« L’industrie nous demande de ne pas trop l’ouvrir » : Kill the Princess dénonce les obstacles rencontrés par les femmes dans le metal et raconte son éviction d’une programmation

(Mis à jour le ) à 17h43
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« L’industrie nous demande de ne pas trop l’ouvrir » : Kill the Princess dénonce les obstacles rencontrés par les femmes dans le metal et raconte son éviction d’une programmation © Tetralens

Le 19 septembre dernier, Kill the Princess se produisait à l’Espace Icare, à Issy-les-Moulineaux, dans le cadre d’un concert organisé par le Réacteur. Avant de monter sur scène, nous avons rencontré les quatre musiciennes pour parler de la place des femmes dans le rock et le metal, de leur engagement féministe, de leurs influences et de leur parcours.

Fondé en 2019 par Nell, Kill the Princess prend véritablement forme en 2021 avec l’arrivée de Céline (basse/chœurs) et Emilie (guitare), puis d’Eva (batterie) en 2022. Avec deux albums, dont le dernier paru en 2025, et un EP de reprises, le groupe défend un mélange de pop et de metal, porté par des textes engagés et personnels.

Avec nous : Nell au chant et à la guitare, Céline à la basse et aux chœurs, Emilie à la guitare et Eva à la batterie.

Kill the Princess : un groupe de femmes pour faire du rock et du metal

MZ : Bonjour Kill the Princess, comment allez-vous ?

KTP : Très bien… Excitées, pressées de jouer, comme toujours.

N : Toujours un peu d’appréhension et de stress parce que, de toute façon, je pense que c’est le métier qui veut ça aussi.

EV : C’est bien de jouer pas loin de la maison. Bon, c’est loin de chez toi, Emilie…

N : Tout est loin du Nord en même temps.

MZ : Ornella, tu démarres le projet seule… Quelle est l’idée de départ ? Tu te lances en solo ou tu cherches déjà des musiciennes ?

N : Tu peux m’appeler Nell, personne ne m’appelle Ornella. Ou alors quand on m’engueule : « ORNELLA !!! »

[Rires]

N : Alors, je n’ai pas vraiment commencé seule. Par contre, la volonté de chercher des musiciennes, c’était clairement ça. J’ai monté le groupe avec mon ancienne bassiste. Et oui, on a galéré à trouver des femmes. À chaque fois qu’on postait des annonces, c’était des gars : « Et si je mets une perruque ? », bref, ce genre de clichés. Avec Marine, on a trouvé des musiciennes assez rapidement, puis il y a eu le Covid. Je pense que des directions ont été prises assez rapidement, qui n’étaient pas du tout les mêmes. Du coup, j’ai changé tout le line-up après le Covid. C’est comme ça que tout le monde est arrivé à partir de 2021.

MZ : Dès le départ, c’est donc un projet de groupe et non un projet solo…

N : Non, je n’ai jamais voulu me dire : « Tiens, ce sera solo. » J’en avais déjà eu un, je n’avais pas besoin de ça. J’avais besoin de créer un groupe de meufs pour faire de la musique entre meufs. Montrer qu’on pouvait faire tout aussi bien que les mecs, surtout dans le rock et le metal.

« On fait du rock et on est féministes »

MZ : De quoi parlent vos textes ? Qu’est-ce qui vous anime ?

EM : Eh bien, de plein de choses. Vu qu’on est un groupe féministe, engagé et queer, ça parle principalement de ça. De la place des femmes dans le monde en général. On prend le prisme de la musique, mais c’est ça : le plafond de verre quand on est une femme, ce genre de choses. On parle aussi de toxicité, de masculinités toxiques, de harcèlement de rue, et puis d’autres histoires plus personnelles.

N : Oui, beaucoup de sexisme ordinaire, vraiment les trucs qu’on vit au quotidien… On va même plus loin, car on parle de corrosion dans l’humanité. On a une chanson, qu’on va bientôt sortir en clip, qui parle vraiment de cette question : « On ne sait plus qui sont les gentils et qui sont les méchants ? » Et puis il y a des trucs plus personnels, de l’introspection, car la musique permet de guérir en parlant de certains sujets qui t’ont blessée. C’est un exutoire, et je pense qu’il faut le faire.

MZ : J’ai lu de vous : « On ne fait pas du rock féministe, on fait du rock et on est féministes. » Vous pouvez nous préciser ce que vous voulez dire ?

N : On existe en dehors de la musique, notre féminisme existe en dehors. Je pense que c’est hyper important de faire la différence. Ça se retrouve dans notre musique. À partir du moment où tu as des textes engagés quand tu es une femme, on te définit forcément comme féministe. Il y a des rapprochements qui se font quand tu es une femme, mais qui ne se feraient pas si tu étais un mec qui parlerait de ces sujets-là. C’est cette petite différenciation : on est féministes et on fait de la musique. Il y a plein de gens engagés qui ne le sont pas forcément.

MZ : Vous vous engagez aussi en dehors du groupe ?

N : Politiquement, oui, forcément. En tout cas pour moi, mes choix de vote vont vers des partis qui sont pour l’humanité, avec une vision plus globale que le féminisme. Et même dans nos actions de groupe, on essaie, autant que faire se peut, de parler de féminisme. On a fait des actions culturelles auprès de jeunes, des échanges après les concerts, on essaie de rayonner comme on peut. Après, quand tu as la tête dedans et que tu vois les gens qui sont vraiment à fond, tu te dis que toi, tu es un petit caca à côté. Nous, on l’a un peu facile en étant musiciennes. Je connais des meufs féministes qui font des trucs bien plus oufs que nous.

C : Oui, c’est ça. On peut quand même parler d’un engagement permanent de notre part, mais ce n’est pas à la hauteur de ce que font certaines femmes qui se démènent vraiment en tant qu’activistes. Cela dit, on essaie que ça soit ancré dans notre gestion et notre vision quotidienne du projet. Cela passe aussi par le fait de privilégier, autant que possible, le travail avec des femmes, qu’elles soient artistes ou techniciennes, dans tous nos projets. Et puis, plusieurs années de suite, on a fait des concerts pour Octobre rose, des concerts caritatifs…

MZ : Vous êtes donc un vecteur de soutien, quelque part…

C : Un soutien, oui, plus qu’à l’origine d’actions. C’est aussi notre métier qui fait qu’on peut prendre la parole. On peut se faire entendre parce qu’on a des micros et qu’on est face aux gens. Ce rôle de vecteur, cette possibilité d’amener les gens à prendre la parole, c’est ce qu’on peut le plus facilement exploiter.

N : Ce qui est assez paradoxal, c’est que l’industrie, au contraire, nous demande de ne pas trop l’ouvrir. Et parfois, c’est : « Vous êtes sûres de vouloir dire que vous êtes engagées ? » « Bah en fait, tu as vu nos textes ? » C’est un peu ridicule.

EM : On a l’exemple d’un gars qui nous vire de la programmation parce qu’on a osé l’ouvrir, simplement parce qu’on avait demandé de ne pas partager les loges avec No One Is Innocent, par exemple. Débile…

N : Je n’irais pas jusque-là, mais malintentionné. Car c’est vraiment de la malintention de programmer encore des agresseurs comme ce gars-là, sans comprendre que nous, on a besoin de sécurité. À un moment donné, faut qu’ils comprennent qu’il ne faut pas mettre un groupe comme ça avec un groupe de meufs féministes. Voilà, nous, on veut prendre notre place, mais faut quand même pas pousser.

EM : La réponse, c’est : « On verra une prochaine fois pour vous faire venir. »

La place des femmes dans la musique : représentation, éducation et maternité

MZ : Selon vous, pourquoi manque-t-il des femmes dans le monde de la musique ? Pourquoi sont-elles souvent cantonnées au rôle de chanteuse ou à une image ? Et comment peut-on agir ?

C : Je dirais qu’il y a une problématique de légitimité et de représentation. Comment peut-on agir là-dessus ? Au moins sur ce sujet-là, car c’est plus vaste. Eh bien, en montant sur scène, en prouvant chaque jour que oui, on est des femmes, des femmes batteuses, bassistes, guitaristes, chanteuses, avec des femmes techniciennes à nos côtés. Et c’est comme ça que la petite fille, la jeune fille ou l’ado qui nous observe…

N : Ou pas que !!! Ou la dame qui en rêve depuis 40 ans et qui se dit : « Ah, mais en fait, je peux peut-être le faire. »

C : Exactement. C’est vrai qu’on a beaucoup de femmes d’âge mûr qui nous disent : « Ah, mais moi, j’ai toujours rêvé de jouer tel instrument », etc. Beaucoup de femmes viennent nous voir à la fin des concerts. Et je parlais des jeunes filles et des enfants parce que tout ça passe fondamentalement par l’éducation. C’est ça qui permet de changer le monde un jour, quel que soit le sujet : rééduquer cette société.

MZ : Est-ce qu’on peut éveiller les jeunes filles à la musique dès l’école, par le biais des associations, etc. ?

N : Après, si je peux me permettre, c’est un problème global. Ce n’est pas une responsabilité qui concerne uniquement les jeunes filles, c’est plus large que ça. Je pense que ce n’est pas juste éveiller les petites filles au fait qu’elles peuvent prendre leur place, c’est aussi éveiller les petits garçons à ne pas être des gros cons avec les filles. C’est apprendre aux enfants qu’il existe des êtres humains de toutes sortes, qui viennent de tous horizons, que personne n’est identique à toi et que ce n’est pas grave. Tu n’as pas besoin de rentrer dans un moule. Juste ramener les enfants vers la tolérance. Le féminisme, à la base, c’est de l’égalitarisme, ce n’est pas les femmes au-dessus des hommes, pas du tout. Et il y en a beaucoup qui font l’amalgame, je trouve ça juste dingue.

EM : Et ils l’opposent au terme masculiniste, qui ne veut pas du tout dire la même chose, alors que le mot peut le laisser penser. Mais c’est pas du tout ça. Il ne faut pas différencier selon le genre ou le sexe : « Tu es une fille, tu vas faire de la danse. » Faut arrêter de mettre les gens dans des cases. Juste les laisser s’exprimer comme ils veulent et faire ce qu’ils veulent.

C : Dans notre cas, ce n’est pas « laissez-les faire », c’est « incitons-les à le faire ». Aujourd’hui encore, par le biais des associations, des concerts, on est obligés d’inciter cette société à bouger sur ce sujet. Cela ne se fait pas naturellement. C’est encore très grippé tout ça.

EV : Après, on voit qu’il y a quand même une évolution chez les jeunes, je trouve… J’ai des exemples concrets de petites filles et de filles un peu plus âgées qui se sont ouvert l’esprit et se sont lancées dans l’apprentissage d’un instrument comme la batterie, qui est catégorisée comme masculine. Donc ça, c’est hyper touchant. Mais on remarque qu’il y a vraiment peu de femmes qui s’engagent professionnellement, et ça, c’est encore un sujet. Le métier est tellement instable…

N : Il y a la pression de la société qui veut que l’enfant soit la responsabilité de la femme. Pourquoi tu crois que la majorité des femmes ne font pas carrière ? Parce qu’elles ont des enfants. Il n’y a pas d’autres explications, elles ne sont pas moins capables, pas moins présentes, pas moins intéressées. On leur met les mioches dans les jambes et démerde-toi avec ça, c’est ta responsabilité. À croire que les femmes font des enfants toutes seules, c’est quand même dingue !

C : Là, on est sur une problématique lourde et multiple pour les femmes dans la musique. Parce que pour la société, non seulement musicienne, ce n’est pas un métier stable, mais alors imagine, tu es batteuse et tu veux être maman. Tout le monde va te dire : « Mais tu es une dingue ou quoi ? Tu vas coucher sous les ponts. » Bah non, c’est possible. Je suis maman de deux enfants, c’est dur, c’est compliqué, mais c’est possible. Mais je ne suis pas batteuse ! [Rires] Quand tu as des enfants, tu sais que tu ne peux plus déconner, tu as une pression qui est énorme. Donc faut oser…

EM : Les hommes, ils osent, les papas.

C : Les hommes, ils osent effectivement…

N : Tout ça pour dire : laissons les femmes faire ce qu’elles veulent et laissons les petites filles faire de la batterie si elles en ont envie.

C : Incitons-les même…

MZ : Du coup, Kill the Princess, vous êtes pour les régicides ?

[Rires]

N : On est clairement pour tuer tous les préjugés autour de la princesse qui a besoin de son prince charmant pour se faire sauver, ouais.

Du « pétale » : entre Gojira et Lady Gaga

MZ : Quel est votre style de musique ? Comment vous le définiriez ? Et quelles sont vos influences ?

EV : Pop-metal, ça fait du pétale.

[Rires]

EV : Non, mais il y a des riffs qui te donnent envie de headbanger et des refrains assez catchy qui te font penser à de la pop très mélodique.

MZ : J’ai le droit de l’écrire dans l’interview, « pétale » ? J’adore.

EV : Oui. Après, on a toutes des influences un peu différentes… Moi, j’écoute beaucoup de pop, et sinon j’ai grandi avec le rock classique, AC/DC, Guns N’ Roses.

C : Metal, je suis très metal, c’est ce que je préfère, mais j’écoute de tout.

N : Moi, je suis vraiment le cul entre deux chaises. J’ai beaucoup écouté de pop toute mon adolescence, mais aussi beaucoup de rock et de metal alternatif. Il me faut quand même toujours ce côté un peu mélodique, même si j’adore My Own Private Alaska où le mec passe son temps à crier. Mais comme il y a un piano derrière, je trouve ça génial. Moi, c’est beaucoup Paramore, Hayley Williams ou Alanis Morissette, j’adore. Linkin Park, et après 36 Crazyfists, qui est un groupe de metalcore d’Alaska. J’ai toujours eu cette ambivalence : « Je veux des trucs violents mais tout doux, mais des trucs violents quand même. » Et ce côté très entêtant, qui reste bien en tête, avec des surprises.

EM : J’écoute de tout, le rock étant quand même la grande famille que j’écoute le plus. J’ai grandi avec du classique, mes premières années de musique étaient dans le classique. Dans ma playlist, il y a de tout, autant du Vivaldi que du Gojira, du Muse ou de l’électro. Beaucoup d’électro en concert, à la salle, c’est du metalcore. C’est très diversifié et le principal, c’est que ça me touche, avec quand même une mélodie derrière.

N : Un truc qu’on n’a pas dit, mais pop-metal, faut que tu imagines Gojira et Lady Gaga dans la même pièce.

[Rires]

Reprises et boycott : peut-on séparer l’artiste de son œuvre ?

MZ : Vous avez un EP de reprises. Quelle est l’idée derrière ce projet, sachant que vous aviez déjà sorti un album avec vos propres textes ?

N : Nous, on aime bien que les gens aient quelque chose à se mettre sous la dent. On faisait des reprises avant, le groupe a été créé comme ça. On a sorti l’album et après on s’est dit : « Attends, on ne va quand même pas passer deux ans à rien sortir, autant faire quelque chose qu’on a sous le bras. » C’est-à-dire les reprises qu’on a réarrangées à notre sauce. Dans la foulée, on a rajouté une version acoustique d’une de nos chansons. Parce qu’on aime bien aussi faire l’inverse : prendre des chansons pop et en faire du metal, et prendre nos propres chansons, plutôt metal, pour en faire de la pop, voire de la folk. C’est un truc qui nous amuse.

C : Et ça nous arrive de jouer un peu en acoustique d’ailleurs, on fait des arrangements de nos compos.

EV : Mais pour l’EP de reprises, il y avait des demandes. Les gens nous demandaient si c’était possible de retrouver les morceaux parce qu’ils aimaient ce qu’ils écoutaient en concert.

MZ : On peut y voir Sweet Dreams en mashup avec Seven Nation Army. Vous pensez à Eurythmics ou Manson ?

KTP : C’est un peu tout vu… Eurythmics, c’est clair.

MZ : Cela pose aussi la question de la séparation entre l’artiste et son œuvre, notamment au regard des accusations visant Marilyn Manson. Quel est votre positionnement par rapport à cela ?

N : Il faut en parler, de là à faire les reprises, non. Dernièrement, on a eu une conversation là-dessus car on reprenait une chanson de Katy Perry. On s’est dit : « Non, on va arrêter de reprendre du Katy Perry. » On ne reprend que des titres de femmes, on a quand même moins de chances d’avoir des agresseurs… mais il en existe. À un moment donné, tu ne peux pas différencier l’homme ou la femme de l’artiste.

C : Moi, je suis radicale sur ce sujet, parce qu’en fait, quand on interprète et reprend à son compte la musique des abuseurs, on leur file du fric et on les met en avant. Je trouve cela dégueulasse parce que la seule chose qu’on pourrait se permettre de faire, c’est citer leurs noms, les dénoncer et redire à quel point c’est navrant et dégueulasse, mais absolument pas mettre en valeur leur travail. Quelle que soit la qualité artistique du travail, à partir du moment où des limites majeures ont été franchies au détriment de la vie humaine, car tous ces abuseurs font du mal et détruisent des vies, on ne doit absolument pas cautionner ça. Moi, c’est boycott 100 %.

MZ : Du coup, vous n’allez pas nous faire une petite reprise de Rammstein ou Noir Désir ?

N : Ah non, non. Pourtant, on sait que Cantat écrit très bien, mais non.

MZ : Mais peut-être qu’on va avoir le droit à un « Goji Gaga »…

[Rires]

N : Ce qu’on a fait, c’est qu’on a repris une version de Born This Way de Lady Gaga. Pour les arrangements, je me suis inspirée d’un riff de Slipknot, Psychosocial.

L’Empreinte et Bands-Camp : des accompagnements pour développer le groupe

MZ : J’ai vu que vous aviez travaillé avec la SMAC de l’Empreinte à Savigny-le-Temple, et actuellement avec la Bands-Camp Académie. Vous pouvez nous parler de ces dispositifs ?

C : L’Empreinte est une SMAC à Savigny-le-Temple. Il existe des dispositifs d’accompagnement portés par les SMAC et d’autres salles, et nous, on cherchait un lieu pour nous aider. Le dispositif consiste à nous ouvrir leurs portes, à nous faire bénéficier d’un accompagnement technique, de locaux et de matériel. On peut aller répéter dans leurs locaux, bénéficier d’une aide au réseautage et de conseils pour développer le projet.

N : Et en outre, c’est aussi eux qui nous permettent de faire des actions culturelles. En début d’année, on a fait une intervention avec une classe de 6e et ça, c’est très très cool. Ou aussi dans une maison médicalisée, avec des personnes en situation de handicap. Ça peut prendre plusieurs formes, ça peut être un concert. Avec la classe de 6e, on a réécrit une chanson et Céline a fait un… zut, le nom…

C : On a fait faire un fanzine à la mode des Riot Grrrl, à l’ancienne. C’était dans le thème de la chanson qui avait été réécrite par la classe avec Nell. Du coup, il y a une transmission, un éveil culturel sur certains sujets grâce à ça. Et un échange surtout.

MZ : Cela doit être très enrichissant pour vous aussi.

C : Oui, cela donne beaucoup de sens.

N : Et même jouer devant des publics qui n’ont pas accès à la culture, par exemple des personnes en situation de handicap, j’avais les poils car les gens donnent de l’amour… Je me rappelle encore d’une dame qu’on avait vue lors d’une action culturelle et qui est revenue nous voir quand on a joué dans la maison médicalisée quelques mois plus tard. Elle est venue me voir : « Mais tu m’as reconnue ? » Mais oui ! Et elle était trop contente. Des fois, il suffit de rien.

Et pour Bands-Camp, c’est une formation liée à l’AFDAS. On est toutes les quatre intermittentes du spectacle et tu as droit à des formations tous les ans. On a choisi celle-ci, qui est gérée par un couple de fous furieux. Ils ont des complémentarités dans leurs manières de travailler qui sont super. Notre interlocuteur principal, c’est Nicolas Yves Cayrol, un ancien chef d’orchestre. Il a monté cette espèce d’incubateur où il fait venir plusieurs groupes pendant une semaine pour travailler le jeu de scène…

C : Avec Cécile Pissard-Maniguet, sa compagne.

N : Le but, c’est surtout d’échanger avec les groupes sur place. Et ce qui était dingue, c’est qu’on s’est retrouvés à ne pas bosser des temps énormes. En deux heures, le gars te dit : « Là, fais ça » et tu n’y crois pas. Mais aux concerts suivants, tu as tous tes potes qui te disent : « Waouh, mais vous avez pris du grade ! »

C : Il voit le détail qui tue, il suggère des trucs, après on essaie et vraiment, tu as l’impression que c’est pas une révolution, et pourtant…

N : Bands-Camp nous accompagne sur un an et demi, après cette formation de six jours. Ce qui est cool, c’est que tu es dans une sorte de réseau avec d’autres groupes, des contacts, plein d’idées. C’est leur grande force, j’adore ça.

C : Et faut dire que c’est en Savoie que cela se passe, et le paysage est grandiose. C’est une formation où tu es en salle avec sept groupes. Il y a le réseautage, mais aussi le fait d’apprendre des autres. Et puis il y a un challenge : on sait d’avance que chaque groupe va jouer un soir de la semaine. Il y a une scène sur la place de la ville où les gens, qu’ils soient en vacances ou du coin, viennent écouter des concerts tous les soirs. Donc c’est un mini-festival.

N : C’est le off de Rock the Pistes.

C : L’idée de Nico Cayrol, c’est de te foutre intentionnellement dans les pires conditions possibles et de voir ce que tu donnes. Le premier truc que tu fais à Châtel quand tu arrives, c’est que tu t’installes à l’arrache, personne ne te donne de conseil, tu as 10 minutes pour t’installer et tu joues trois morceaux devant tout le monde, sans connaître personne. À partir de là, tu commences à déconstruire et à apprendre toute la semaine à gérer cela autrement. Et je pense honnêtement que, ne serait-ce qu’il y a une heure, quand on a fait nos balances, il y a des choses qu’on a faites correctement grâce à ça. Alors que pourtant, cela faisait déjà des années qu’on tournait.

N : Il y a toujours à apprendre. À partir du moment où tu penses que tu n’as plus rien à apprendre, c’est qu’il y a un problème dans ta manière d’envisager ton métier.

Music Maze, un label associatif pour avancer indépendamment

MZ : J’ai vu une référence à un label, Music Maze. C’est le vôtre ?

N : C’est le nôtre.

C : Un label associatif.

N : Parce que quand tout le monde te dit : « Fais plus de chiffres, fais plus de concerts, fais plus et après on verra », eh bien, on se dit non, on va faire sans vous et on verra bien. On a monté notre structure.

MZ : Vous l’avez donc créé pour vous. Vous envisagez d’accueillir d’autres groupes ?

N : On aimerait bien, mais c’est vrai que c’est déjà très chargé pour juste notre groupe…

C : C’est un deuxième métier, là on a déjà douze métiers chacune pour faire tourner KTP.

N : Mais oui, à terme, on aimerait bien.

Un clip pour Grim Survival et des concerts à venir

MZ : Quelle est la suite pour Kill the Princess ? Vous parliez d’un clip ?

N : Oui, on tourne un clip la semaine prochaine, sur la chanson Grim Survival, qui est sur l’album. Celle où on ne sait pas qui sont les méchants et qui sont les gentils. Le titre sortira pour Halloween. Il y a une raison, mais on ne veut pas trop en dire. Et après, on continue de faire des concerts.

On a plusieurs dates. Il y a un festival en décembre pour récupérer des jouets pour les enfants, à Cherbourg-en-Cotentin. On partage l’affiche avec Bukowski.

C : Et le festival s’appelle Toys in the Metal Rock City, yeah !

N : Il faut venir car toutes les recettes serviront à acheter des jouets.

Merci au Réacteur et à l’Espace Icare pour leur accueil.

Crédits : interview réalisée par FouPouDav et Tetralens (Emma B.). Merci à Kill the Princess.

Prochains épisodes : le 7 novembre, nous aurons l’occasion d’interviewer Skoma et Vicious Reign lors de leur concert à Issy-les-Moulineaux.

Cet entretien a été édité pour plus de clarté et de fluidité.

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