“Quand Lars est venu me faire écouter le mix, je lui ai dit : ‘C’est quoi ça ?’” : pour le producteur de Metallica, la basse effacée de …And Justice For All était peut-être une tactique pour contrarier Jason Newsted

à 11h32
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“Quand Lars est venu me faire écouter le mix, je lui ai dit : ‘C’est quoi ça ?’” : pour le producteur de Metallica, la basse effacée de …And Justice For All était peut-être une tactique pour contrarier Jason Newsted
© YouTube & Marko Zamrznuti tonovi / Shutterstock.com

Trente-sept ans après sa sortie, …And Justice For All continue d’alimenter les débats. Le producteur Flemming Rasmussen, pourtant à l’origine de l’un des sons les plus emblématiques du metal, admet aujourd’hui ne toujours pas comprendre pourquoi la basse a été quasiment effacée du mix final — mais avance une hypothèse longtemps tu : une forme de provocation à l’encontre de Jason Newsted.

Flemming Rasmussen : “Vous avez oublié la basse”

Dans une interview récente accordée à Radio Futuro, Flemming Rasmussen, producteur historique de Metallica, est revenu sur le mix controversé de l’album …And Justice For All, sorti en 1988. Malgré la place de classique qu’occupe ce disque dans l’histoire du metal, son mixage — marqué par l’absence quasi totale de la basse — reste un point sensible, aussi bien pour les fans que pour les musiciens impliqués.

“Quand Lars est venu me faire écouter le mix, je lui ai dit : ‘C’est quoi ça ?’. Il m’a répondu : ‘C’est le mixage final’. J’ai répondu : ‘Non, pas du tout. Vous avez oublié la basse’”, a déclaré Rasmussen. S’il n’a pas participé au mix, déjà confié à Steve Thompson et Michael Barbiero avant son arrivée, le producteur reste stupéfait par ce choix. “J’ai demandé mille fois pourquoi ils avaient fait ça. Je ne sais toujours pas”.

Un choix délibéré pour faire réagir Jason Newsted ?

Jason Newsted, qui avait succédé à Cliff Burton en 1986, enregistrait ici son premier album de compositions originales avec Metallica. Pour Rasmussen, la disparition de la basse dans le mix pourrait refléter une tension latente au sein du groupe : “Je pense qu’une partie de la décision vient du fait qu’ils réalisaient qu’ils n’avaient plus Cliff. Ils n’arrivaient pas à s’approprier le son de Jason”. Il ajoute, en spéculant : “Et puis, Jason faisait tout ce qu’on lui disait. Il ne remettait jamais rien en question. Je crois qu’ils ont baissé la basse juste pour l’énerver un peu… mais il n’a jamais réagi”.

Steve Thompson, l’un des mixeurs, a confirmé cette version dans plusieurs interviews, expliquant que Lars Ulrich tenait à un son de batterie très précis, quitte à sacrifier les basses fréquences. “J’ai mixé la basse pour qu’elle fonctionne avec les guitares. Lars a écouté cinq secondes et a dit : ‘Baisse-la’. Puis encore ‘baisse-la de 5 dB’… à ce stade, on n’entendait plus rien”, a-t-il raconté à Dean Cramer.

Un album mythique malgré tout

Sorti le 25 août 1988, …And Justice For All est un tournant pour Metallica. Complexe, technique, engagé, l’album marque aussi la première vidéo du groupe sur MTV avec le single One. Malgré les tensions internes et les critiques sur son mix, il a été certifié huit fois platine aux États-Unis et reste l’un des disques les plus influents de Metallica.

James Hetfield a souvent défendu ses choix : “On voulait le meilleur son possible. On était cramés, sur les routes, les oreilles fatiguées. Plus on montait les aigus, plus les basses disparaissaient”, a-t-il déclaré dans plusieurs interviews. Pour lui, il n’a jamais été question de punir Jason : “Pourquoi remixer l’album aujourd’hui ? Ce serait comme modifier la Joconde pour lui faire un plus beau sourire”.

Héritage et influence

Plusieurs musiciens ont depuis exprimé leur frustration ou leur admiration. Jason Newsted lui-même a confié à Metal Hammer qu’il était “furieux” à la découverte du mix final. De son côté, John Dolmayan (System of a Down) considère que …And Justice For All est “le meilleur album de Metallica”, estimant que le groupe y était “au sommet de sa forme émotionnelle”.

À l’inverse, le bassiste Steve Di Giorgio (Testament) juge que cet album a eu un impact négatif sur la production metal des années 90 : “Il a lancé une tendance où la basse était mixée en retrait. Cela a nui à l’équilibre du son metal”, a-t-il expliqué à D’Addario & Co.

Quant à Bob Rock, producteur du Black Album, il n’a jamais caché son incompréhension : “L’album n’avait pas de profondeur. En live, le groupe avait un son massif. Le disque ne reflétait pas ça”.

Malgré les controverses, …And Justice For All reste l’un des disques les plus influents de son époque. Comme l’a récemment résumé Rasmussen avec humour : “Apparemment, c’est l’album qui a poussé le plus de gens à monter un groupe. Alors si vous comptez en faire autant… évitez la basse”.

Interview de Flemming Rasmussen pour Radio Futuro :

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