Pour Amorphis, l’intelligence artificielle peut être utile dans certains domaines créatifs, mais elle reste inappropriée pour la musique ou les éléments visuels qui définissent l’identité du groupe. Les musiciens défendent une approche humaine, sensible et artisanale de la création.
“L’IA, c’est bien pour un clip avec des loups et des tempêtes de neige”
Dans une interview accordée à Metal Covenant, Esa Holopainen et Santeri Kallio ont partagé leur point de vue sur l’usage croissant de l’intelligence artificielle dans la musique. Pour le claviériste, l’IA peut être un outil intéressant, à condition d’en connaître les limites : “Pour les clips, ça fonctionne. Les budgets sont de plus en plus restreints, et l’IA permet de gagner du temps et de l’argent. Et parfois, le résultat est bluffant.”
Il prend l’exemple de groupes de metal « fantasy » qui s’en servent pour créer des ambiances visuelles complexes : “Quand tu veux un décor avec des dragons, des loups ou une tempête de neige, l’IA te permet de faire ça sans devoir tout construire à la main.”
Mais selon Amorphis, l’intérêt de l’IA s’arrête là. Pour les pochettes ou la musique, le groupe est clair : “Ça n’a aucun sens. Les pochettes générées manquent de personnalité. Et pour la musique, ce n’est pas ce qu’on recherche. Ce qu’on aime, c’est composer nous-mêmes, jammer entre nous, ressentir quelque chose.”
“Pourquoi détruire ce qu’il y a de plus fun ?”
Santeri Kallio revendique une vision artisanale de la création : “Je suis de la vieille école. J’ai grandi dans les années 80. Créer un morceau de A à Z, c’est ce que je préfère. Pourquoi s’en priver si c’est ça qui te rend heureux ?” Il comprend que les nouvelles générations abordent les choses autrement, mais refuse de renoncer à ce qu’il considère comme l’essence même de son métier.
De son côté, Esa Holopainen s’interroge sur les dérives possibles : “Ce n’est pas directement lié à la musique, mais l’IA… c’est un peu flippant. Elle finira peut-être par détruire le monde.” Une remarque dite en riant, mais qui traduit une inquiétude plus profonde.
Un débat qui secoue le monde du metal
La position d’Amorphis rejoint un débat de plus en plus vif. Myles Kennedy redoute que “le cerveau humain finisse par s’atrophier”, Lucas Woodland (Holding Absence) s’indigne de voir des morceaux générés par IA dépasser son groupe sur Spotify, et Cristina Scabbia (Lacuna Coil) parle de “créations sans âme”.
En 2026, le sujet n’est plus théorique : des projets comme Bleeding Verse totalisent des millions d’écoutes avec des titres générés par IA, au détriment des artistes réels. Certains musiciens, comme Geezer Butler ou Dino Cazares, en font un usage ponctuel. D’autres réclament une régulation claire.
De son côté, Amorphis poursuit la promotion de son album Borderland, enregistré avec Jacob Hansen, en restant fidèle à une démarche résolument humaine.