« Je ne pensais pas faire de la musique mon métier » : notre interview de Nicolas Delestrade (Novelists) en 2018

(Mis à jour le ) à 12h01
Lecture 9 min.
« Je ne pensais pas faire de la musique mon métier » : notre interview de Nicolas Delestrade (Novelists) en 2018 © Tetralens

En 2018, pour la toute première interview de MetalZone, Nicolas Delestrade nous racontait les débuts de Novelists, les premières tournées internationales du groupe, son travail en studio et sa vision de l’industrie musicale. Une conversation que nous republions aujourd’hui dans le cadre de nos archives.

Note de la rédaction : cette interview a été réalisée en 2018 et est republiée avec de légères corrections de forme afin d’en améliorer la lecture. Les propos, fonctions et informations mentionnés reflètent la situation au moment de l’entretien.

Tournées et vie sur la route

Pour commencer, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Nicolas, je suis bassiste et manager du groupe de metal français Novelists. Nous sommes basés à Paris. Je m’occupe aussi d’une partie de la production avec Amaël.

En ce moment, je m’éloigne un peu de la production pour recommencer à composer. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas fait. Je n’ai encore jamais écrit de morceau pour Novelists, donc je commence doucement. Ça me manquait : j’écrivais beaucoup dans mon ancien groupe.

Vous avez récemment fait votre première tournée en Asie. Comment ça s’est passé ?

Je pense que c’est la meilleure tournée qu’on ait jamais faite. L’Asie est vraiment différente, et la Chine tout particulièrement. On s’attendait à ce que personne ne nous connaisse, notamment parce qu’une grande partie des plateformes qu’on utilise habituellement n’y sont pas accessibles.

Finalement, le public était au rendez-vous et les gens étaient totalement fous. C’était vraiment une expérience de dingue.

Quel est ton meilleur souvenir de tournée ?

Ce ne sont pas forcément les concerts. Souvent, ce sont plutôt les jours de repos, quand on peut enfin se poser. J’essaie d’organiser une activité sympa pour souder le groupe et éviter qu’on devienne simplement des collègues.

Ce que je retiens, c’est parfois juste un bon Airbnb, un bon resto ou un moment sans stress entre potes. Ce sont souvent ces moments-là qui me marquent le plus.

Vous revenez aussi tout juste de votre première tournée américaine. Comment ça s’est passé ?

Ça s’est très bien passé, surtout financièrement. On s’attendait à perdre de l’argent. Une première tournée aux États-Unis pour un groupe européen implique énormément de frais et on avait environ 30 000 dollars à rembourser.

On s’était dit que ce n’était pas grave si on terminait dans le rouge, parce qu’on pourrait revenir plus tard dans de meilleures conditions. Finalement, on est rentrés en positif, notamment grâce au merch. C’était une vraie bonne surprise.

Quelle est la plus belle rencontre que tu as faite en tournée ?

En octobre 2017, pendant une tournée avec Make Them Suffer, on avait loué un camping-car qui était vraiment dégueulasse. Au bout de trois jours, on s’est arrêtés dans une station de lavage au milieu de la campagne écossaise pour tout nettoyer.

Il n’y avait pratiquement rien autour, à part la station et un vieux monsieur super sympa. Il nous a aidés à tout nettoyer sans nous faire payer, puis il nous a montré sa moto, offert des bières et raconté sa vie pendant une heure. C’était adorable.

Musique, influences et avenir de Novelists

Pourquoi as-tu choisi de faire de la musique ?

Je ne sais pas vraiment, ça m’est un peu tombé dessus. Je devais aller en prépa pour une école d’ingénieurs, mais j’ai refusé et je suis allé à la fac. Comme j’avais sauté deux classes, je me suis retrouvé seul en appartement à 16 ans et demi.

Je n’avais absolument pas la discipline nécessaire pour aller en cours, donc je glandais et je jouais de la guitare. Je voyais beaucoup Charly, qui était dans Novelists jusqu’à l’année dernière. Il me faisait écouter du metal et me montrait des trucs à la guitare.

On a fini par monter un groupe, puis Novelists est arrivé. Tout s’est fait assez naturellement. Je ne pensais pas faire de la musique mon métier.

Quels artistes ou albums écoutes-tu le plus en ce moment ?

Je n’écoute pas énormément de metal. J’aime bien Northlane ou Polaris, mais globalement j’écoute davantage de pop : Camila Cabello, Justin Bieber, Halsey… plutôt de la soupe, quoi.

J’écoute aussi Deftones et Bring Me The Horizon. J’ai notamment beaucoup aimé Medicine. Leur producteur, Dan Lancaster, est quelqu’un dont je suis vraiment fan.

J’en ai un peu marre des producteurs qui apportent uniquement un côté technique et cherchent le son parfait. À force, tout finit par se ressembler. Dan Lancaster, en plus d’être un excellent ingénieur du son, apporte une vraie personnalité à ce qu’il produit.

Quelle est ta chanson préférée de Novelists ?

Twenty Years, parce que c’est la première chanson qu’on a sortie. Elle aura toujours une valeur sentimentale particulière.

Nos goûts évoluent aussi en fonction de la réaction du public. Il y a des morceaux que j’adorais avant leur sortie et que j’aime moins aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas tellement fonctionné. À l’inverse, je n’aimais pas énormément Souvenirs au départ, mais elle a tellement marché que j’ai fini par l’apprécier davantage.

Parmi mes favorites, il y a aussi À Travers Le Miroir et Monochrome.

Est-ce que le prochain album de Novelists sera un album concept comme Noir ?

Non, je ne pense pas. Noir est un album particulier. Nos labels nous ont dit que c’était peut-être trop tôt dans notre carrière pour sortir un disque comme ça, et ils ont probablement raison parce qu’une partie des fans ne nous a pas suivis.

Avec Noir, on voulait simplement faire ce qui nous plaisait. On l’a un peu regretté ensuite, en se disant qu’on aurait peut-être dû sortir ce genre d’album en troisième ou quatrième position.

Le suivant devrait donc être plus classique dans sa construction : une collection de morceaux différents, sans lien conceptuel particulier. On veut innover tout en conservant ce que les anciens fans apprécient chez Novelists et essayer aussi de toucher de nouvelles personnes.

Mais j’aimerais refaire un album concept à l’avenir. Quand j’écoute Noir de A à Z, je trouve que c’est vraiment un disque cohérent. L’idée des quatre mouvements vient de Flo, qui est guitariste classique à la base et voulait apporter quelque chose de cette tradition au metal. Ça nous a permis d’exprimer plusieurs facettes du groupe.

Y aura-t-il des featurings sur le nouvel album ?

Oui, je pense. D’ailleurs, on ne devait pas forcément avoir Jesse Cash d’Erra sur Joie De Vivre. À l’origine, on avait simplement du mal à trouver un refrain. J’ai envoyé le morceau à Conor d’Erra, qui a demandé à Jesse de proposer une mélodie.

On a adoré ce qu’il avait fait, mais Jesse a une voix tellement haute que Mattéo ne pouvait pas vraiment reprendre la ligne. Comme on aime beaucoup les gars d’Erra, on a finalement décidé de garder sa voix telle quelle.

Production et industrie musicale

Quelle est l’importance du marketing dans le monde de la musique ?

Le marketing est important, mais pas autant que je le pensais. Certains groupes sont devenus énormes grâce à ça, mais tout dépend du public auquel tu t’adresses.

Le marketing sert surtout à amener la musique jusqu’aux oreilles des gens. Mais si le produit n’est pas bon, tout le monde s’en fiche. Le plus important reste donc de faire de la bonne musique. Le marketing vient ensuite : ce n’est pas la clé du succès, seulement un élément dans une longue chaîne.

Quels artistes de la scène metal actuelle te semblent sous-estimés ?

Alazka. Je ne comprends pas pourquoi le groupe n’est pas plus gros. À mes yeux, c’est vraiment l’un des groupes les plus sous-estimés.

En France, je dirais Landmvrks, même s’ils commencent déjà à faire du bruit, ainsi que Kadinja.

Comment est né le DNA Music Studio ?

Il y a quelques années, avec mon premier groupe, on est allés chez un ingénieur du son. Ça a coûté cher et le résultat était catastrophique. Je n’y connaissais rien, mais je trouvais que ça sonnait mal.

J’ai donc commencé à enregistrer et mixer tout seul. Je n’étais pas très bon au départ, mais j’ai beaucoup travaillé et j’ai progressivement commencé à en faire un business. J’ai enregistré pas mal de groupes parisiens.

Je n’avais pas vraiment prévu d’en faire mon métier, mais ça me plaisait et c’est devenu de plus en plus sérieux. Amaël a lui aussi beaucoup progressé, donc on a monté le DNA Music Studio ensemble afin de mieux répartir la charge de travail.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à produire pour toi ?

La batterie. C’est l’un des instruments les plus difficiles à bien capturer. Il faut que le batteur soit très bon, que la batterie soit bien accordée, que les micros soient correctement choisis et positionnés… Sinon, il faut renforcer la performance avec des samples ou tout programmer.

Pour Novelists, par exemple, Eyes Wide Shut est le premier morceau avec une vraie batterie enregistrée. Avant ça, tout était en MIDI.

On fait un peu partie de la génération sauvée par le MIDI. On s’est habitués à ce que tout puisse sonner bien très rapidement, et je ne suis pas sûr que ça nous ait toujours rendu service.

La question des pâtes

Pour conclure, quelles sont tes pâtes préférées ?

J’ai plusieurs envies différentes, mais globalement, ce sont les torsades de Barilla Academia. Elles sont juste extraordinaires. Il y a aussi les linguines de De Cecco et les serpentinis de Panzani.

Dans le groupe, on accorde beaucoup d’importance à la nourriture. Si, dans une journée, tout est pourri mais qu’on mange des pâtes au pesto, ça devient la meilleure journée du monde.

Plus d'actus sur Novelists

L'actu Metal Progressif