En 1986, Candlemass n’a pas grand-chose pour lui. Un budget ridicule. Pas de chanteur officiel au moment d’entrer en studio. Un froid mordant pendant l’enregistrement. Et une presse qui ne comprend pas vraiment ce que ces Suédois essaient de fabriquer.
Pourtant, c’est dans ce décor franchement peu accueillant que naît Epicus Doomicus Metallicus, aujourd’hui considéré comme l’un des albums fondateurs du doom metal épique.
Un chef-d’œuvre né dans le froid et le doute
Comme le rappelle Ultimate Guitar, Candlemass enregistre son premier album avec un budget d’environ 1 800 dollars. Pas vraiment de quoi bâtir une cathédrale sonore. Et pourtant, c’est bien ce que Leif Edling a en tête : créer le groupe le plus lourd possible.
Les conditions sont presque absurdes. Le studio est si froid que les musiciens doivent enregistrer emmitouflés dans plusieurs couches de vêtements. À ce stade, difficile de savoir si le doom vient des riffs ou du chauffage défaillant.
Plus étonnant encore, Candlemass n’a pas de véritable chanteur lorsqu’il commence l’enregistrement. Johan Längqvist arrive presque en touriste, pose ses parties vocales en quelques jours, puis repart. Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Sa voix devient l’une des grandes forces du disque.
Plus de trente ans plus tard, Johan Längqvist reviendra finalement au sein de Candlemass, retrouvant ainsi le groupe qu’il avait aidé à lancer. Cette réunion a notamment donné naissance à des sorties récentes comme Black Star.
Le groupe qui ralentissait pendant que tout le monde fonçait
Au milieu des années 1980, le metal regarde surtout vers la vitesse. Metallica, Slayer ou Iron Maiden accélèrent, durcissent, électrisent. Candlemass, lui, choisit de freiner.
Ce choix aurait pu passer pour une erreur de casting historique. Il devient sa signature. Avec Epicus Doomicus Metallicus, le groupe reprend l’héritage de Black Sabbath, mais l’habille d’une grandeur presque théâtrale. Les riffs pèsent des tonnes, les mélodies s’étirent, les voix prennent des allures d’opéra funèbre.
Ce n’est pas seulement lourd. C’est solennel. Et c’est précisément là que Candlemass change la donne.
Massacré par la presse, célébré par l’histoire
Sur le moment, presque personne ne crie au génie.
Leif Edling le résumera plus tard sans détour : “On s’est fait massacrer de partout. Quelques tout petits fanzines adoraient ce qu’on faisait, mais les grands magazines nous sont tombés dessus. Ils ne comprenaient pas du tout ce qu’on essayait de faire.”
Le label n’y croit pas longtemps non plus. Les ventes sont faibles, l’album circule surtout dans l’underground, et Candlemass semble condamné à rester une étrange anomalie suédoise.
Mais c’est souvent comme ça que naissent les disques cultes : lentement, par copies de cassettes, recommandations passionnées et réévaluations tardives. Aujourd’hui, Epicus Doomicus Metallicus trône parmi les références absolues du doom metal, aux côtés de Black Sabbath, Saint Vitus, Trouble et Pentagram.