Six ans de travail, et pourtant Loathe doutaient encore à quelques heures de l’échéance. Erik Bickerstaffe révèle que certains éléments de A Stranger To You demeuraient incertains seulement six heures avant la remise du disque. Pas de répit pour souffler, prendre du recul ou laisser décanter les morceaux ; il a simplement fallu, à un moment, consentir à lâcher prise.
Difficile d’imaginer anecdote plus révélatrice du perfectionnisme qui a jalonné la longue gestation du successeur de I Let It In And It Took Everything. Même après des années à écrire, expérimenter et recommencer, Loathe n’avaient manifestement pas fini de douter.
Six heures avant de rendre l’album, Loathe hésitaient encore
Dans un nouvel entretien accordé à Revolver, Erik Bickerstaffe raconte à quel point A Stranger To You est resté en chantier jusqu’au bout. « Il y avait encore des choses dont nous n’étions pas sûrs six heures avant de rendre l’album. On n’a pas vraiment eu le temps de prendre du recul et de voir comment tout cela fonctionnait. On était encore en plein dedans, et à un moment, il a simplement fallu lâcher prise. »
Feisal El-Khazragi précise que le groupe n’a véritablement entériné le projet que durant ses derniers mois de création. Même l’identité visuelle n’était pas complètement arrêtée. Après une attente aussi longue, on aurait pu imaginer Loathe passer les dernières semaines à contempler un disque enfin achevé. C’était tout l’inverse.
Cette course contre la montre fait écho aux six années de doute et de remise en question racontées récemment par le groupe. Bickerstaffe reconnaissait notamment que la crainte de se fourvoyer avait poussé les musiciens à réexaminer sans cesse leurs propres décisions.
Six ans n’ont pas tempéré le perfectionnisme de Loathe
Chez Bickerstaffe, rien de vraiment nouveau. Lors d’une interview accordée en 2020, à l’époque de I Let It In And It Took Everything, le musicien évoquait déjà son perfectionnisme et l’exigence presque obsessionnelle qu’il pouvait nourrir envers son propre travail.
Alors, six ans plus tard, découvrir A Stranger To You encore mouvant à quelques heures de sa remise paraît presque cohérent. Le plus révélateur est peut-être ailleurs : cette échéance a finalement contraint Loathe à s’arrêter. Sans elle, jusqu’où le groupe aurait-il continué à ciseler son album ? À trop remanier une œuvre, on peut aussi finir par éroder ce qui faisait sa singularité.
À l’écoute, pourtant, rien n’évoque un disque bouclé à la hâte. Les années de maturation affleurent ; A Stranger To You est dense, minutieux et foisonnant de détails. Il demeure peut-être, pour l’instant, un peu moins marquant que I Let It In And It Took Everything. Mais sur ce point, seul le recul permettra réellement de trancher.
Sorti le 17 juillet via SharpTone Records, A Stranger To You a finalement mis fin à plus de six ans d’attente. Et jusque dans ses toutes dernières heures, Loathe cherchaient encore à savoir s’ils pouvaient le peaufiner davantage.