Sorti en 1986, Reign In Blood de Slayer reste l’un des albums les plus percutants et radicaux de l’histoire du metal extrême. En moins de 30 minutes, il a redéfini les codes du thrash et ouvert la voie à une nouvelle ère de brutalité sonore.
Un album court, mais décisif
Dès sa sortie, l’album bouleverse les attentes. Alors que Metallica misait sur des compositions longues et structurées, Slayer privilégie la vitesse, la concision et l’agression pure. Dès les premières secondes d’Angel Of Death, le ton est donné : riffs incisifs, batterie fulgurante et chant habité.
Dave Lombardo, à la batterie, atteint ici un sommet technique et rythmique. Ses doubles grosses caisses, jouées sans déclencheurs, influencent des générations entières. Le guitariste Kerry King, dans une interview avec Reigning TV, l’a d’ailleurs affirmé sans détour : « C’est sur cet album que Slayer est devenu Slayer. »
Rick Rubin, jeune producteur à l’époque, a su capter cette intensité. Dans une interview avec Rick Beato, il explique avoir utilisé un album de Metallica pour convaincre son équipe de changer d’approche : « Tout devenait flou. Je voulais entendre la précision, pas une masse informe de sons saturés. »
Une œuvre controversée et fondatrice
L’album a immédiatement suscité la controverse. Le morceau d’ouverture, Angel Of Death, évoque les expérimentations du docteur Mengele à Auschwitz, provoquant des accusations de sympathies nazies. Le groupe s’en est toujours défendu, expliquant son intérêt pour les atrocités humaines, pas leur apologie.
Musicalement, les titres comme Criminally Insane, Jesus Saves ou encore Raining Blood ont acquis un statut culte. Leur violence frontale est contrebalancée par une composition plus travaillée qu’il n’y paraît. Plusieurs auditeurs avertis auront remarqué que, derrière une brutalité en apparence uniforme, l’album révèle peu à peu des structures complexes et un usage expressif du chaos.
Dave Lombardo, aujourd’hui âgé de 61 ans, considère toujours l’album comme « un chef-d’œuvre, une énergie que je ne retrouve nulle part ailleurs » (Metal Injection, 2021). Son influence reste forte : Art Cruz (Lamb Of God) confiait récemment : « Quelqu’un m’a filé Reign In Blood, ça m’a ouvert les yeux » (Thomann’s Drum Bash, 2025).
Si certains lui reprochent sa brièveté ou sa répétitivité, ces caractéristiques font aussi sa force : Reign In Blood ne laisse aucun répit. C’est un album coup-de-poing, qui continue de faire école quarante ans après sa sortie.