James Hetfield ne laisse guère de place au doute : Tony Iommi est le guitariste qui l’a le plus profondément marqué, dans son jeu rythmique comme dans son écriture. Dans un nouvel épisode de James Hetfield’s Riff Life, le frontman de Metallica salue le guitariste de Black Sabbath et cette science très particulière du riff, reconnaissable presque dès la première note.
L’aveu n’a rien de renversant. Son intérêt se niche plutôt dans la filiation qu’il révèle. De Black Sabbath à Metallica, le riff demeure la pierre angulaire ; Hetfield a simplement digéré l’héritage d’Iommi pour le propulser ailleurs, plus vite, avec ses propres armes.
« Tony Iommi est le seigneur du riff »
Dans le dernier épisode de James Hetfield’s Riff Life, diffusé sur Maximum Metallica via SiriusXM, James Hetfield remonte le fil de ses influences et réserve à Tony Iommi une place à part.
« Pour moi, Tony Iommi est le seigneur du riff. De tous les guitaristes, c’est celui qui m’a le plus inspiré, aussi bien dans mon jeu rythmique que dans ma façon de composer. »
La parenté s’entend, certes, mais elle ne vire jamais au décalque. Hetfield ne joue pas comme Iommi. Son attaque est plus véloce, plus tranchante, nourrie par ce downpicking féroce devenu l’un de ses signes distinctifs. Ce qu’il semble avoir hérité de son aîné tient plutôt à une conception de la guitare. Le riff n’orne pas le morceau ; il en devient la charpente, parfois même la raison d’être.
Hetfield s’arrête justement sur Children Of The Grave. Un motif rassemble tout le groupe, l’enserre presque… puis Iommi desserre l’étau avec ses accords massifs.
« Sur le riff de Children Of The Grave, évidemment, Tony reste le seigneur du riff : tout le monde démarre ensemble sur ce même motif. Ensuite, Tony joue autour, puis balance ces énormes accords qui ouvrent complètement le morceau. J’adore aussi l’overdub de batterie qui accentue le côté percussif du riff, ainsi que ces sons de guitare fantomatiques tout à la fin. »
Ce « quelque chose » qui n’appartient qu’à Iommi
Pourquoi reconnaît-on si vite Tony Iommi ? Voilà qui devient plus difficile à démêler. La lourdeur, le rythme, les notes choisies, le grain, le toucher… Chacun détient un fragment de la réponse ; aucun ne possède la clé à lui seul.
C’est la vieille histoire du « son dans les doigts », cette formule un peu rebattue qui trouve ici tout son sens. Une myriade de micro-composantes se fondent jusqu’à produire un résultat supérieur à leur simple addition. Ce fameux je-ne-sais-quoi. Iommi sonne comme Iommi ; disséquer sa singularité jusqu’à n’y voir qu’une recette technique reviendrait presque à laisser filer l’essentiel entre les mailles.
C’est là, aussi, que son influence sur Hetfield devient passionnante. Ce dernier a ingéré cette culture du riff sans en devenir le dépositaire docile ; il l’a métamorphosée en un langage propre à Metallica. Quelques décennies passent et le disciple devient référence à son tour. Dave Mustaine a d’ailleurs récemment placé Hetfield dans sa « trinité » personnelle des guitaristes rythmiques, aux côtés de Malcolm Young et de lui-même.
Une fascination née bien avant Metallica
Il faut remonter loin. En 1992, Hetfield racontait à Guitar World avoir découvert Black Sabbath en fouillant dans la collection de disques de son frère aîné. D’abord les pochettes, suffisamment intrigantes pour happer le gamin. Puis le disque tourne. Et là, le choc.
« Leurs pochettes m’attiraient vraiment. Je me suis tout de suite dit : “Il faut que j’écoute ça.” Et quand j’ai lancé le disque, je n’en revenais pas. C’était du genre : “Waouh… qu’est-ce que c’est heavy !” »
En 2006, au moment d’introniser Black Sabbath au Rock And Roll Hall Of Fame, Hetfield était allé plus loin encore. Sans le son fondateur du groupe britannique, expliquait-il, Metallica n’aurait pas existé sous cette forme. Lui non plus, du moins musicalement.
Voir l’un des guitaristes rythmiques les plus influents du metal reconnaître aussi spontanément sa dette envers un prédécesseur dit quelque chose de son humilité. Mais nul besoin d’en tirer une grande morale. Hetfield parle simplement d’un musicien dont les riffs ont laissé une empreinte indélébile sur sa façon d’entendre, puis d’écrire, la guitare.
Cette filiation s’est encore incarnée le 5 juillet 2025 lors de Back To The Beginning, où Metallica a repris Hole In The Sky et Johnny Blade de Black Sabbath. Tony Iommi, lui, ouvre désormais un autre chapitre avec From The Dark, son premier album solo depuis 2005, attendu le 23 octobre chez BMG.