Cliff Burton n’avait pas pour habitude d’enrober ses opinions. Larry LaLonde, aujourd’hui guitariste de Primus mais alors membre de Possessed, raconte que le bassiste de Metallica lui avait lancé sans le moindre détour : « Je déteste ton groupe. Vous n’êtes qu’une copie de Slayer. » Une critique brutale en apparence — mais que le musicien n’a jamais vécue comme une attaque.
Avec le recul, LaLonde y voit surtout le reflet d’une personnalité d’une rare authenticité. Ce souvenir offre également un aperçu de la scène metal de la Bay Area à ses débuts, lorsque Metallica, Possessed, Exodus et Slayer évoluaient encore dans le même cercle, avant que leurs trajectoires ne prennent des directions bien différentes.
Cliff Burton n’avait pas mâché ses mots face à Possessed
Dans une récente interview accordée à Ultimate Guitar, Larry LaLonde est revenu sur l’un de ses premiers échanges avec Cliff Burton.
À l’époque, le futur guitariste de Primus évoluait au sein de Possessed, jeune formation bien décidée à repousser les limites du metal extrême. Burton, lui, avait un avis bien arrêté : « Je déteste ton groupe. Vous n’êtes qu’une copie de Slayer. »
LaLonde assure n’avoir ressenti aucune vexation ; selon lui, le bassiste de Metallica ne cherchait pas à le rabaisser, mais exprimait simplement le fond de sa pensée. Sa réaction aurait même été étonnamment détendue : « Oui, ce n’est pas complètement faux. Je comprends pourquoi tu vois les choses comme ça. » Plus que la sévérité du jugement, il retient surtout un homme « vraiment sympa », « sans la moindre fausseté ».
Une remarque qui prend une autre dimension avec le temps
La sortie de Burton résonne différemment aujourd’hui. Au milieu des années 1980, Possessed n’était encore qu’un groupe de jeunes musiciens cherchant à rendre le metal toujours plus rapide et plus extrême ; depuis, Seven Churches (1985) est devenu l’un des albums fondateurs du death metal.
LaLonde lui-même dit être surpris par cette reconnaissance. Il considère toujours ce disque comme l’œuvre d’une bande d’adolescents enregistrant un album aussi ambitieux qu’excessif. Avec le recul, la comparaison avec Slayer apparaît moins comme une pique que comme le reflet d’une époque où les frontières entre thrash et death metal restaient encore floues.
Une scène locale où tout le monde se connaissait
Entré dans Possessed vers l’âge de 15 ans, LaLonde se souvient d’une scène particulièrement soudée : les groupes se retrouvaient au Ruthie’s Inn, à Berkeley, puis lors des fêtes qui suivaient les concerts. Metallica, Exodus, Slayer, Possessed et d’autres formations partageaient les mêmes affiches — et la même ambition : pousser toujours plus loin les limites du heavy metal.
Personne n’imaginait encore l’ampleur que prendrait ce mouvement. Metallica fut néanmoins le premier à montrer qu’une telle musique pouvait conquérir le monde. LaLonde raconte avec amusement les retours de tournée du groupe, notamment après le Japon, où ses membres faisaient découvrir les sushis à leurs amis californiens : une anecdote légère, mais révélatrice d’un horizon qui s’élargissait déjà.
Cliff Burton, une influence qui dépasse Metallica
Au-delà de son franc-parler, LaLonde considère Burton comme un musicien visionnaire. À une époque où les bassistes occupaient rarement le devant de la scène, il avait démontré qu’une basse pouvait jouer un rôle pleinement créatif au sein d’un groupe de metal — une approche qui allait durablement marquer le genre.
Cette influence continue d’être saluée par ceux qui l’ont côtoyé. James Hetfield expliquait encore récemment que Cliff Burton « vit toujours » en lui et demeure une référence lorsqu’il compose. De son côté, Possessed prépare actuellement le successeur de Revelations Of Oblivion, un album que Jeff Becerra a décrit comme « vraiment différent », tout en restant fidèle à l’ADN du groupe.