalisée par Tetralens (Emma B.) et FouPouDav. Merci à No Terror In The Bang.